Le VBAE à l’heure des choix

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Tic tac… L’heure tourne et le véhicule blindé d’aide à l’engagement (VBAE) n’a toujours pas passé la seconde. Si le besoin reste intact de part et d’autre de la frontière franco-belge, le dossier navigue entre incertitude politico-budgétaire et reconfiguration industrielle. 

Difficile de manquer ce chiffre ajouté aux tableaux du programme SCORPION : 3 350 000 000€. Voilà ce que la France projette d’affecter au programme VBAE à compter de l’an prochain. Désormais intégré dans la programmation des armées françaises, ce qui reste un plafond permettra d’engager une première enveloppe d’un peu de 40 M€ pour – enfin – lancer en réalisation celui qui doit succéder au VBL et accompagner tant le Jaguar que le Leclerc XLR et son successeur. 

Le VBAE continue d’être envisagé en coopération avec la Belgique. Sa Force Terrestre cherche elle aussi un blindé léger pour accompagner un Jaguar dont la première livraison est imminente. Les deux pays privilégient toujours un pilotage au travers de l’OCCAr, qui s’est d’ailleurs lancée à la recherche d’un directeur de projet. L’année 2027 devrait ainsi être consacrée à la préparation et à la contractualisation de la prochaine phase, celle portant sur le développement, la production et le soutien du VBAE. Une fois celle-ci actée, le sujet basculerait dans une nouvelle division de l’OCCAr dédiée à la coopération franco-belgo-luxembourgeoise construite autour des systèmes SCORPION. Son point d’ancrage n’est pas encore déterminé, mais le choix devrait porter sur Paris ou Bruxelles.

Voilà pour la théorie. Dans la pratique, il reste plusieurs cases à cocher avant d’entrevoir la suite. Côté industriels, l’heure est au rabattage des cartes. L’offre initiale soumise par Arquus, John Cockerill Defense et KNDS France avait été retoquée en raison de son coût, jugé trop élevé par les états-majors. Le besoin a depuis été revu et, plutôt que de s’en remettre au trio initialement retenu en 2023 pour conduire les études de conception, Paris et Bruxelles ont choisi une autre voie, celle de la concurrence. Deux nouvelles offres ont été remises, l’une par KNDS France et l’autre par JCD et Arquus, entré dans le giron du groupe belge après les travaux initiaux. 

JCD serait maître d’oeuvre, Arquus jouant un rôle prépondérant dans le développement de part sa maîtrise des véhicules légers. La division liégeoise serait quant à elle davantage mobilisée pour la variante d’agression, qu’elle imagine armée de sa tourelle inhabitée CLWS en 25 mm. Quant au contenu des offres, mystère complet. C’est que l’enjeu est de taille : derrière l’investissement annoncé, il y aurait environ 2500 véhicules à produire, livrer et maintenir au profit des deux pays. Près des trois-quart seraient destinés à l’armée de Terre et au remplacement des quelque 1300 VBL et VBL Ultima en service. 

Ces nouvelles propositions vont permettre aux deux gouvernements de statuer sur la suite et de clarifier, entre autres, l’enveloppe financière et le calendrier. Ce dernier a déjà largement glissé, un retard que la France a acté dans sa loi de programmation militaire actualisée. Elle n’en attend plus que 886 à horizon 2035, au lieu des 1440 souhaités à l’origine. Les 180 VBAE espérés à la fin de la décennie ont quant à eux tout simplement disparus des tableaux. Côté belge, le seul cap fixé reste celui d’une brigade médiane pleinement opérationnelle à l’horizon 2030. 

Si le feu vert politique semble acquis côté français, le volet financier dépend d’un texte qui vient d’être rejeté à l’unanimité par l’Assemblée nationale. Faute d’aval parlementaire d’ici au 31 décembre, le retard ne fera que s’accroître et sera potentiellement aggravé par la parenthèse électorale qui suivra. La situation belge n’est pas fondamentalement plus encourageante. L’impasse budgétaire y est tout aussi prégnante et risque de se solder par la démission du gouvernement. Au-delà, la poursuite de VBAE ne semble avoir été, jusqu’à présent, ni discutée, ni validée à l’échelon gouvernemental. 

L’adossement à l’OCCAr reste la voie privilégiée. Celle-ci ne manque pas d’intérêt. Elle permet non seulement d’économiser des ressources internes déjà fortement mobilisées, mais aussi de faciliter un contrat de gré-à-gré. L’interopérabilité étroite requise avec les véhicules SCORPION écarte en effet la piste d’un appel d’offres ouvert. C’est également l’espoir de maximiser les retours sociétaux, la Belgique bénéficiant d’un « crédit » hérité du programme A400M que l’OCCAr cherche à apurer en misant sur d’autres leviers. Justement, les pistes se multiplient pour le partenaire belge. Le VBAE en serait une, de même que l’EGC et SITTACS. 

Si l’effort binational est aujourd’hui maintenu, une nouvelle dérive calendaire, un écueil budgétaire, voire un désaccord sur le partage de la charge de travail pourraient venir peser sur des discussions visiblement loin d’être abouties. Un abandon pur et simple ne peut être exclu, estime-t-on dans certains rangs industriels. Le « besoin VBAE » demeurerait entier mais chacun y trouverait une réponse de son côté, en Belgique par le lancement d’une compétition synonyme d’ouverture à un marché particulièrement concurrentiel.