Les dossiers se multiplient chez CNIM Systèmes Industriels. Fournisseur historique des armées françaises, la société varoise progresse dans le domaine du franchissement tout en affinant son offre dans le génie de combat et en dévoilant une nouvelle solution de cabine blindée. Tour d’horizon des sujets en cours ou émergents à l’occasion d’Eurosatory 2026.
« C’est la star de notre stand intérieur à Eurosatory », se félicite Pierre-Jérôme Acquaviva, à la tête des activités défense de CSI. Ses équipes ont choisi le salon de défense français pour dévoiler la dernière corde ajoutée à leur arc : ArmorX, une nouvelle offre de cabine blindée modulaire. « C’est une première pour CSI », poursuit-il. C’est aussi et surtout un besoin croissant pour les forces armées, les conflits récents ayant démontré qu’aucune plateforme n’est désormais totalement à l’abri d’un mauvais coup, à commencer par les vecteurs logistiques. L’intérêt « va aller en augmentant » et CSI a choisi d’y répondre en misant sur l’expertise développée depuis plusieurs années dans la protection en général. D’autres y ont pris pied bien avant alors, pour se démarquer, l’entreprise s’appuie avant tout sur « des matériaux innovants à façon, autrement dit nous adaptons la cabine aux compromis à trouver, de protection, de masse et d’encombrement ». L’entreprise dispose également des capacités de R&D nécessaires pour opérer en cycle court. Surtout, elle ne limite pas son offre à la seule cabine blindée. Nativement « à tiroirs », la proposition s’étend également au montage sur une plateforme mobile, voire à l’assemblage d’un système complet. CSI ne se place pas par hasard dans un segment dense. Des opportunités sont identifiées, à l’instar d’un programme d’ensemble porte-blindé de nouvelle génération (EPBNG) initié fin 2025 par la France et dont une partie de la flotte sera protégée.
L’autre débouché possible, ce sera cet engin du génie de combat (EGC) que la France envisage de développer et produire en collaboration avec la Belgique. Entre 800 M€ et 1,2 Md€ pourraient être investis pour la livraison et le soutien initial de jusqu’à 200 véhicules aux deux armées. Le sujet est donc central pour CSI et ses deux associés, KNDS et KNDS Mobility. Reste qu’EGC accuse « un petit retard » de quelques mois. Attendue pour mars, la compétition n’est toujours pas lancée. À supposer que ce jalon soit franchi avant l’été, il est peu probable que le cycle à venir de publication de l’appel à candidatures, puis de réponse, d’analyse, de publication du cahier des charges et de lancement des négociations soit achevé avant 2027. La contractualisation est toujours dans le viseur de l’OCCAr, mais interviendra plutôt en fin d’année prochaine.
Ce décalage « n’ampute en rien nos ambitions et nos perspectives sur ce programme », assure Pierre-Jérôme Acquaviva. Bien au contraire, « nous avançons bien », poursuit-il. L’EGC attirera sûrement plusieurs offres, alors il n’est pas question de rester les bras croisés. Plutôt qu’un système complet, CSI et ses partenaires planchent pour l’instant sur des scénarios et des sous-systèmes susceptibles de concorder « une fois le besoin formellement exprimé ». Après une première cabine blindée en 2024, les travaux se sont poursuivis en 2025 et en 2026 sur l’autre mission confiée à CSI, celle portant sur la fonction « travaux publics ». Elle se concrétise par le développement d’un prototype à l’échelle 1:1 de validation des solutions techniques pour l’aménagement du terrain, résume Pierre-Jérôme Acquaviva. KNDS et sa nouvelle filiale « avancent aussi au rythme adapté, et de manière synchrone avec nous ».
En parallèle, le groupement maintient sa recherche de partenaires belges, une condition « absolument fondamentale pour ce programme OCCAr ». « Il est clair pour nous que ce programme doit donner aux industriels belges toute leur part en regard de l’investissement consenti par l’armée belge », note Pierre-Jérôme Acquaviva. Non seulement en cours, le sujet se traite aussi « à tous les niveaux » : de la fonction feu avec un tourelleau téléopéré potentiellement belge jusqu’à des prestations industrielles. Initié en franco-belge, EGC n’a pas manqué d’attirer l’attention ailleurs en Europe. Quelques pistes existent qu’Eurosatory permettra peut-être de confirmer.
La défense représente aujourd’hui 70% de l’activité de CSI, notamment impliqué dans le domaine plus sensible donc plus discret de la dissuasion. Et si le génie n’a pas été le plus servi par le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire malgré les 36 Md€ injectés, le segment « se porte bien, il est en croissance conformément au plan. Les effectifs augmentent, les commandes arrivent et les perspectives sont bonnes ». C’est aussi le résultat d’un travail de longue haleine dans un secteur où les négociations se comptent en années. « Nous arrivons à maturité sur un certain nombre de sujets engagés depuis le début des années 2020 », observe son représentant.
