Le Griffon MEPAC rejoint la famille Scorpion

Une idée préliminaire de ce que sera le Griffon MEPAC, capture d'écran prise sur le stand de la DGA lors de la Fabrique Défense

Une idée préliminaire de ce que sera le Griffon MEPAC, capture d’écran prise sur le stand de la DGA lors de la Fabrique Défense

 

La famille Scorpion s’est officiellement agrandie d’un nouveau membre, avec la notification le 30 décembre 2019 de l’avenant « MEPAC » (Mortier embarqué pour l’appui au contact) au groupe momentané d’entreprises Scorpion formé par Nexter, Arquus et Thales.

 

Plusieurs centaines de millions d’euros

 

Dans les tuyaux du ministère des Armées depuis 2014 et la notification du programme EBMR, le Griffon MEPAC commence à prendre corps en juillet 2018 lors des discussions techniques préliminaire menées entre la DGA et les industriels concernés. Celles-ci évoluent favorablement vers la phase de consultation proprement dite en novembre 2018, celle-ci aboutissant finalement à la notification actée le mois dernier. Cet avenant, le 6e du programme Scorpion, permet de contractualiser ce qui était inscrit dans la LPM 2019-2025. Il s’agit, dans un premier temps, du développement et de la qualification de la variante MEPAC sur laquelle sera intégré le mortier rayé embarqué 2R2M développé par TDA Armements, entité historique du groupe français devenue Thales Land and Air Systems (Thales LAS) en 2018.

 

Ce nouvel avenant recouvre également quelques sujets annexes, telle que la commande de plus de 250 tourelleaux T1 et T2 supplémentaires auprès d’Arquus, traduisant la volonté de la DGA d’armer davantage de véhicules que prévu initialement. La tranche de production des 54  Griffon MEPAC actée dans la LPM sera quant à elle notifiée en janvier 2022. « Ce sera une tranche unique répartie sur quatre ans, résultat de la convergence de discussions menées avec la DGA, » souligne un responsable commercial de Nexter, chargé du pilotage industriel de l’avenant n°6.

 

Deux fois plus précis que le modèle Mo 120 RT en service dans l’armée de Terre, le mortier 2R2M est mis en batterie en seulement quelques secondes. Le chargement semi-automatique et l’automatisation du pointage autorisent une cadence de tir de 10 obus à la minute. Des capacités développées depuis 20 ans par Thales LAS et qui, outre la France, ont déjà convaincu l’Arabie saoudite, l’Italie, la Malaisie et le sultanat d’Oman. Et le « club 2R2M » pourrait rapidement accueillir un nouveau membre. La Belgique a, dès les origines du partenariat franco-belge CaMo, exprimé un vif intérêt pour le MEPAC, remplaçant tout désigné des mortiers Mo 120 RT de la Composante Terre. Les 35 Griffon prévus avaient cependant été ôtés du contrat entré en vigueur en juillet 2019, en l’attente de la matérialisation du programme français. Un revirement à moyen terme n’est pas exclu, une fois les premiers paliers de développement atteints.

 

« Pour le GME Scorpion, ce programme représente plusieurs centaines de millions d’euros, incluant le développement, la production, la maîtrise technique et le soutien en service jusqu’en 2032, » déclare le systémier-intégrateur. Le contrat est tout particulièrement symbolique pour Thales LAS, sachant qu’il s’agit de la première vente de mortiers 2R2M à la France. « C’est un marché capital et une reconnaissance du savoir-faire présent depuis plus de 80 ans à La Ferté Saint-Aubin, » rappelle-t-on chez Nexter. Les premiers MEPAC sont attendus pour le quatrième trimestre 2023. L’intégration des véhicules restera fixée à Roanne, dont les chaînes produiront en moyenne entre 12 et 15 MEPAC par an. Dans l’intervalle, des jalons majeurs émailleront le programme de développement. « La profondeur des travaux est un peu différente selon les industriels. Le gros du travail se situe essentiellement chez Nexter et son sous-traitant direct sur ce dossier, Thales LAS, » nous précise-t-on.

 

Un prototype d’ici 2022

 

Parmi les jalons contractuels essentiels, le plus important sera inévitablement la revue critique de définition (RCD) entre la fin de l’année 2021 et début 2022. C’est lors de cette RCD que seront menées les dernières boucles d’ingénierie et que seront fixés les éléments documentaires. De la réussite de cette évaluation découlera la notification de la production des 54 Griffon MEPAC.

