Le point sur le missile MMP

(Crédit : MBDA)

(Crédit : MBDA)

 

Pas de répit pour la cellule MMP de la Section technique de l’armée de Terre (STAT), dont les membres continuent de plancher sur l’évolution capacitaire de ce missile antichar de 5ème génération. Retour sur quelques projets en cours évoqués lors de la première édition de la Fabrique Défense, organisée les 17 et 18 janvier à Paris.

 

Tablette déportée : Annoncé l’an dernier, l’ajout d’une tablette déportée est actuellement l’objet d’un appel d’offres, la STAT travaillant pour l’instant sur base d’un modèle Getac. Destiné au chef de poste, cet outil supplémentaire permettra non seulement de reproduire et de déporter la vue du tireur, mais aussi d’y incorporer certaines fonctionnalités de la bulle Scorpion. Une première démonstration est envisagée d’ici deux à trois mois afin, entre autres, d’examiner le panel de fonctionnalités disponibles. La STAT y incorporera dans un premier temps un maximum de fonctions, avant de ne retenir progressivement que les plus pertinentes en vue des prochaines phases du programme.

 

L'intégration d'une tablette déportée, projet parmi d'autres poursuivis par la cellule MMP de la STAT

L’intégration d’une tablette déportée, projet parmi d’autres poursuivis par la cellule MMP de la STAT

 

STC numérique : Sans doute l’un des chantiers les plus complexes. Il s’agit ici de créer un simulateur de tir au combat (STC) numérique pour le MMP. Celui-ci doit devenir l’une des briques du programme CERBERE, système de simulation instrumentée destiné à entraîner et évaluer les SGTIA. Une première capacité entrera en service en mars 2020 au CENZUB de Sissonne (Aisne) pour permettre d’entraîner un SGTIA sur un tiers de la surface du camp. Bien que reprenant les fondamentaux des STC utilisés pour l’armement individuel, le simulateur dédié au MMP devra être adapté aux contraintes d’un systèmes d’arme à tir indirect : calcul et variation de la trajectoire, hygrométrie, vent, visibilité, etc. Le système devra prendre tous ses facteurs en compte pour que la vision numérisée du tireur corresponde parfaitement à la réalité du terrain dans lequel s’inscrit l’exercice. Une solution est dès à présent proposée par Airbus et GDI-Simulation, filiale à 100% de MBDA France, dont le « STC MMP » repose sur une technologie mixte laser et numérique permettant les tirs au-delà de la vue directe. L’intégration effective d’un tel système au sein de CERBERE n’est néanmoins pas pour tout de suite, nous confie-t-on du côté de la STAT.

 

Tir depuis un véhicule : Une demande émanant spécifiquement des régiments de cavalerie, désireux de dédoubler cette capacité sur VBL, et des unités de forces spéciales, soucieuses de pouvoir traiter une cible rapidement et sans s’exposer. Si elle n’exclut pas de futurs essais, la STAT reste néanmoins prudente sur le sujet, la flamme d’éjection du missile risquant de compromettre l’intégrité du véhicule, et donc la sécurité de l’équipage. À la différence d’un AT4 CS F1, le missile MMP adopte en effet une inclinaison déterminée pour optimiser la portée. Le premier tir au départ d’un des deux prototypes de Jaguar était quant à lui attendu en fin d’année dernière, mais a depuis été légèrement décalé pour effectuer une série de corrections sur le lanceur. Sera impérativement réalisé avant livraison des quatre premiers véhicules aux Forces.

 

Griffon MMP : Seconde sous-variante du Griffon VTT, le « Griffon VTT Félin MMP » se traduit essentiellement par la création et l’installation de fixations dédiées dans l’habitacle du véhicule. Les essais de fixation ont été réalisés, démontrant la nécessité d’une refonte partielle du système en raison des vibrations produites par le véhicule. Les corrections ont depuis été effectuées, ouvrant la voie à la phase d’industrialisation. Quatre VAB ont par ailleurs été modifiés afin de pouvoir emporter des postes de tir MMP dans le cadre de l’opération Barkhane. Un travail confié cette fois-ci aux techniciens de la STAT, davantage habitués aux petites séries sur mesures.

 

Depuis 2017 et le lancement des livraisons, les forces armées ont réceptionné 450 missiles MMP et 225 postes de tir. Selon le PLF 2020, 50 postes supplémentaires seront livrés cette année. La LPM 2019-2025 prévoit la livraison de 1750 missiles et 400 postes de tir à l’horizon 2025. Le missile MMP est aujourd’hui déployé au Levant, théâtre des premiers tirs opérationnels, et au Sahel avec l’opération Barkhane.

 

Pour surpasser la concurrence, MBDA s’est en partie inspiré des RETEX acquis en 2009 par l’armée de Terre lors du remplacement d’une partie des Milan au profit des troupes alors engagées en Afghanistan, souligne la STAT. La compétition avait alors vu le Javelin américain l’emporter sur le Spike ER israélien, et 380 missiles et 76 postes de tirs avaient été commandés pour environ 30M€. Les retours engrangés par les militaires lors de l’évaluation des deux systèmes avaient par la suite participé à orienter la conception du MMP, déclare un sous-officier expérimentateur de la STAT.

 

Entres autres leçons retenues, relevons l’adoption d’une voie infrarouge non-refroidie pour l’autodirecteur, à contre-courant des concurrents israélien et américain. Si la vision IR refroidie des Javelin et Spike ER nécessite quelques secondes pour que le gaz (généralement de l’argon) puisse alimenter le refroidisseur, le MMP est, lui, opérationnel instantanément. En cas d’annulation du tir, ce dernier peut donc être désactivé puis immédiatement redéployé. A contrario, l’annulation d’un tir de missile Javelin ou Spike ER implique le remplacement de la capsule de gaz soit sur place dans le premier cas, soit inévitablement en usine pour le système israélien.