L’European Deterrence Initiative perd (encore) des plumes

Un char M1 Abrams américain traverse le Danube lors de l'exercice Saber Guardian 19 (Crédit : Capt. Erica Mitchell/126th PAO)

Un char M1 Abrams américain traverse le Danube lors de l’exercice Saber Guardian 19 (Crédit : Capt. Erica Mitchell/126th PAO)


Conçue comme une mesure de dissuasion face à la Russie, l’European Deterrence Initiative (EDI) pourrait perdre des plumes pour la seconde année consécutive. Dans sa proposition budgétaire transmise hier au Congrès, la Maison Blanche propose en effet de réduire de 25% les fonds alloués à ce programme, qui chuteraient donc à 4,5Md$ (4,13Md€) pour l’exercice fiscal 2021.

 

Le Département de la défense américain a requis un total de 705Md$ (hors programmes d’armement nucléaires) pour la prochaine année fiscale. Près de 69Md$ seront consacrés aux opérations extérieures (OCO), volet comprenant notamment l’EDI. Pour la première fois sous l’ère Trump, les dépenses militaires américaines baisseront très légèrement, de l’ordre de 1% en comparaison aux 712,6Md$ validés l’an dernier. Après une hausse de 650% entre 2015 et 2018, le budget de l’EDI a quant à lui amorcé sa décroissance dès cette année (-10%). Une décroissance qui pourrait s’accélérer en octobre prochain, au lancement de l’exercice fiscal 2021.

 

Selon les documents publiés hier, les financements prévus pour l’EDI seront destinés à la poursuite des plans de financement pluriannuels et des rotations effectuées par l’US Army en Europe. En dépit du coup de rabot, les axes d’effort resteraient inchangés, allant de l’accroissement de la présence militaire américaine (troupes et matériels prépositionnés) à l’amélioration des infrastructures et la multiplication des exercices et entraînements inter-alliés.

 

Une enveloppe de 250M$ sera par ailleurs consacrée à l’Ukraine Security Assistance Initiative (USAI). Lancé en 2016 par les États-Unis afin de fournir de l’équipement et des formations aux troupes ukrainiennes, ce dispositif peut également être activé pour « le remplacement de tout armement ou systèmes défensifs fournis au gouvernement ukrainien sur base de l’inventaire des États-Unis, » précise le document budgétaire.

 

La nouvelle pourrait être moyennement accueillie par les pays baltes et d’Europe orientale qui, bien qu’ayant considérablement augmentés leurs dépenses militaires ces dernières années, restent dépendants du bouclier américain. Côté Pentagone, le discours se veut rassurant. Interrogés par Defense News, deux officiels ont minimisé les craintes, l’un d’eux déclarant qu’ « une baisse du financement est normale compte tenu du nombre de projets d’infrastructures en cours d’achèvement ».

 

L’heure est d’autant plus à la prudence que ces chiffres sont avant tout des projections susceptibles d’évoluer. Le document devra encore passer l’étape de validation par le Congrès, dont la Chambre des représentants est contrôlée par les démocrates. Cette étape s’était ainsi soldée par une coupe de 600M$ dans le budget de l’EDI pour l’exercice fiscal 2020. Réponse attendue, en théorie du moins, dans le courant du mois de mars.