DSEI 2019: CIRRA, la petite boîte française qui monte

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Sans eux, pas de transport sécurisé des fusils d’assaut HK 416F ou du drone tactique SMDR. « Eux », ce sont les 30 employés de CIRRA, spécialiste français du packaging parvenu à s’imposer dans l’Hexagone grâce à sa maîtrise du processus de production de solutions sur-mesure et à son rapprochement avec d’autres acteurs majeurs de ce marché de niche.

 

Des paillettes au packaging

 

L’histoire de CIRRA démarre en 1978. À l’instigation du ministère de la Défense, Guinard Energie, le groupe Etienne Lacroix, et le Britannique Chemring forment la « Compagnie industrielle des réflecteurs radars » pour que la France gagne une indépendance industrielle en matière de contre-mesures électromagnétiques, ou chaff en anglais et paillettes en français. Il s’agit de verre aluminisé que CIRRA reste aujourd’hui le seul à produire sur le sol français. L’équilibre entre les trois partenaires aura fonctionné sans discontinuer jusqu’à la fin de l’année 2013, date à laquelle Etienne Lacroix rachète l’entièreté des parts. CIRRA cherche alors à se diversifier depuis quelques années « afin de pallier à l’obsolescence programmée de la contre-mesure électro-magnétique. C’est ce que nous pensions en 2007 lorsque j’ai intégré la société, » nous explique Guillaume Lefrançois, directeur opérationnel de CIRRA. Et, de fait, jusqu’en 2013, les commandes de contre-mesures ont plongé. L’activité packaging a quant à elle évolué à la hausse de manière constante, mais sans parvenir à pallier le déclin du chiffre d’affaires sur la section contre-mesures. « C’est là où le groupe Etienne Lacroix, demandeur depuis des années à racheter l’entité, a réussi à convaincre Pierre-André Guinard, alors directeur, de vendre, » ajoute Lefrançois.

 

Le pari s’est avéré gagnant pour l’entreprise, qui enregistre actuellement un chiffre d’affaires de 4M€ pour, bon an mal an, une rentabilité de 10%. Depuis 2014 et grâce au soutien d’Etienne Lacroix, le chaff connait une embellie « assez phénoménale ». Le groupe toulousain a en effet su pousser les produits estampillés CIRRA au travers de ses propres forces commerciales. « Aujourd’hui, nous avons un carnet de commandes tel que nous procédons à des investissements  afin de répondre à la demande, » se félicite Lefrançois. Soutenu notamment par les récents succès à l’export du Rafale, CIRRA investit donc massivement pour pouvoir augmenter ses capacités de production de matière brute. « Cette activité est florissante, mais celle liée au packaging continue à croître en parallèle. Depuis 2013, nous en avons doublé le chiffre d’affaires, passant de 1M€ à 2M€. À tel point que nous venons de créer une filiale sur Toulouse et envisageons une nouvelle unité opérationnelle en Espagne dans un futur proche, » projette CIRRA. Et ce dernier ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. D’ici 2025, la PME espère atteindre un chiffre d’affaires de 10M€, ce qui est tout à fait réalisable. « Il s’agira entre autres de créer une ‘super division packaging’, » ajoute Lefrançois. Cette éventuelle « super division » pourra compter sur une base de clientèle particulièrement solide, aussi vaste et qu’en constante augmentation. Avec un portefeuille dépassant les 500 clients actifs sur l’année écoulée, « il n’y a pas un seul client qui pèse plus 5% du chiffre d’affaires. Nous avons 50 à 60 clients majeurs qui commandent à tour de rôle, sans que l’un domine et nous rende dépendant des autres ».

 

Un succès qui s’avère également synonyme de recrutements et de développement des capacités de production. Pour pouvoir honorer les 200 à 250 commandes enregistrées par mois, CIRRA loue depuis juillet dernier une nouvelle surface de 550m2, indispensable pour répondre aux commandes supplémentaires et à l’arrivée de nouveaux employés. « On ne pouvait plus recruter faute de place. À terme, le marketing, le B.E et le pôle commercial déménageront dans de nouveaux bureaux,  » indique CIRRA.

