Finlandais et Lettons misent conjointement sur Patria

(Crédit photo : Patria)

(Crédit photo : Patria)


La Finlande et la Lettonie ont tranché : ce sera Patria. Suite à l’accord technique entériné hier par les deux pays, la plateforme Patria 6×6 du véhiculier finlandais a été sélectionnée pour servir de base au développement conjoint d’un nouveau transport de troupes blindé.

 

La solution proposée par Patria est rapidement sortie vainqueur d’un procédure lancée le mois dernier, au détriment des deux autres concurrents pressentis, que sont le PMPV de Protolab et le 4×4 GTP de Sisu. Dévoilé en 2018 à Paris lors du salon Eurosatory, le Patria 6×6 promeut la rusticité, la robustesse, la mobilité et la survivabilité. Héritier du Patria Pasi, véritable succès à l’export, ce véhicule présente un PTAC de 24 tonnes dont 8,5 tonnes de charge utile et emporte jusqu’à 12 militaires équipage compris. Il intègre également un vaste éventail de systèmes d’arme, de la mitrailleuse 7,62 mm à la tourelle mortier de 120 mm NEMO de Patria.

 

Une plateforme « low cost » donc, conçue pour courtiser les pays dont les ambitions capacitaires sont inversement proportionnelles à la taille de leur portefeuille. C’est notamment le cas de la Lettonie, dont les quelques unités de manoeuvre reposent sur un parc vieillissant de blindés chenillés CVR(T). En rejoignant l’OTAN en 2004, le petit État balte s’est engagé à contribuer davantage à la défense commune en investissant, entre autres, dans le renouvellement capacitaire de ses forces armées. Depuis son entrée dans la zone euro en 2014, la Défense lettone a vu son budget annuel multiplié par trois pour plafonner à 636M€ l’an dernier.

 

À ce stade, les partenaires finlandais et lettons se sont accordés autour du partage des coûts de développement, du calendrier et des spécifications. La coopération se traduira pour l’instant par la réalisation d’études préliminaires. La prochaine étape comprendra l’élaboration d’un nouvel accord pour le développement proprement dit de la plateforme. Quant à d’hypothétiques passations de marchés, « les pays les détermineront séparément ». Les livraisons pourraient démarrer dès 2021, « avec des acquisitions en série étalées sur plusieurs années ».

 

« C’est une opportunité majeure pour nous, et nous espérons voir cette nouvelle version du véhicule en production dans le cadre de ce programme. (…) Naturellement, ce serait formidable que d’autres pays joignent leurs forces à celles de la Finlande et la Lettonie, » a déclaré Jussi Järvinen, en charge de la division terrestre de Patria. Pour l’heure, ce programme sera mené exclusivement par la Finlande et la Lettonie. Exit donc l’Estonie, pourtant partie prenante lors de la signature d’une lettre d’intention tripartite en décembre dernier. Rien n’est perdu pour Tallinn, car « les prochaines étapes permettront à d’autres pays de rejoindre ce programme de développement, » souligne de son côté la Défense finlandaise.

 

S’il arrive à terme, ce projet pourrait résonner comme un de pied de nez envers l’un des 47 projet de défense inscrits au sein de la Coopération structurée permanente (CSP/PESCO) de l’Union européenne. Approuvé en mars 2018 avec la première vague de 17 projets collaboratifs, ce programme baptisé « AIFV/AAV/LAV » est depuis lors coordonné par l’Italie en coopération avec la Grèce et la Slovaquie. Il vise à développer une plateforme européenne commune susceptible de mener un large éventail de missions, du transport de troupes au soutien, en passant par l’évacuation médicale et les fonctions C2 et ISTAR. Un modèle certes ambitieux, mais dont le financement n’est pas attendu avant au moins 2021 ; à supposer que le Fond européen de la défense (FED), levier financier de la CSP, survive aux arbitrages prévus pour fin février. L’enveloppe de 13Md€ espérée pour la période 2021-2027 pourrait en effet être réduite de moitié sur proposition de… la Finlande, qui pilotait les discussions lors du second semestre 2019.