Le ministère de la Défense britannique vient d’allouer près d’un demi-milliard d’euros pour accélérer la dronisaton de ses forces terrestres. Parmi les quatre solutions retenues hier, l’une vient de France.
Entre le petit drone quadricoptère et l’AR5 de 7 m d’envergure, plus de 485 M€ ont été contractualisés pour muscler les capacités de renseignement et de reconnaissance de l’armée britannique. L’un des deux contrats annonce la fourniture de plus de 1025 micro-drones pour environ 18 M€. Trois modèles ont été sélectionnés : le FOXE-NATO d’Evolve Dynamics, le Skydio X10 INTL de l’entreprise américaine éponyme et… le Sonora du français Harmattan AI, version export du drone DELCO adopté par les armées françaises.
Harmattan AI fournira 110 drones Sonora en partenariat avec son distributeur local, Brigantes Consulting. Ils serviront à entraîner les soldats avant que ceux-ci ne prennent en main d’autres systèmes équivalents en opération. Développé à l’origine pour le client français, ce drone du combattant « à coût maîtrisé » dispose d’une autonomie de 40 min et d’une portée supérieure à 2 km. Sa charge utile se limite à une voie optique ou combine celle-ci avec une voie infrarouge. La variante française s’est, dans le second cas, appuyée sur un champion national, Lynred.
Les armées françaises ont précédé d’un an la décision britannique. Fin 2025, elles avaient en effet retenu Harmattan AI pour la production et la livraison, en quelques mois, de 1000 drones d’entraînement low cost (DELCO). La plupart arme les régiments de l’armée de Terre. L’outil semble avoir convaincu malgré quelques écueils techniques au démarrage. Une nouvelle vague de 5000 DELCO supplémentaires est attendue d’ici à début 2027 pour densifier la dotation. L’adoption d’une solution identique de part et d’autre de la Manche devrait contribuer à renforcer, au moins à petite échelle, une interopérabilité matérielle déjà engagée avec les drones Anafi USA et UKR.
Pilotée par le UK National Armaments Director Group, cette triple commande s’inscrit dans le cadre du projet Rapstone, qui vise à réduire le cycle de prise en main des nouvelles technologies par les opérationnels. En matérialisant des équipements en moins de 24 mois, Rapstone doit ainsi contribuer à doubler la force de frappe de l’armée britannique d’ici à 2027.
« Nos soldats méritent ce qui se fait de mieux en matière de technologie, et c’est précisément ce que nous leur fournissons. Des petits drones permettant aux troupes d’observer l’ennemi jusqu’à l’AR5, qui offre aux commandants une meilleure connaissance du champ de bataille, nous transformons la capacité de l’armée à voir, comprendre et agir en premier », déclarait ce mercredi le ministre britannique en charge de l’industrie de défense, Luke Pollard.
Mais l’essentiel de l’investissement, plus de 460 M€, servira à acquérir jusqu’à 29 systèmes AR5 auprès de Tekever. Seule une première tranche de six unités est pour l’instant actée. Tous serviront à remplacer le Watchkeeper en service depuis 2024. Et tous sortiront d’une nouvelle usine construite par le droniste portugais à Swindon, dans le sud de la Grande-Bretagne.
Dans ce segment MAME aussi, un embryon de convergence franco-britannique n’est pas exclu. Si l’intérêt pour l’AR5 reste à confirmer côté français, l’AR3 est quant à lui bien positionné pour répondre au besoin de « Systèmes de Drones Légers de Renseignement d’Appui Tactique » (SDLRAT) exprimé par l’armée de Terre. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si Tekever a choisi d’investir 200 M€ sur cinq ans sur le territoire français pour y produire, entre autres, son AR3.
Crédits image : armée de Terre