 

Un exemple de valise durcie créée par CIRRA (Crédit: CIRRA)

Un exemple de valise durcie créée par CIRRA (Crédit: CIRRA)

 

Comment CIRRA a emballé l’armée française

 

Discret mais omniprésent dans le secteur de la défense, le packaging reste un marché dans lequel les acteurs sont clairement identifiés et qui reste dominé par le fabriquant de caisse ’Américain Pelicase ‘, partenaire principal de CIRRA. À la différence de ses concurrents, la filiale de Lacroix maîtrise l’entièreté du processus de fabrication, du prototypage à la livraison du produit fini, en passant par l’usinage des mousses et l’assemblage dans le conteneur. « L’usinage et l’assemblage se fait dans un seul atelier, ce qui induit un raccourcissement des délais sur la production et, in fine, un prix beaucoup plus attractif, » commente Lefrançois.

 

« Si l’armée ne commande plus, ça ne serait pas la catastrophe. Cela pèserait un peu sur l’activité, mais pas de manière directe car nous travaillons aussi beaucoup en direct avec la STAT à Satory mais aussi avec les régiments, partout sur le territoire français, » rassure Lefrançois. Ces régiments disposent d’un budget en propre afin de répondre très précisément à leur besoin, quand l’émission d’un appel d’offres national risquerait de tirer les exigences vers le bas au titre de la standardisation des équipements acquis. Le 2e REP de Calvi, par exemple, a ainsi commandé une trentaine de caisses pour transporter ses HK 416F.

 

Les Armées représentent certes une part sensible, mais la majorité des commandes défense et sécurité de CIRRA provient surtout des industriels de la BITD française. « Il s’agit d’entreprises vendant de l’électronique, des armes, des systèmes de brouillage, etc. et qui ont besoin de protéger les produits qu’ils livreront ensuite à leur client, » nous précise-t-on. Citons, entres autres, un contrat avec Thales pour 150 caisses pour le transport des drones tactiques Spy’Ranger, commande passée auprès de la DGA. Les livraisons suivent leur cours depuis la fin de l’année 2018 et se dérouleront jusqu’en début de l’année 2020.

 

Avec Energetics, CIRRA vise la complémentarité des gammes

Avec Energetics, CIRRA vise la complémentarité des gammes

 

Une nouvelle empreinte britannique

 

À la force de frappe de CIRRA vient depuis peu s’ajouter le savoir-faire d’une entité britannique rachetée l’an dernier par le groupe Etienne Lacroix, Energetics Technology Ltd. Celle-ci développe des containers, boîtes et mallettes pour le transport de matières dangereuses, tels des détonateurs, des grenades et autres petites munitions. « CIRRA a développé sa propre gamme pour répondre aux besoins des ministères de l’Intérieur et des Armées en France. Celle proposée par Energetics vient compléter notre offre avec des solutions plus durcies, jusqu’au niveau anti-déflagration, » souligne Lefrançois.

 

Energetics dispose notamment d’une technologie développée en propre et baptisée Sabremat. Quand CIRRA découpe la mousse par jet d’eau, le Sabremat est lui mis en oeuvre par coulée, ce qui permet la réalisation de formes suffisamment complexes pour emballer des munitions de type grenades de 40 mm. « Les lignes de produits CIRRA et Energetics se complètent donc naturellement, » commente François Moulinier, COO d’Energetics Technology Ltd. À un point tel que les sites internet des deux entités devraient bientôt fusionner pour proposer la même largeur de gamme de chaque côté de la Manche. « Il sera dès lors plus aisé pour un acheteur britannique d’acquérir un produit CIRRA au travers d’Energetics. Et vice versa, ce rapprochement permettra à CIRRA de soumettre une solution Energetics pour des appels d’offres émis par la France, ce qui devrait prochainement être le cas, » ajoute Moulinier. Affaire à suivre donc…