C’est le cas du pont flottant motorisé de troisième génération. Adopté par la Pologne dès 2022, ce PFM F3 a officiellement été retenu par la France pour répondre au programme de système de franchissement léger-lourd (SYFRALL). Le marché a été notifié le 30 décembre 2025 à CSI et ses partenaires alsaciens, CEFA et Soframe. Déployé de manière incrémentale, SYFRALL annonce la fourniture d’une première capacité de huit barges (ou « portières », dans le jargon du franchissement) représentant 300 m linéaires. Tous seront livrés aux régiments du génie avant fin 2030. Les essais de qualification étatique débuteront en 2028. L’enjeu est donc de taille pour cet autre trio franco-français emmené par CSI, mobilisé en parallèle par « l’activité engendrée par le contrat polonais, avec de fortes perspectives de renouvellement ».
« Le programme SYFRALL avance nominalement. Nous nous appuyons en grande partie sur les acquis du programme PFM de la Pologne, notamment en termes de définition », explique Pierre-Jérôme Acquaviva. Celle-ci, au stade préliminaire, est mise à jour pour se conformer aux exigences françaises et faire évoluer un produit déjà conforme à 90% au cahier des charges. Les évolutions demandées par l’armée de Terre se focalisent sur deux fonctions : la robotisation et les rampes d’accès. La première revient à donner la capacité à un opérateur de commander deux ou quatre moteurs hors-bord, soit un ou deux modules du PFM, à distance et depuis un pupitre portatif. Après une première version développée pour le programme français PFM Réno conduit entre 2016 et 2022, cette fonction n’avait ensuite pas été intégrée au PFM F3 vendu à l’armée polonaise. L’ajout permettra essentiellement de réduire l’empreinte humaine.
L’autre amélioration relève du choix d’une rampe flottante « significativement différente de celle livrée à la Pologne qui, elle, est inspirée de la rampe historique ». Développée par CEFA, celle du SYFRALL assure sa propre flottabilité, autorise désormais une navigation longitudinale et facilite le franchissement des véhicules logistiques. En contrepartie, la hauteur de berge qu’elle peut adresser s’en trouve légèrement réduite. Une question demeure en suspens, celle du franchissement de l’avant. « Nous avons de quoi proposer une solution tout à fait adaptée à l’avant car se passant de semi-remorque », révèle néanmoins CSI. L’idée consiste à reprendre des modules du PFM et un mode de déploiement inchangé, mais sur une mobilité cette fois assurée par un camion « monobloc » 10×10 plutôt que par un tracteur 8×8 et ses remorques motorisées. Ce porteur serait en mesure d’emporter modules ou rampes, le tout restant moins volumineux que le Leguan de KNDS, précise CSI à titre de comparaison.
Engagé plus tard, SYFRALL bénéficie bel et bien de l’aventure polonaise. « On utilise énormément le retour d’expérience de tout point de vue, notamment dans la mise en oeuvre », souligne Pierre-Jérôme Acquaviva en citant l’ingénierie et à la mécanique industrielle de l’entreprise. Loin de s’arrêter aux clients français et polonais, la question du franchissement s’étend à de nombreux pays européens. Avec une coupure humide rencontrée en moyenne tous les 20 km et des moyens absents ou vieillissants, certains pays d’Europe de l’Est comme la Roumanie et la Hongrie sont directement en ligne de mire. Ce n’est dès lors pas un hasard si le PFM F3 apparaît dans le catalogue capacitaire proposé par la France aux nations bénéficiant du mécanisme de prêt européen SAFE. « Tout est en place pour cela », pointe CSI en écho au mécanisme d’achat « au nom et pour le compte de » mis en place par la Direction générale de l’armement (DGA). Malgré l’offre, l’essentiel des emprunts SAFE ont été fléchés vers d’autres équipements militaires que ceux relevant du franchissement, « ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de besoin ou qu’ils n’achèteront pas de tels systèmes. Nous avons beaucoup de manifestations d’intérêt », nuance CSI.
Si SYFRALL est un succès, l’appel d’offres « robot d’investigation » (ROBIN) a finalement échappé à l’entreprise de la La Seyne-sur-Mer. D’autres perspectives s’amorcent en France, certes au-delà de 2030 mais toujours en matière d’appui à la mobilité et de contre-mobilité. D’ici là, les RETEX ukrainiens resteront précieux pour muscler la technologie poussée par CSI, le système ROCUS. « Nous sommes très contents du travail réalisé avec Arquus sur le DRAILER, qui a montré la facilité d’intégration de notre charge utile sur une autre plateforme », cite notamment Pierre-Jérôme Acquaviva. D’autres exemples d’intégration pourraient suivre. Si la France a choisi la roue pour ROBIN, « la chenille est la solution qui répond souvent au plus large besoin », complète-t-il. CSI continuera de s’appuyer sur le THeMIS de Milrem Robotics, vendu à une vingtaine de pays. Le système ROCUS reçoit encore des expressions d’intérêts de la part d’armées qui veulent se doter du THeMIS. Eprouvé en Ukraine, le ROCUS « amélioré » devait forcément être en lice pour le deuxième fonds de soutien lancé par la France. Une nouvelle tranche de 71 M€ est prévue pour abonder au minimum une dizaine de projets. Le premier Fonds Ukraine avait vu CSI livrer six exemplaires.
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