Les troupes aéroportées peinent à maintenir le niveau de qualification

Des parachutistes du 35e RAP lors d'un saut dans les Pyrénées au départ d'un A400M (Crédit : 35e RAP)

Des parachutistes du 35e RAP lors d’un saut dans les Pyrénées au départ d’un A400M (Crédit : 35e RAP)

 

Faute de moyens de largage en suffisance, les parachutistes de l’armée de Terre n’effectuent plus que six sauts de formation par an. Un seuil limite « à peine suffisant pour maintenir les qualifications, » relevait le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Thierry Burkhard, lors d’une audition parlementaire.

 

« Il n’est pas possible d’acquérir un savoir-faire technique tel que le parachutisme sans un entraînement soutenu. C’est d’autant plus important que ce type de missions ne se passe jamais comme prévu, » souligne le général Burkhard. Avec une moyenne de six sauts par an, les unités parachutistes sont désormais forcées de privilégier le chiffre au détriment de la qualité. Soit les parachutistes sautent à 70 par avion en étant non-équipés, soit à 40 avec leur équipement, « or, en mission, les parachutistes le sont forcément ». Si la qualification technique est maintenue à bout de bras, la formation tactique spécifique aux missions aéroportées s’en retrouve donc, elle, particulièrement menacée.

 

« C’est bien pour cela que l’arrivée trop lente de l’A400M nous met en difficulté, » rappelle le CEMAT, qui estime pouvoir « y faire face en raison de notre savoir-faire mais… pas longtemps ». Le développement des capacités tactiques de l’A400M donne depuis longtemps du fil à retordre aux équipes d’Airbus. L’avion de transport a finalement réalisé un premier largage simultané de 80 parachutistes équipés par les portes latérales en septembre dernier. Cette campagne aura également permis de valider le largage de 58 parachutistes par une seule porte latérale. Ces étapes cruciales « ouvrent la voie au déploiement simultané de 116 parachutistes et à la certification des opérations mixtes, » assurait l’avionneur dans un communiqué. La fin des certifications dans ce domaine est prévue au premier semestre 2020.

 

En attendant que l’A400M vienne combler cette « cuvette capacitaire », le ministère des Armées devra continuer de recourir à l’externalisation pour conserver le niveau de qualification de la 11e BP, du 13e RDP, du 1er RPIMa, de l’ETAP, du GAP-STAT ou encore de l’état-major du CFST. En 2018, une quinzaine de contrats avaient été attribués à des entreprises privées du sud-ouest de la France pour la location d’heures de vol jusqu’en 2021 ou 2022, reconduction annuelle comprise.

Cette politique devrait encore perdurer pendant un moment, la LFI 2020 prévoyant une hausse de 25% des crédits de l’agrégat fonctionnement par rapport à 2019, notamment pour permettre la « location d’aéronefs pour certains sauts d’instruction des troupes parachutistes ». Cette hausse des crédits permettra la notification du marché de location d’aéronefs au profit des sauts d’instruction de l’ETAP pour un coût annuel de 4,5 M€. De son côté, le général Burkhard confirme qu’un contrat d’externalisation est à l’étude avec une entreprise civile pour des sauts à partir d’un avion CASA, « ce qui redonnera un peu d’air à la qualification « Troupes aéroportées » (TAP) ».

 

Hormis la location d’avions, le ministère des Armées explore aujourd’hui des solutions médianes ciblées, solutions parfois situées en dehors des terrains d’aviation. Pour compenser le déficit d’avions de transport tactique, le ministère des Armées mise par exemple sur la multiplication des simulateurs de chute libre en soufflerie verticale. Une nouvelle consultation a ainsi été émise hier pour la fourniture de stages de perfectionnement technique à la chute libre au profit des instructeurs SOCR (Saut à Ouverture Commandée Retardée). La cible visée est de fournir de 6h à 10h de temps de coaching en soufflerie par an et par instructeur SOCR, pour un budget annuel de 90 000€.