Eurosatory 2026 : Thales Belgium muscle sa roquette guidée laser pour la lutte anti-drones

Share

Un meilleur équilibre entre coûts et performances, voilà ce que vise Thales Belgium en ajoutant un nouveau capteur de proximité à sa roquette guidée laser. De quoi offrir une solution anti-drones optimisée à l’heure où les besoins dans ce segment explosent. 

L’intérêt de cette roquette FZ275 LGR Proxy ? « Plus besoin de neutraliser à limpact », résume Thales Belgium. Le déclenchement dépendra cette fois de ce capteur rassemblant huit « fenêtres » émettrices d’un signal LiDAR qui, une fois la menace détectée à distance idéale, amorcent la charge à quelques mètres de la cible. Il sera toujours nécessaire d’illuminer la cible avec un laser, mais la probabilité de neutralisation augmente tout autant que la portée efficace et le domaine d’emploi, assure Thales Belgium. Ni la tête de guidage, ni le propulseur ne changent. Pour conserver le format actuel, seule la tête militaire a été réduite pour générer le volume nécessaire à l’intégration du nouveau capteur. L’effet terminal s’en retrouve quelque peu amoindri mais reste amplement suffisant lorsqu’il s’agit de frôler la cible de quelques mètres. 

Calibrée tant pour les applications sol-air qu’air-air, « cette nouvelle solution aide à résoudre le déséquilibre croissant entre les coûts d’interception et l’efficacité opérationnelle, un défi qui peut rapidement épuiser les stocks, peser sur les budgets de défense et compromettre la pérennité des opérations de lutte anti-drone », indique Thales en écho aux pénuries vécues dans certains segments de la défense sol-air par les pays engagés au Moyen-Orient.

Urgence oblige, « il n’est plus possible de prendre 10 ans pour développer quelque-chose. Il faut désormais être en mesure de livrer en six mois ». Message reçu. « Nous devons être suffisamment réactifs pour mener à bien ces développements plutôt rapides. Cela passe par être créatif en utilisant ce que nous avons à disposition », explique Alain Quevrin, directeur pays Belgique et Luxembourg au sein du groupe français. 

Plutôt que d’entamer un développement chronophage, Thales a donc été cherché une brique en interne. Ce nouveau capteur est directement hérité du Lightweight Multirole Missile (LMM) produit à Belfast par Thales UK, nous explique-t-on. Du calibre du LLM à celui de la FZ275 LGR, il « suffisait » de réduire le calibre de 6 mm. Non seulement son ajout « n’augmentera pas de beaucoup le coût unitaire », mais il sera également possible de rétrofiter les roquettes déjà en stock, modulo le remplacement de la tête militaire.

«En s’appuyant sur nos solutions de roquettes guidées par laser déjà éprouvées, Thales propose une solution pour renforcer la capacité de défense des nations face à la menace des drones, l’un des principaux défis de notre époque. Thales en Belgique est le leader des roquettes standard de l’OTAN et notre solide montée en puissance de production nous permet de répondre aux besoins des forces armées », poursuit Alain Quevrin.

Cette variante Proxy est pour l’instant au stade de la pré-série. Le lancement de la production en série est envisagé pour l’été afin de livrer les premiers clients début 2027. D’ici là, c’est dans le ciel belge que cette roquette fait ses premières armes. Elle est l’un des objectifs d’un programme visant à intégrer des roquettes de 70 mm sur les F-16 de la Force Aérienne belge. 

Selon le ministre de la Défense belge, Theo Francken, « l’objectif de la campagne en cours est la certification de la roquette guidée laser de 70 mm sur les chasseurs F-16 belges, avec dans le viseur la défense contre les drones de classe 2 et 3 OTAN », donc ceux d’une masse supérieure à 150 kg et dotés d’une portée, d’une vitesse et d’une manœuvrabilité supérieures. Une démarche équivalente est déjà bien engagée côté américain à partir de la roquette Hydra 70. La Belgique, bien qu’utilisant des lanceurs américains, permet de mettre le pied à l’étrier en misant sur une solution souveraine, argument de choix à l’heure où la question de la résilience européenne face aux fournisseurs américains se fait plus prégnante.

Cette campagne sera menée en deux temps, précisait le ministre de la Défense mercredi dernier à la Chambre des représentants. D’un côté, avec la certification de la roquette existante. Et, dans une seconde phase, avec une version dite « MOD.4 » « récemment développée par Thales Belgium » et optimisée pour une intégration sur avion de combat et lanceur « digital ». L’évolution nécessite des travaux d’adaptation logicielle tant sur l’appareil que sur le pod de visée Sniper. D’après le calendrier actuel, ces deux roquettes « seront disponibles respectivement en juin et au quatrième trimestre de 2026 ». Les intégrer sur des F-35 en cours de livraison ne fait pas partie du plan, mais des pistes sont à l’étude avec d’autres plateformes entrant en service ou appelées à l’être, comme les drones MQ-9B SkyGuardian, les hélicoptères H145M ou encore les futurs avions multirôles SkyCourier de l’unité SOF Air, détaille le ministre de la Défense. 

Demande également très forte de l’industrie aéronautique pour amener la lutte anti-drones sur leurs appareils. Et pas seulement Airbus et sa gamme d’hélicoptères, mais aussi des avions d’entraînement et autres vecteurs plus légers, pour ne pas dire moins coûteux à l’heure de vol, qu’un avion de chasse. Si la focal porte aujourd’hui sur l’anti-drones, la porte n’est pas fermée à d’autres menaces comme, par exemple, certains missiles.

L’annonce intervient par ailleurs sur fond d’accélération continue de la production pour les équipes belges. Celle-ci avait déjà quintuplé entre trois ans pour atteindre les 6000 unités. Il s’agit de poursuivre pour parvenir à tripler ce chiffre pour être en capacité d’en produire 20 000 exemplaires par an à compter de 2028. La demande allant croissant qu’importe la référence, Thales vise à terme à pouvoir produire jusqu’à 100 000 roquettes par an toutes versions confondues. 

Crédits image : Thales Belgium