Une « ruche » à microdrones primée aux Pays-Bas

à dos d'homme ou par robot porteur, SkyHive doit venir donner de l'allonge ISR aux pelotons d'infanterie (Crédit : Tective Robotics)

à dos d’homme ou par robot porteur, SkyHive doit venir donner de l’allonge ISR aux pelotons d’infanterie (Crédit : Tective Robotics)

 

Le modèle du « drone lanceur de drones » n’est fondamentalement pas inédit mais continue néanmoins de s’affiner et de gagner en crédibilité auprès de la communauté militaire. Un projet de ce type vient d’être primé aux Pays-Bas lors de l’édition 2019 de la Defense Innovation Competition (DIC).

 

Ce concours est organisé depuis 2013 par l’armée néerlandaise afin de rassembler et de soutenir l’innovation au sein la BITD nationale. Centrée sur la thématique « Smart Robotics », la dernière édition aura récompensé le système SkyHive de Tective Robotics. Basée à deux pas de l’université de technologie de Delft, la jeune entreprise décroche un chèque de 200 000€ qui appuiera le développement d’un démonstrateur d’ici à deux ans au bénéfice des militaires néerlandais.

 

Spécialisée dans le développement et le prototypage, Tective s’est notamment illustrée par la conception d’un système d’alimentation modulaire et évolutif à destination des nanosatellites, en partenariat avec les sociétés locales Hyperion Technologies et GTM Advanced Structures. Une technologie baptisée « CubeSat Advanced Power System » (CAPS) qu’elle souhaite maintenant étendre aux plateformes robotisées.

 

Le projet SkyHive vise à « soutenir une section avec un flux vidéo en direct dans des conditions complexes et dangereuses, telle qu’une zone densément urbanisée, » explique Tective Robotics. Le système est conçu pour déployer de trois à dix microdrones au départ d’un boîtier baptisé « la ruche » (Hive). Relativement compacte et légère, cette ruche peut être transportée à dos d’homme ou par une mule. Physiquement moins contraignante, la seconde option permettra également de confier l’approche finale du périmètre à surveiller au porteur robotisé, évitant dès lors de s’exposer davantage la section d’infanterie.

 

SkyHive intégré au robot estonien THeMIS, évalué depuis un an par la cellule SAR de l'armée néerlandaise (Crédit : Tective Robotics)

Deux systèmes SkyHive intégrés au robot estonien THeMIS, évalué depuis un an par la cellule RAS de l’armée néerlandaise (Crédit : Tective Robotics)

 

Une fois lancés, les microdrones opèreront en essaim dans un rayon de 5 km afin d’assurer une transmission continue des données, les images récoltées par le premier drone étant relayées vers la station de contrôle par ses congénères. L’essaimage renforcera aussi la résilience du système, un drone à cours de batterie, défaillant, abattu étant automatiquement remplacé par un autre. Les boîtiers SkyHive contiendront des bornes de recharge rapide ainsi que des dispositifs de décollage et d’atterrissage automatiques. L’ensemble pourra être entièrement automatisé afin de permettre au soldat de se concentrer en priorité sur l’analyse des images. Plusieurs ruches peuvent être installées sur un même robot porteur, tel que le système THeMIS de l’Estonien Milrem mentionné par Tective. La description technique s’arrête là, SkyHive n’en étant aujourd’hui qu’au stade du concept.

 

Le choix de Tective d’illustrer son projet sur base du THeMIS n’a évidemment rien d’anodin. Pratiquement devenu un « standard » en terme de robotique terrestre, cette plateforme est évaluée depuis l’an dernier par la cellule « Systèmes robotisés et autonomes » (RAS) de la 13e brigade légère (13e BL) de l’armée néerlandaise. D’une micro-structure en 2018, cette unité exclusivement dédiée à l’étude des systèmes autonomes emploie aujourd’hui 16 personnes à temps plein, assistées d’entreprises et de chercheurs issus d’instituts de technologies néerlandais.

 

Des Pays-Bas aux Highlands écossais en passant par une campagne de tir en Autriche en coopération avec l’armurier belge FN Herstal, le robot THeMIS accompagne quasi systématiquement les unités de la 13e BL en manoeuvre. Des expérimentations ont encore eu lieu en février à Lehnin, dans l’est de l’Allemagne. L’intégration permanente d’un tourelleau téléopéré est attendue pour 2020 afin d’élargir le panel d’évaluations.