Eurosatory 2026 : comment Lysk réduit la charge cognitive au sein des PC

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Lente, lourde et parfois incertaine, la diffusion d’informations opérationnelles finissait par devenir handicapante pour un poste de commandement cherchant à prendre son adversaire de vitesse. Ce travail manuel, la jeune pousse Lysk propose de l’automatiser en misant sur une intelligence artificielle maison, premier essai concluant à la clef avec l’armée de Terre.

« On sent vite les problèmes lorsqu’on est vraiment en danger, qu’il s’agisse de soi ou de ses hommes ». Les accrocs en opération, Florent Ogès s’y est visiblement confronté plus d’une fois au cours de sa carrière. Co-fondateur de Lysk, ce saint-cyrien a fait ses armes au sein de l’antenne GIGN de Toulouse. Il passe une année au Centre de crise et de soutien (CDCS) du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Avant d’entrer à l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD), il participe l’opération Sagittaire d’évacuation de ressortissants conduite en avril 2023 par la France à Khartoum.

C’est de cette expérience opérationnelle que découle Lysk, fondée l’an dernier par un trio franco-germano-polonais. « Quand je gérais des missions complexes, j’avais souvent deux ou trois radios en simultané. En parallèle d’écouter mes trois réseaux radio en même temps, je devais également parler les responsables locaux. Résultat, nous sommes en permanence en état de surcharge cognitive au moment où il faut prendre des décisions », nous explique son pilier français à l’occasion d’Eurosatory. 

Radios, mails, téléphone, messageries instantanées ou satellites : quand l’information remonte d’un peu partout et en masse, le risque d’erreur ou d’oubli n’est plus à exclure pour des cerveaux fatigués, sous tension et susceptible d’être mieux exploités ailleurs. C’est à cet enjeu que répond Lore, une solution qui propose d’en finir avec la prise de note sur tableau blanc ou fichier Excel. Sa mission ? Retranscrire en direct l’ensemble des communications radio entrantes, en analyser le contenu pour en retirer les événements intéressants et les intégrer dans une main courante, ce fil continu qui permet de suivre la situation, prendre des décisions et justifier les actions. Et, au passage, de renforcer le degré de confiance envers certains canaux.

« Le but n’est pas tant d’aider à la décision que de récupérer l’information pour améliorer l’efficacité et diminuer la charge cognitive de l’opérateur », poursuit Florent Ogès tout en rappelant que « notre travail chez Lysk, c’est de déployer de l’IA sur le terrain ». Lore mobilise donc une IA pour la retranscription en direct puis des agents IA qui, en se basant sur des modèles de main courante, automatise le travail. L’intégration de LLM ouvre le champ à d’autres langues. Lore peut donc tout à fait générer une main courante en anglais.

Conçu pour « être simple d’utilisation », l’outil remplace plutôt qu’il se superpose à l’existant. Il n’exclut également pas l’humain de la boucle. « L’opérateur décide si l’événement que nous avons généré est bon ou non. Il est notamment possible de réécouter le compte-rendu radio pour vérifier la transcription », explique l’ex-gendarme. L’idée semble innovante « car sur Eurosatory personne ne propose la même chose ». 

Lore utilisé par la 7e BB durant ORION 26
(Crédits image : Lysk)

Lysk a convaincu bien avant de prendre pied dans la défense. Leader européen du capital-risque dans le domaine de la défense, Project A a majoritairement investi dès la levée de fonds réalisée à l’été 2025. D’autres ont suivi, tels que Bpifrance, Cloudflare, Quantum Systems et ElevenLabs, ainsi qu’Estonian Archangel ou encore le fonds polonais Expeditions. Mais pas un mot sur l’étendue des investissements. Pas question non plus de trop s’éparpiller. L’objectif, pour la douzaine d’employés engagés depuis janvier, reste bien de « se concentrer sur un produit qui fonctionne ».

Fruit de nombreux échanges avec des militaires français, européens et ukrainiens, Lore n’aura pas manqué d’attirer l’attention d’une armée de Terre embarquée dans une vaste réflexion de refonte de ses PC. Non seulement ceux-ci doivent gagner en résilience, mais leur boucle de décision doit se réduire pour prendre l’adversaire de vitesse. Lore peut devenir un nouveau rouage dans cette mécanique d’accélération. La 7e brigade blindée ne s’y est pas trompée en déployant une solution affinée en seulement quelques mois dans son PC lors de la phase 4 de l’exercice ORION 2026. 

La première impression ? « Cela plaît suffisamment pour que l’on puisse continuer à travailler ». « En parallèle, nous avons aussi conduit une expérimentation avec la Gendarmerie nationale et nous avons eu un retour hyper positif », poursuit Florent Ogès. Son équipe reste abonnée aux expérimentations conduites par la 7e BB, mandatée pour réfléchir sur la brigade de combat de demain. Un autre exercice est prévu pour fin juin, alors que la brigade au Centaure s’apprête à reprendre le commandement du bataillon multinational déployé en Roumanie. C’est, en quelque sorte, l’atteinte d’un premier sommet pour cet acteur de la deftech dont le nom dérive en droite ligne d’une montagne des Alpes valaisannes. L’inspiration « représente bien l’état d’esprit », note celui qui est parvenu à réunir une « équipe européenne de fans d’escalade et d’alpinisme ».

« Ce n’est qu’un début. Aujourd’hui, nous récupérons la voix mais nous travaillons pour, demain, étendre le champ au texte, parce que de nombreux échanges sont réalisés par messagerie instantanée ou mail », annonce Florent Ogès. Il s’agira également de pouvoir s’interfacer avec les outils de commandement et de contrôle (C2) et autres systèmes d’information tactique (BMS). « C’est ce sur quoi nous travaillons en ce moment », résume-t-il. Lysk discute par ailleurs avec l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD). Celle-ci dispose en effet de données, beaucoup de données susceptibles d’enrichir Lore.

Fluidifier et fiabiliser le passage de la donnée brute à son exploitation sur une carte n’est pas un enjeu franco-français. « C’est le même problème partout », relève un co-fondateur dont l’équipe profite d’Eurosatory pour parler à d’autres grandes, voire très grandes armées européennes. « Il est évident que nous avons l’intention de travailler avec elles, d’autant plus que mes associés sont polonais et allemand ». C’est déjà le cas en Ukraine, loin d’être une terra incognita pour la triade dirigeante. « En Ukraine, tout passe par WhatsApp, Signal ou Google Meet. Il y a même davantage de difficultés car beaucoup plus de fragmentation des informations », précise-t-il. Un prototype est en cours de développement. Les travaux se poursuivent actuellement avec un bataillon ukrainien, un échelon inférieur à celui de la brigade française mais confronté à d’autres besoins en matière de cybersécurité. Lore y résoudra des problèmes équivalents mais générés par des modi operandi différents. Le résultat leur sera livré bien avant la fin de l’année, car « il faut aller le plus vite possible lorsqu’on travaille avec eux ». 

Crédits image : Lysk