Qui succédera au mythique « Triple 7 » de l’US Army ? Officiellement engagée à l’automne dernier, la recherche d’un successeur pour l’obusier tracté M777 devrait bientôt basculer dans une phase de tests et d’expérimentations sur base de prototypes. Parmi les candidats déclarés, le CAESAR poussé depuis près d’un an par Leonardo DRS et KNDS.
Après la demande d’information, place aux évaluations pour le programme « Mobile Tactical Cannon » (MTC) de l’US Army. Avalisé en décembre 2025, l’effort vise à remplacer l’intégralité des M777 en service au sein des Mobile, Infantry et Stryker Brigade Combat Teams, variation américaine de la brigade interarmes. Traduit en objectifs, ce seront jusqu’à 498 MTC à produire et livrer pour le vainqueur et une capacité à optimiser dans le temps pour garantir son utilisation au travers des derniers systèmes d’information et de commandement.
L’enjeu est de taille alors, sans surprise, tous les grands noms du secteur sont sur les rangs. Aucun n’a manqué de se positionner depuis le début de l’année. Après le groupe coréen Hanwha, les Israéliens d’Elbit Systems, le champion local BAE Systems ou encore le géant allemand Rheinmetall, c’était au tour du duo franco-américain de relancer la compétition il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. Formalisé en octobre 2025, le partenariat verra Leonardo DRS endosser la casquette de maître d’oeuvre tandis que KNDS France fournira l’expertise acquise grâce à son CAESAR 6×6. Ces sorties n’ont rien du hasard, car l’US Army devait théoriquement notifier un contrat initial en juillet. Les prochaines semaines confirmeront si le jalon a bien été atteint en temps et en heure.
La suite, ce sont six prototypes à livrer au plus vite aux artilleurs américains. C’est que l’US Army n’en est pas à son coup d’essai et a déjà perdu quelques années – et un paquet de billets verts – sans résultat probant. « Nous avancerons rapidement », assurait donc en janvier une armée qui « s’engage à fournir ces capacités aux soldats dès que possible ». Pas question de passer par la case développement, seules seront donc prises en compte les plateformes matures et disponibles dès maintenant. Selon le calendrier établi, un premier prototype est attendu au cours du quatrième trimestre de 2026, donc d’ici octobre dans le calendrier fiscal américain.
Quant au besoin proprement dit, l’US Army l’avait à l’origine défini comme un canon automoteur à roues de 155 mm et de 49 à 56 calibres. Depuis, le champ semble s’être logiquement réduit aux systèmes de 52 calibres, de plus en plus répandus et seuls à même de répondre à l’enjeu d’une disponibilité immédiate. Un MTC permettra de frapper à 30 km sans recourir ni à des solutions de guidage, ni à des munitions à portée étendue. Enseignement parmi d’autres des conflits modernes, le futur système sera doté d’une cabine blindée pour assurer la protection de l’équipage lors des déplacements.
L’US Army se donne deux ans pour atteindre plusieurs objectifs. Hormis la validation du prototype, il s’agira d’entamer les essais opérationnels selon la logique de « transformation au contact » prônée par l’US Army pour accélérer la prise en main des nouvelles technologies et structures. Il s’agira également d’avancer dans l’intégration du panel de munitions, du logiciel de conduite des feux et autres systèmes C5ISR en service. D’autres jalons sont à l’étude suivant les premiers retours et, surtout, si les budgets l’autorisent. Washington se laisse ainsi l’opportunité de commander jusqu’à 12 prototypes et des lots de munitions supplémentaires pour étendre le champ des expérimentations.

