Le MGCS dans le collimateur de l’Espagne

Le MGCS, successeur désigné du Leopard 2E espagnol ? (Crédit: Ejército de tierra Español)

Le MGCS, successeur désigné du Leopard 2E espagnol ? (Crédit: Ejército de tierra Español)

Relayé en filigrane dans la presse locale, l’intérêt de l’armée de terre espagnole pour le programme franco-allemand de char du futur (MGCS) s’affiche maintenant au grand jour. Dans un document officiel publié il y a peu, les militaires espagnols désignent le futur système européen comme devant succéder à terme au Leopard 2E.

 

L’information paraitrait suspicieuse si elle n’était pas apparue pour la première fois dans un document programmatique autre que ceux publiés en France et en Allemagne. Le texte en question explore en détails le processus de modernisation de l’armée espagnole pour la quinzaine d’années à venir, baptisé Fuerza 2035. Renouvellement des blindés médians, robotisation, infovalorisation, intelligence artificielle, combat interarmes, etc. : les technologies et principes annoncés rappellent furieusement à ceux du programme Scorpion. À l’instar de celui-ci, Fuerza 2035 considère par ailleurs la mise à niveau des flottes de chars comme une phase transitoire vers un nouveau système de combat. La modernisation du char Leopard 2E est dès lors perçue comme un « pont entre les concepts actuels de chars de combat et le futur ‘Main Ground Combat System, dont les premières unités entreront en service en 2035 ».

 

L’armée espagnole se veut pragmatique en considérant d’emblée le MGCS comme le successeur naturel des flottes européennes de Leopard, à l’instar des 219 exemplaires en service en Espagne. Sauf surprise, « le MGCS remplacera les familles actuelles de chars de combat en Europe à l’horizon 2035, le dotant des dernières innovations technologiques, » relève ainsi Fuerza 2035. Menée au travers de l’Agence européenne de défense, la modernisation des Leopard 2E au standard 2E Plus (équivalent au 2A7) pourrait se matérialiser dès 2022 pour les premières livraisons, laissant progressivement les coudées franches pour la tenue de discussions autour du MGCS.

 

Peut-on en conséquence imaginer une évolution identique à celui du SCAF, qui a vu l’Espagne rejoindre le couple franco-allemand dans le développement d’un système complet d’avions de combat et de drones ? Inutile de s’enflammer prématurément, car non seulement l’armée espagnole se contente de constater prudemment la prédominance à venir du MGCS, mais le scénario d’une inclusion de l’Espagne dans son développement n’a pour l’instant fait l’objet d’aucune annonce politique. Il est d’ailleurs d’autant plus inopportun d’envisager un tel schéma que le programme MGCS s’apprête seulement à sortir de la zone de turbulence.

 

De fait, après des mois de négociations, Paris et Berlin ont finalement obtenu le 15 octobre une lettre d’intention consignée par Nexter et les Allemands KMW et Rheinmetall fixant le partage industriel de la première tranche de travail, consacrée aux études d’architecture. Comme convenu, cet accord préserve les intérêts de Nexter en lui confiant 50% de la charge de travail. « Nous avons également veillé à ce qu’il préserve l’existence de KNDS, la société commune franco-allemande créée entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann en 2015-2016. Celle-ci se voit en effet accorder les deux tiers des responsabilités du programme. Cet accord me semble donc être un bon accord industriel, qui répond à la demande allemande, incontournable, de faire entrer Rheinmetall dans le jeu tout en préservant les intérêts de Nexter comme ceux de KNDS, » précisait dernièrement le directeur général de l’armement, Joël Barre, devant la Commission défense du Sénat. Cette étape devrait être suivie de la signature d’un contrat en bonne et due forme au premier trimestre 2020.

 

Une fois ce palier consolidé, rien n’empêchera ensuite les deux pays et deux groupes industriels d’ouvrir les phases ultérieures aux pays ayant entre-temps affirmé leur intérêt, l’Espagne en tête. « […] politiquement, il a été décidé de lancer ce programme au sein d’une organisation et une structure franco-allemande avant de l’ouvrir à d’autres pays. […]. Nous commençons donc à deux, nous nous mettons d’accord progressivement. Puis, toujours progressivement, d’une façon ou d’une autre, soit en associant un pays coopérant, soit en convainquant un client, soit, pourquoi pas, au travers du Fonds européen de défense, il nous faudra trouver la manière d’associer d’autres pays à ce programme pour en faire le succès européen, qui est bien notre objectif, » rappelait à ce sujet le PDG de Nexter, Stéphane Mayer, en mai dernier devant la Commission défense de l’Assemblée nationale.