La Marine boit, l’armée de terre trinque…

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Alors que le budget de la défense est sauf, du moins presque (amputé de l’inflation, tandis qu’il reste à trouver les fameuses recettes exceptionnelles…), c’est une véritable guerre entre les armées qui s’est ouverte pour se répartir les crédits. Les tensions entre les états-majors n’ont jamais été aussi grandes, et les ressentiments aussi. Une guerre interne entre militaires, qui risque de laisser des traces.

Car le grand vainqueur annoncé du Livre Blanc et de la LPM qui va suivre, c’est la Marine. Alors que l’armée de l’air va perdre cinq bases (Dijon, Luxeuil…) et pas loin d’une centaine de Rafale, l’armée de terre va s’alléger de 10 régiments (10.000 hommes, soit bien plus qu’une brigade) et mettre en sommeil des capacités. « Temporairement » précise le Livre Blanc. Sauf que le « temporaire » en termes de capacité militaire s’est toujours transformé en « définitif ». La Marine, elle, voit son format maintenu et l’ensemble de ses capacités préservées. Alors que l’armée de terre assiste au dépeçage de son programme d’ensemble Scorpion, aucune coupe à prévoir dans les programmes navals. Mieux, le tonnage de la Marine Nationale prend un sacré embonpoint ! En pleine guerre froide, en 1980, la Marine « pesait » 93 000 tonnes; en 2020 elle atteindra les 220 000 tonnes, laissant loin derrière la Royal Navy !

En résumé, si la Marine s’en sort “royalement”, un effort va être demandé à l’armée de l’air tandis que l’armée de terre déguste. Cette dernière, pourtant bonne élève dans les réductions de formats et de coûts, devient, presque sans surprise, la victime principale des arbitrages politiques et budgétaires. Malgré des engagements récents, qui n’ont fait que rappeler son importance.

Pourquoi ? Première explication : la Marine met en avant la dissuasion nucléaire, sanctuarisée par le Président de la République, et par extension son format, dimensionné pour l’assurer, selon elle. Car outre les SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins), le porte-avions « Charles-de-Gaulle », à propulsion nucléaire, met en œuvre des Rafales porteurs du missile ASMPA.

La deuxième explication est bien moins glorieuse : les marins occuperaient l’essentiel des postes clefs à l’état-major des armées, favorisés par un chef qui est un amiral. Un haut gradé confiait à FOB « pour la première fois de ma carrière, je n’ai plus confiance en mes chefs ».

Le réveil risque d’être brutal, y compris pour les parlementaires, qui vont découvrir qu’ils se sont fait leurrer par les paroles rassurantes du Président et qui vont réaliser, demain, trop tardivement, l’étendue des fermetures de garnisons. « Un véritable hold-up naval » s’offusque un autre responsable. Ambiance…