L’École d’infanterie, ce maillon central de CaMo mis à l’honneur sur les Champs-Élysées

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Une fois n’est pas coutume, un îlot belge était présent dans la marée de véhicules et d’uniformes français qui ont défilé ce 14 juillet au coeur de Paris. L’honneur revenait cette année, et pour la première fois, à l’École d’infanterie de la Force Terrestre, en pointe dans le rapprochement initié avec la France au travers du partenariat stratégique CaMo.

Fiers et prêts. Ils ne sont peut-être qu’une quinzaine venus du sud de la Belgique avec quatre véhicules blindés Griffon, mais c’est toute la Force Terrestre qui marchait dans leurs pas ce matin sur l’avenue des Champs-Élysées. Des premières répétitions à Brétigny-sur-Orge jusqu’aux aurores du jour J sur la place de l’Étoile, la concentration n’aura pas faibli un instant pour le détachement inséré au défilé motorisé. « Aucun détail ne peut être négligé dans un défilé d’une telle ampleur. Tout est au cordeau pour parvenir à la perfection », souligne le major Verschueren, à la tête du détachement et d’une École d’infanterie qui a fait de l’exemplarité son motto, « Pro Exemplo ». 

« Ils se rendent compte qu’ils participent à quelque-chose d’extraordinaire. Il y a énormément de fierté de représenter la Belgique et l’École d’infanterie au sein d’un détachement plutôt hétéroclite, car composé de personnels soit très jeunes, soit ayant beaucoup de bouteilles », poursuit le major Verschueren. Exemple avec le 1er quartier-maître-chef Fabian, 34 années de service à son actif dont près de la moitié passées… dans la marine. 

Revenu sur la terre ferme en 2008, ce marin devient alors moniteur de conduite spécialisé dans les blindés. Atypique, cette trajectoire l’amènera à rejoindre le camp de Canjuers à l’été 2022. Il deviendra l’un des deux premiers militaires belges à poser ses mains sur le volant d’un Griffon. Trois ans et un paquet d’équipages français plus tard, il est parmi ceux qui auront formé, dès juillet 2025, les premiers pilotes belges sur Griffon. Défiler ce 14 juillet était sans aucun doute la suite logique. « Ce sera ma première fois sur les Champs-Elysées. C’est unique dans une carrière. Ce sera un honneur et l’aboutissement d’une carrière », soulignait quelques jours plus tôt celui qui aura conduit pratiquement tous les véhicules blindés belges jusqu’au Griffon.

L’École d’infanterie n’a pas été désignée sur un coup de dés. « Nous sommes la première unité belge transformée. Nous avons reçu nos premiers Griffon dès novembre 2025 », rappelle le major Verschueren. Elle seule dispose pour l’instant de pilotes aptes à conduire ce blindé de 25 tonnes. Sa mission ne s’est pas arrêtée à la seule prise en main des matériels majeurs. « Nous avons réécrit tous les documents doctrinaires belges pour les mettre à la sauce CaMo et cela au travers d’une dynamique très étroite avec l’École d’infanterie française », poursuit son commandant. Cette double expertise fait d’elle un maillon central de la mécanique CaMo et un point d’appui pour toutes les unités belges appelées à se transformer. Une fois toutes ces données mises bout à bout, « cela faisait sens de nous envoyer ». 

Avant de descendre la plus belle avenue du monde, l’École d’infanterie a achevé en avril un cycle inaugural de formation d’élèves-officiers à la doctrine et aux matériels CaMo. Les hasards du calendrier ont également laissé trois bons mois pour réaliser un Infantry School Tour, un cycle de sensibilisation aux enjeux et aux évolutions doctrinaires et matériels de CaMo dans chaque unité d’infanterie belge. Et, toujours, en y embarquant une délégation française. 

