Un an d’expérimentation au Mali pour le robot THeMIS

(Crédits : EDF)

(Crédits : EDF)


En avril 2019, l’Estonie déployait un robot terrestre THeMIS au Mali en appui de son contingent intégré au dispositif Barkhane. Un an plus tard, cette plateforme autonome a parcouru plus de 1200 km dans les sables du Sahel sans incident majeur, incitant l’industriel, Milrem Robotics, et les militaires estoniens à prolonger l’expérimentation jusqu’en avril 2020.

 

À l’origine, le THeMIS (Tracked Hybrid Modular Infantry System) rejoignait le Mali pour une durée maximale de quatre mois. Depuis lors, il a apporté « une capacité additionnelle, ce qui dans certaines conditions peut s’avérer critique pour la section », explique le lieutenant Taavi Eesalu, commandant du détachement ESTPLA-32, dans un compte-rendu annuel publié cette semaine par les forces de défense estoniennes (EDF). Un RETEX positif parmi d’autres qui auront convaincu Milrem Robotics et les forces d’étendre considérablement leur coopération.

 

Dévoilée en 2015 à Londres, cette plateforme à propulsion hybride est capable d’emporter jusqu’à 1200 kg de charge utile avec une autonomie maximale de 10 heures. Il est aujourd’hui décliné en une douzaine de variantes, de l’appui-feu à l’antichar en passant par une récente version de lutte anti-incendie. L’expérimentation au Sahel porte uniquement sur les fonctions logistique et ISR, celle-ci reposant sur le drone KX4-LE Titan de Threod Systems. C’est finalement la fonction logistique qui l’emporte sur le terrain opérationnel, avec, par exemple, près de 10 missions effectuées lors de la dernière rotation, ESTPLA-36.

 

Durant les premiers mois, le robot THeMIS reste « confiné » au sein de l’emprise de Gao pour réaliser des tâches logistiques au profit du détachement estonien. Il subit simultanément une batterie de tests visant à évaluer l’usure des systèmes face à l’environnement particulièrement exigeant du Mali. Les RETEX transmis ensuite à l’industriel lui permettent de poursuivre le développement en adaptant constamment l’architecture et les composants aux températures élevées et à la poussière rencontrées sur place.

 

Les premières sorties hors de la base de Gao auront démontré la résistance de cette plateforme aux conditions climatiques mais aussi aux attaques des groupements armés terroristes. Le 22 juillet 2019, le THeMIS se trouve aux premières loges lorsqu’un attentat à la voiture piégée (VBIED) vise une patrouille franco-estonienne. Six soldats estoniens et autant de soldats français sont blessés, dont trois plus sévèrement. Malgré « l’impact direct de l’explosion sur le système », le robot s’en sort sans trop de casse. Les débris projetés par le VBIED auront principalement affecté la caisse du THeMIS, les sous-systèmes vitaux ayant « supporté pratiquement 200 kg d’explosifs », rapporte le capitaine Taavi Karotamm, officier d’état-major au sein du quartier général des EDF.

 

Le robot THeMIS couplé à l'un des cinq véhicules blindés XA-188 Sisu du détachement estonien (Crédits : EDF)

Le robot THeMIS couplé à l’un des cinq véhicules blindés Sisu XA-188 du détachement estonien (Crédits : EDF)

 

Le THeMIS redevient rapidement opérationnel et, lorsque le détachement ESTPLA-32 prend le relais en août 2019, il est décidé de porter le champ d’expérimentation à l’échelon supérieur. Quand les premiers mois se concentraient sur la résistance du système aux conditions environnementales et sécuritaires, ESTPLA-32 s’est attaché à explorer les scénarios opérationnels dans lesquels pourrait s’intégrer une telle capacité. Une première patrouille à pied dans le centre de Gao intervient en septembre 2019, durant laquelle les militaires s’appliquent à identifier les obstacles techniques et capacitaires. Si son intégration dans une patrouille ne nécessite pas de réorganisation majeure, « l’intérêt de la population peut supposer qu’une plus grande emphase doit être mise dans la sécurité du robot et des civils environnants », souligne le capitaine Karotamm.

 

« D’autres tests avec le THeMIS ont confirmé que cet UGV pourrait apporter un soutien additionnel à une unité débarquée non-protégée », ajoute le capitaine Karotamm. Hormis le transport d’eau ou de munitions, cette mule dispose de six caméras proximales offrant une capacité supplémentaire d’observation. Les militaires de l’ESTPLA-32 ont également étudié le couplage d’une mule avec un véhicule militaire, non seulement sur base de leur Sisu XA-188 mais aussi avec un VBCI des forces françaises. Plus récemment, la compacité du système aura permis d’envisager la perspective de son déploiement au moyen d’un hélicoptère de transport CH-47 Chinook britannique. Lors des seuls six premiers mois, « une quantité notable d’idées visant à l’amélioration du produit étaient rassemblées, la plupart d’entre elles ayant atteint le stade du développement et la phase d’implémentation », précise l’officier estonien.

 

Avec le THeMIs qui aura joué les prolongations au Mali, la question de « l’arrivée de systèmes terrestre autonomes sur le champ de bataille n’est plus de savoir « si », mais « quand » », estime le lieutenant-colonel Sten Allik, chargé de la planification au sein du quartier général des EDF. « J’ai vu à la fois en Estonie et au Mali comment change la façon de penser de l’unité quand une technologie innovante est véritablement testée et s’avère pertinente ». Ce premier test désormais achevé, Milrem envisage d’ores et déjà de continuer à soutenir les EDF et « prépare actuellement d’éventuels futurs déploiements à compter de la fin de l’année 2020 », explique-t-il dans un communiqué.

 

Après quelques tests initiaux réalisés en métropole, la France s’apprête elle aussi à rejoindre le petit club des pays évaluant des systèmes robotisés terrestres en environnement opérationnel. Ainsi, la DGA projette de déployer plusieurs mules robotisées à l’été 2020 sur un théâtre d’opération extérieur pour une durée de quatre à six mois. Une première, éventuellement suivie « d’autres expérimentations (…) pendant la durée du marché, » précisait la DGA dans un avis publié en juillet 2019. Selon Challenges, la plateforme Probot de l’Israélien Roboteam, associé pour l’occasion au groupe français GACI, aurait été sélectionnée en décembre dernier par l’Agence de l’innovation de défense. Ce choix, qui n’a jamais été officiellement confirmé, n’avait pas manqué de susciter quelques interrogations dans la presse, la BITD française disposant d’entreprises en mesure de répondre à ce type de besoin.