 

Les deux années de développement à venir ne seront pas de trop au vu des contraintes imposées par cette variante, pourtant basée sur une plateforme arrivant à maturité. « Concrètement, la caisse du Griffon devra être entièrement redéfinie et requalifiée en y intégrant le mortier 2R2M de Thales, » explique Nexter. Ce système d’arme pèse plus d’une tonne et a été conçu il y a plus de vingt ans selon les standards normatifs et technologiques de l’époque. Son intégration sur un véhicule moderne demandera une refonte totale de la caisse afin de s’assurer de la résistance de l’ensemble du système aux IED et mines terrestres, entre autres menaces récurrentes.

 

Vu de l’extérieur, il sera néanmoins pratiquement impossible pour l’œil non averti de différencier une variante VTT d’une variante MEPAC. D’après le groupe versaillais, « les exigences du marché EBMR et de l’environnement Scorpion indiquent en effet que l’aspect extérieur du Griffon doit être commun à toutes les variantes. Cette logique doit répondre à l’hypothèse selon laquelle l’adversaire lambda doit être dans l’impossibilité de définir précisément la variante à laquelle il fait face, l’empêchant de discriminer les cibles à haute valeur ajoutée ».

 

Restent une poignée d’interrogations en suspens, à commencer par l’opportunité de conserver ou non la trappe arrière de la variante principale Griffon VTT. « La distorsion sera supérieure en raison de la présence de la trappe de toit. Pour s’assurer d’une résistance optimale, il est notamment question de remplacer la trappe par une porte, ce qui, selon les premiers calculs, permettrait d’améliorer la rigidité de la caisse, » relève-t-on chez Nexter.

 

Le Griffon MEPAC en position de tir (Crédit : GME Scorpion)

Le Griffon MEPAC en position de tir (Crédit : GME Scorpion)

 

L’aménagement de l’habitacle pour défi majeur

 

« L’aménagement est certainement un défi majeur. Il devra à son tour être totalement repensé pour répondre aux contraintes réglementaires d’ergonomie et de sécurité des équipements et de l’équipage, » établit Nexter. Quand un Griffon VTT Félin est conçu pour transporter 10 militaires équipés (7 combattants Félin, pilote, tireur, chef tactique), le MEPAC n’accueillera lui qu’un équipage réduit de quatre soldats, à savoir le pilote, le chef de pièce et deux servants. Le chef basculera du poste avant du véhicule lors des phases de roulage, à une position située à l’arrière pour commander la mise en batterie et le tir. À l’image du Griffon VTT, la communication directe entre l’avant et l’arrière du véhicule sera maintenue. De fait, les spécifications requièrent que « le chef de pièce puisse en toute logique conserver une visibilité ‘physique’ sur les deux servants lorsque le mortier fait feu ». La réduction de l’équipage de cinq à quatre membres aura par ailleurs permis de libérer un volume appréciable permettant l’emport de munitions supplémentaires. « Au final, le Griffon MEPAC sera en mesure d’emporter, à titre d’illustration, plus du double de la dotation d’un canon automoteur CAESAR, » annonce Nexter.

 

À charge également du GME de répondre à la question de la protection de l’équipage et des sous-systèmes, tant des effets du tir en espace semi-clos que vis-à-vis d’éventuels ennemis. « Une fois ouverte en phase de tir, la trappe de toit créera un échange avec l’extérieur, exposant quelque peu les servants au ‘monde extérieur’. L’évacuation des fumées de tir avait déjà été l’objet d’études préliminaires menées par la DGA. C’est une question qui se profile et qu’il faudra traiter impérativement pour respecter les standards. L’onde de choc créée lors du tir, enfin, aura été une problématique menée dès la phase d’appel d’offres par chacun des membres du GME, » énumère Nexter. Du côté de Thales et d’Arquus, l’accent sera mis sur le durcissement des boîtiers contenant l’optronique et les systèmes de communication, ainsi que d’une partie de la chaîne cinématique et du tourelleau. Un impact aujourd’hui modélisé sur base de calculs, phase théorique nécessairement suivie d’essais une fois le premier prototype livré.