Vers une explosion des coûts du MCO terrestre

Nexter exécute déjà des contrats de type MSS pour les parcs d'entraînement de l'armée de Terre

Nexter exécute déjà des contrats de type MSS pour les parcs d’entraînement de l’armée de Terre

 

Les coûts du soutien des matériels terrestres (MCO-T) atteindront un pic dans deux ans, s’inquiète la députée LREM Sereine Mauborgne, rapporteure sur le PLF 2021 pour le volet « préparation et emploi des forces ». En cause, des véhicules usés jusqu’à la corde et surexploités auxquels viennent progressivement s’ajouter des plateformes Scorpion dont le « déverminage » engendre une multiplication des actes techniques.

 

Des crédits dédoublés mais insuffisants

 

Les coûts du MCO-T sont sur le point d’exploser en raison de la superposition de deux courbes ascendantes. D’une part, celle des surcoûts dus au report de retrait de service des engins de 2e génération (VAB, VBL, etc.) et à leur suremploi. Et d’autre part, celle relative à la montée en puissance des véhicules de 4e génération (le Griffon actuellement, le Jaguar dès l’an prochain).

 

Plus de 500 engins blindés sont aujourd’hui déployés au sein de l’opération Barkhane, pour grande majorité des VBL et VAB en fin de vie. Inutile de revenir sur les surcoûts engendrés depuis longtemps par leur suremploi dans un environnement qualifié « d’abrasif », facteur d’accélération des obsolescences.

 

Des étendues désertiques de Djibouti à Mourmelon, le parc de Griffon est déjà fortement sollicité pour les entraînements des premiers régiments dotés ainsi que pour les expérimentations et évaluations menées par la STAT. Les équipages de la tranche VAB/Griffon auront ainsi roulé 604 km en moyenne cette année au lieu des 560 km prévus. Dans l’immédiat, ce sont les pannes de jeunesse du Griffon qui coûtent cher car elles nécessitent des retours réguliers en atelier. Près de 300 Griffon seront en service dans l’armée de Terre d’ici 2022, les livraisons initiales démultipliant les besoins en terme de maintenance. Une trentaine d’entre eux seront par ailleurs projetés en OPEX au troisième trimestre 2021, avec à la clef une accélération de l’usure et une multiplication des casses.

 

Ce pic budgétaire avait en partie été anticipé dans la LPM puis confirmé lors des travaux d’ajustement annuel de la programmation militaire (A2PM) de 2019 et 2020. Ces derniers ont permis de consolider la trajectoire en hausse des crédits d’entretien programmé des matériels terrestres (EPM-T) pour les six prochaines années. Car si l’effet cumulé des deux courbes devrait rapidement s’atténuer, « la tendance de long terme est à une augmentation du coût du MCO pour les matériels neufs, plus sophistiqués que les anciens ». L’enveloppe annuelle allouée à l’EPM-T devrait donc pratiquement doubler pour atteindre 977 M€ en 2026, contre 513 M€ cette année.

 

Selon Mme Mauborgne, « ces ressources, bien qu’importantes (…), ne couvrent pas la totalité des besoins » en raison de coûts de maintenance « vraisemblablement beaucoup plus élevés que ceux prévus en LPM ». De même, l’effort budgétaire porte davantage sur 2024 et 2025, quand ces fonds s’avéreront surtout essentielles en 2022 et 2023. La réévaluation à la hausse des crédits est dès lors « indispensable pour libérer le potentiel de l’armée de Terre et lui permettre d’atteindre ses cibles d’entraînement ». La question méritera d’être débattue l’an prochain à l’occasion de la révision de la LPM.

 

Quid du soutien en service du Griffon, notamment. Ici au détachement de Gien de la 12e BSMAT (Crédits: 12e BSMAT)

Quid du soutien en service des véhicules Scorpion ? Ici, un Griffon lors d’une expérimentation au détachement de Gien de la 12e BSMAT ? (Crédits: 12e BSMAT)

 

Quel soutien pour Scorpion ?

 

À nouvelle génération de matériels, nouvelles logiques de MCO. Pour Scorpion, la DGA a privilégié la signature d’un contrat comprenant la livraison des matériels et un soutien initial. Ce choix implique des stocks de pièces détachées limités, l’État ayant pour l’instant choisi de ne pas constituer de stocks en dehors des lots dénommés « autonomies initiales de projections » (AIP) permettant l’engagement sans délai d’une force, comme lors de l’opération Serval.

 

Une fois arrivée à terme, cette « garantie constructeur » doit en théorie déboucher sur la notification d’un marché de soutien en service par la DGA. Le modèle retenu pour cette seconde phase est celui d’une externalisation totale de la maintenance industrielle privée, l’entreprise sélectionnée « s’engageant à un niveau de disponibilité, sans stocks ni maintenance étatique ».

 

Le hic, c’est que cette régénération dans la durée des engins Scorpion n’est ni prévue, ni financée à ce stade. De fait, la rapporteure aura eu « la surprise de découvrir que les contrats de maintien en service pour les matériels Scorpion n’étaient pas encore signés ». Il y a urgence à « engager une discussion avec les industriels sur les futurs contrats de maintenance des matériels Scorpion et la constitution de stocks de pièces étatiques », estime-t-elle.

 

Bien que le PLF 2021 ne fasse état que de la commande d’une tranche de soutien initial pour le Griffon, les négociations contractuelles relatives au volet MSS seraient sur le point de démarrer. Des marchés à la logique identique ont été notifiés dès 2012 à Nexter pour la maintenance d’une partie des parcs d’entraînement « Champagne » et « Provence » gérés par le CENTIAL-51e RI (Mourmelon) et le 1er RCA (Canjuers), nous y reviendrons en détail.

 

Reste, enfin, à éclaircir la question de la maintenance industrielle étatique. Cette mission serait en partie réalisée par la 12e base de soutien du matériel (12e BSMAT) sur son site de Douai à partir de 2022. Pôle de compétence VAB de l’armée de Terre, le détachement de Douai est appelé à devenir le référent unique en matière de régénération des Griffon.

 

Ce rôle central s’accompagne d’un triplement des effectifs sur site à l’horizon 2023. Si le développement de nouvelles compétences techniques est l’un des deux enjeux majeurs consignés dans le PLF 2021 pour le MCO-T, la formation des maintenanciers sur les nouveaux blindés médians n’a pas encore commencée. Une situation qui incite aujourd’hui le SMITer à solliciter des mesures urgentes de la part de la DGA afin de corriger le tir et d’éviter d’ajouter un écueil technique aux incertitudes budgétaires.