Eurosatory 2026 : un robot franco-ukrainien pour épaissir la ligne de front

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Truffer une zone de munitions téléopérées (MTO) sans exposer les opérateurs et à moindre coût, c’est l’idée promue la semaine dernière à Eurosatory par un quatuor composé de deux divisions de KNDS France et de deux industriels ukrainiens. 

Le projet n’a pas de nom mais son but est clair : déposer des caisses contenant une ou plusieurs MTO à quelques encablures d’un front globalement statique. De quoi créer un maillage de « pièges » permettant d’épaissir le dispositif défensif ou d’anticiper l’apparition d’espaces lacunaires susceptibles d’être exploités par l’adversaire. Restait à conserver l’humain – ressource la plus précieuse – le loin du danger. Dans le scénario imaginé, ces caisses camouflées seront donc déposées par un robot cargo. 

Au centre du système, ces caisses vont former autant de « lanceurs » déportés. Leur batterie leur permettra de fonctionner durant deux semaines. Chacune est connectée à l’arrière par signal radio, ligne de vie qui demandera néanmoins d’éloigner le dispositif des systèmes de brouillage adverse. La problématique a bien été prise en compte. La MTO est en effet elle-même reliée à la caisse par fibre optique. La bobine offre 30 km de portée de base et jusqu’à 50 km en option pour maintenir la caisse hors de la « kill zone ». Un seul robot pourra éventuellement emporter plusieurs caisses, elles-mêmes pouvant contenir plusieurs MTO.

Née au printemps, l’idée est le fruit d’alliances établies entres acteurs français et ukrainiens. L’entité munitionnaire de KNDS France s’est rapprochée du droniste ukrainien SDB AME, et sa filiale robotique d’Unmanned Technologies (UUT). Si elle est aujourd’hui au stade du concept, des essais sont prévus pour 2026. Il s’agira, a minima, de se mesurer aux réalités du théâtre ukrainien. 

Un drone ukrainien armé d’une charge française dans une caisse transportée par un robot ukrainien doté d’un kit de robotisation français, un exemple de coopération entre les industries des deux pays

Leur solution s’est construite autour d’un motto, celui de garantir la solution la plus « cost effective » possible. Certaines briques sont donc rustiques, parfois éprouvées au combat, parfois productibles en masse. À chacun son expertise, à chacun son apport. KNDS Robotics fournira les kits de robotisation. Ses acolytes de KNDS Ammo France amèneront la tête militaire MW-EFP (MW pour « Mataris Warhead »), une ogive de 2,5 kg à charge génératrice de noyau héritée de l’obus BONUS Mk II, développé conjointement avec Bofors (BAE Systems). L’intérêt de cette charge conçue à l’origine pour le projet franco-français Larinae ? Sa capacité à générer un noyau perforant à plusieurs dizaines de mètres de la cible, réduisant le temps de réaction et l’efficacité des contre-mesures adverses. 

Côté ukrainien, SDB AME est à l’origine du drone quadricoptère servant de MTO, quand UUT l’est pour le robot. Ce dernier appartient à la famille UMP-2 Ravlyk, déclinée en plateformes de transport, d’évacuation médicale, d’appui-feu, de lutte anti-drones ou encore de détecteur de drones Shahed. Mise en avant à Eurosatory, sa version ARQS peut emporter jusqu’à 500 kg de charge utile à 12 km/h et dans un rayon de 50 km. Il peut également tracter jusqu’à deux tonnes. Actif depuis 2021, UUT a déployé dès 2023 ses robots auprès des opérationnels ukrainiens. Les essais conduits dans la zone de responsabilité de la 5ème brigade d’assaut « ont confirmé la fiabilité, la mobilité et l’efficacité des systèmes au cours d’opérations sur la ligne de front », assure l’entreprise. 

« Fortes de ces premiers travaux communs, les deux entreprises entendent poursuivre leurs échanges afin d’explorer les conditions d’un partenariat visant au développement et à l’industrialisation de futures capacités robotiques au service des forces armées », déclarait aujourd’hui KNDS France en écho au rapprochement des deux entités robotiques.