Sauf écueil, l’étape d’après consistera à attribuer un contrat de production dans les premiers mois de 2028, concomitamment avec la conduite d’une nouvelle campagne d’essais opérationnels. Entre un CAESAR Mk 1 éprouvé au combat et son évolution en cours de développement, l’exigence de protection ferait davantage pencher la balance en faveur du second, nativement blindé. Plus de 200 exemplaires ont été vendus à la France, la Belgique, la Lituanie, la Croatie et la Slovénie avant même que ce dernier entre en service. Il sera mis à l’épreuve du terrain à l’automne prochain par le 11e régiment d’artillerie de marine lors d’une campagne de tirs sur le camp de Canjuers. Le calendrier ambitieux de l’US Army favorise quant à lui un CAESAR de première génération bien connu des artilleurs américains. Qu’importe l’option retenue, l’essentiel reste la « masse reculante » conservée à l’identique pour la génération suivante. Un système d’arme pour lequel KNDS avait d’ailleurs directement émis l’hypothèse d’une intégration sur un porteur tactique américain.
Pour les industriels, l’un des critères primordiaux reviendra à démontrer sa capacité à produire « en temps de guerre ». La production devant se poursuivre malgré des sources d’approvisionnement externes réduites, contestées ou compromises, la question de la localisation était dès l’origine centrale. L’US Army « souhaite vivement disposer d’une chaîne d’approvisionnement basée aux États-Unis dans les deux ans qui suivent l’attribution du contrat initial ». Une fois cette case cochée, les livraisons de systèmes « Made in USA » débuteraient théoriquement à compter de fin 2030.
Tout candidat devra par ailleurs faire preuve d’une capacité de production initiale de 24 systèmes par an pour les deux premières années du contrat, suivie d’une montée en cadence amenant à doubler ce volume. Rien d’inatteignable à première vue pour KNDS France. Sa ligne d’intégration roannaise s’est progressivement musclée pour répondre au succès du CAESAR et participer au soutien de l’Ukraine. De deux exemplaires par mois en 2022, les cadences y ont depuis été multipliées par cinq. Transposer la dynamique en outre-Atlantique ne sera sans doute pas aisé, mais le duo d’industriels s’y prépare. Un site a été identifié dans le sud du Missouri. Il s’agira de West Plains, dont les 400 000 m2 seront mis à profit pour offrir « une capacité éprouvée et une direction claire vers une fabrication aux États-Unis ». La concurrence n’est pas en reste. Elbit Systems a prévu de s’adosser à son usine de North Charleston, en Caroline du Sud, pour produire le système SIGMA. BAE Systems mobilisera ses équipes d’Elgin, dans l’Oklahoma, là où sont assemblés les obusiers automoteurs M109 Paladin. Hanwha projette quant à lui d’assembler sa solution K9MH sur son futur site d’Opelika, en Alabama.
Si l’US Army reste discrète quant aux prochaines étapes, quelques indices vont dans le sens du maintien de la trajectoire. Le sujet s’est en effet rapidement assorti d’efforts connexes. Les militaires se sont lancés dès avril à la recherche d’une capacité de réapprovisionnement pour le futur canon automoteur. Essentiellement destinés à transporter les obus de 155 mm, ces véhicules remplaceront des camions M1083 et M1084 « inadéquats » car n’ayant pas été conçus spécifiquement pour cette mission. En résulte un réapprovisionnement « lent, peu fiable et incapable de suivre le rythme opérationnel requis pour le réarmement des MTC lors d’opérations soutenues ».
En parallèle, l’US Army conduit depuis mi-juillet une étude de marché visant à identifier des sources les charges propulsives qu’utilisera un MTC de 155/52 calibres. Sa configuration n’étant pas encore finalisée, les tests se dérouleront à partir d’un canon dont le volume interne est identique à celui du CAESAR, soit 23 litres. Des essais sont attendus à l’été prochain au centre d’essais de Yuma, en Arizona. Là encore, la filière française aura une carte à jouer par l’entremise d’EURENCO, lui aussi bien installé en territoire américain. Après les annonces ponctuelles, une nouvelle fenêtre de tir s’ouvrira lors de la prochaine édition d’AUSA, le salon de l’US Army organisé mi-octobre à Washington. Tous y seront présents, à commencer par KNDS.
Crédits image : KNDS