Près de 900 km les séparent, mais l’École d’infanterie et son homologue française de Draguignan travaillent depuis longtemps à quatre mains. Centraux dans l’écriture de l’avenir, le bureau d’études de l’infanterie belge (BEI) et la Direction des études et de la prospective de l’infanterie française (DEP INF) écrivent ensemble de certains documents, telle que des doctrines portant sur les pelotons ou sections antichars ou sur l’intégration tactique des drones aux plus bas échelons. BEI et DEPI rédigent également ensemble des documents d’expression de besoin pour que la Direction générale des ressources matérielles (DGMR) et la Direction générale de l’armement (DGA) présentent ensuite les mêmes dossiers et aboutissent à l’achat de matériels identiques. Les exemples se multiplient, donc ces discussions portant sur un drone d’entraînement low-cost et sur le lance-grenade individuel (LGI) de nouvelle génération. 

Comme chaque brigade française, la brigade motorisée belge s’est vue confier un mandat exploratoire pour développer une ou plusieurs compétences au profit de tous les autres. Côté belge, ce sera le combat en zone urbaine. L’idée sera bien d’établir un pôle exploratoire rassemblant les militaires, les industriels, les académiciens, bref, tout ceux susceptibles d’alimenter les réflexions. Le dossier est encore aux mains de l’état-major de la Force Terrestre mais l’École d’infanterie sera clairement impliquée. « Nous avons beaucoup d’échange sur ce que nos partenaires français appellent le combat AZUR [Action en Zone URbaine] », indique celui dont l’école a organisé le mois dernier des « Urban Combat Days » rassemblant autant les instructeurs belges du domaine qu’une délégation française. 

Unique en Europe, le Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) n’est pas très loin de la frontière, mais la Force Terrestre dispose elle aussi de moyens. L’École d’infanterie est ainsi le centre de compétence pour ce qui est du MOUT, le « Military Operations in Urbain Terrain », au niveau tactique bas. Elle dispose pour cela du terrain d’Asperulange, un village fictif « assez intéressant pour travailler au niveau du sous-groupement tactique interarmes, voire au-dessus ». Plus ramassées que leur équivalent français, ces installations ont néanmoins le mérite de se situer dans un environnement différent et globalement inconnu des militaires français, potentielle surprise tactique à la clef. « Nous avons l’ambition de l’exploiter au maximum et en lien avec les retours d’expérience des conflits récents », explique le major Verschueren.

Hasard ou non, l’intention s’accompagne d’un programme visant à muscler la principale capacité de simulation d’entraînement de la Force Terrestre, le système Duel Sim fourni par le groupe suédois Saab. Acquis en 20219 et en service depuis 2021, Duel Sim s’étend pour l’instant à 820 « joueurs » instrumentés, force adverse comprise, ainsi qu’à 127 joueurs luxembourgeois ou français. Il est désormais question de porter le volume à 1500 joueurs instrumentés tout en ouvrant le champ à de nouveaux équipements réceptionnés au travers de CaMo. Si l’intention se confirme, un Duel Sim « élargi » pourrait à terme intégrer 48 Jaguar, 126 Griffon, 24 mortiers de 81 mm, 100 lance-roquettes AT4, le missile Akeron MP et jusqu’à 25 drones d’attaque dont la neutralisation pourra aussi être simulée. 

Malgré la distance, les calendriers parviennent à s’aligner. La direction de la formation de l’infanterie (DFI) côté français et détachement tactique côté belge se synchronisent pour déboucher sur des premiers points de passage communes, premier résultat concret à la clef dès janvier prochain. Durant trois semaines, la division d’application française – les futurs officiers en formation à Draguignan – viendront faire leur formation AZUR à Asperulange avec l’appui des instructeurs belges. Environ 250 militaires français basculeront du camp de Mourmelon au camp Lagland. L encore lointaine, mais elle symbolise à elle seule la dynamique engagée dans l’extrême sud de la Belgique. Former, explorer, écrire, expérimenter, accélérer et, bientôt, partager : l’heure est venue pour l’École d’infanterie de rassembler les acteurs concernés autour des premiers résultats obtenus et des enjeux de demain et d’après-demain. Ce sera mi-septembre lors de Journées de l’infanterie sans aucun doute inspirées de celles organisées chaque année à Draguignan.