Qui, des projets HYDIS et HYDEF, poursuivra sa route vers la démonstration d’un intercepteur endo-atmosphérique européen pour contrer les menaces balistiques, manoeuvrantes et/ou hypersoniques émergentes ? La prochaine enveloppe du Fonds européen de la défense ne pourra en théorie soutenir qu’une des deux pistes. Ce choix pourrait intervenir plus rapidement que prévu, indique-t-on côté belge.
Dernière ligne droite pour l’équipe de HYDIS, sous bannière MBDA France, et celle de HYDEF, emmenée par le groupe allemand Diehl Defence. Adossés au projet TWISTER de la Coopération structurée permanente (PESCO) et sous pilotage de l’OCCAr, les deux consortiums achèveront bientôt une première phase de 36 mois de travaux initiaux. Après la sélection des concepts et la montée en maturité des briques nécessaires, l’appel d’offres « Endo-Atmospheric Interceptor 2 » (EATMI 2) se clôturera le 29 septembre avec, à la clef, une unique enveloppe de 100 M€ du FED pour basculer dans une phase de démonstration.
Exit les quelques mois généralement nécessaires pour décortiquer et sélectionner une ou plusieurs propositions. Le délai serait cette fois réduit à quelques semaines. « Compte tenu de l’urgence de développer cette capacité critique pour l’Europe, une procédure accélérée sera appliquée », annonçait ce mercredi le ministre de la Défense belge, Theo Francke. L’attribution de cette seconde tranche « est normalement prévue pour novembre 2026 », détaillait-il. Non seulement la Belgique est observatrice de TWISTER, mais sont l’industrie est impliquée tant dans HYDEF que HYDIS.
L’Europe a en effet placé la défense anti-aérienne et anti-missile dans les sept, puis neuf domaines capacitaires à muscler en priorité d’ici à 2030. La France, le Danemark, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède en ont pris la tête. Du micro-drone au missile hypersonique, renforcer le bouclier est d’autant plus critique à l’heure où les incursions « non revendiquées » se multiplient dans l’espace aérien européen. Sans parler des frappes russes quotidiennes contre l’allié ukrainien.
L’appui européen permettra de pousser le curseur jusqu’au degré de maturité technologique TRL 5 et le stade de la revue de conception préliminaire, théoriquement atteint avant 2029. De quoi ouvrir la voie à l’envol d’un démonstrateur « représentatif » d’ici à 2030. De quoi ouvrir la voie à une phase de développement et d’industrialisation qui amènerait l’option retenue à l’échelon TRL 9 pour 2035.
« Les projets HYDEF et HYDIS présentent un degré élevé de convergence, tant en ce qui concerne les objectifs que les calendriers, et progressent de manière positive », poursuivait le ministre de la Défense belge. De fait, les deux équipes ont chacune franchi un jalon dernièrement. HYDEF achevait fin août une revue complète de son concept d’intercepteur, toutes les briques critiques de cette version « Block 0 » atteignant au moins le TRL 3. HYDEF se clôturera officiellement le mois prochain à Madrid. Quant à HYDIS, celui-ci franchissait début juillet le cap de la revue finale de conception. Deux ans après son lancement, le projet débouche à son tour sur la validation du concept « le plus prometteur ». Depuis, l’effort porte sur sa maturation en vue de la conclusion de cette étape, programmée pour mai 2027.
Difficile d’imaginer la coexistence de deux systèmes aussi complexes dans un marché européen demandeur mais limité. À moins d’un revirement tel que celui vécu auparavant ou d’une reprise étatique, une non-sélection serait a priori synonyme de réajustement de l’ambition, voire d’abandon. Sans deniers européens, « il est peu probable qu’un pays européen seul ou même qu’une coalition d’États soient en mesure de financer un projet de l’envergure et de l’ambition de HYDEF et poursuivre les investissements pour développer la technologie au-delà de sa phase conceptuelle », estimait un rapport d’évaluation du FED en novembre 2024. Malgré la hausse des budgets de défense, le constat semble toujours d’actualité. Chacun affûte donc sa posture pour tenter de l’emporter, élargissement des consortiums à la clef.
MBDA France restera à la tête d’une équipe désormais élargie à une cinquantaine d’entités venues de 17 pays. Parmi ces derniers, sept devraient contribuer à compléter l’enveloppe européenne. HYDIS 2 accueille notamment quatre autres entités belges : Cenaero, l’Institut von Karman de dynamique des fluides et les sous-traitants Dekimo et NanoPyro, spin-off de l’École royale militaire. Le groupe suédois Saab monte également à bord, de même qu’une vingtaine d’autres entreprises italiennes, hollandaises, danoises ou encore baltes. Plus discrets, Diehl Defence et Sistemas de Misiles de España (SMS) ont quant à eux acté un partenariat stratégique pour écrire et piloter conjointement la suite de HYDEF.
La BITD belge est l’une de celles jouant sur les deux tableaux. Déjà investie dans HYDEF, la SONACA a rejoint le consortium HYDIS. « Cette approche garantit que l’expertise belge en matière de technologies et de systèmes hypersoniques soit positionnée et intégrée de manière optimale, quelle que soit la sélection finale ou le lauréat. C’est précisément cette participation à la phase de développement qui permet à nos fabricants de se positionner pour la future phase de production, quelle que soit l’issue finale du projet », pointait le ministre de la Défense.