Brique après brique, KNDS travaille à réinvestir un segment un temps mis de côté en France : les chenillés. Un nouveau jalon est franchi aujourd’hui par la division Mobility née de l’intégration des activités défense de Texelis : une solution de propulsion hybride pour les véhicules chenillés médians.
Chez KNDS Mobility, TED n’est ni un employé, ni un cycle de conférences. Il s’agit du « Tank Electrified Drivetrain » (TED), cette technologie 100% limougeaude née du rapprochement engagé fin 2024 avec le spécialiste estonien de la robotique terrestre, Milrem Robotics. La mission alors confiée par ce dernier ? Motoriser son futur robot lourd Vector, version musclée d’un MRCV lui-même hérité du Type-X.
Projet le plus ambitieux lancé à ce jour par les équipes de Limoges, le TED se devra d’entrer « dans l’environnement que l’on veut bien nous laisser », résume Lydia Zebian, directrice produit et services de KNDS Mobility. « L’enjeu pour Milrem, c’était d’intégrer le coeur de la mobilité dans un espace très restreint, qui est le dernier train qui engrène tous les autres », poursuit-elle. C’est à dire, pas grand chose. Il a donc fallu faire preuve d’imagination et parier sur un module unique combinant la transmission de puissance, la direction, le freinage et jusqu’au barbotin entraînant les chenilles.
« La nouveauté avec ce produit, c’est qu’il intègre deux moteurs électriques pour la traction, pour faire avancer le véhicule, mais également deux moteurs électriques pour la direction », explique Lydia Zebian. Chaque moteur est équipé de deux onduleurs positionnés de façon stratégique. Ils garantissent une double alimentation en 800V en continu. « Tout est redondant. Du fait qu’il faille gérer tous les modes dégradés possibles, il y a le même genre de redondance que sur un avion ». La boîte de vitesse est électrifiée. Le système de freinage se veut lui aussi innovant : il s’agit de freins secs refroidis par eau et par huile grâce à cinq pompes dédiées. Le tout permettra d’atteindre des pointes de 80 km/h sur route et de 50 km/h en tout-terrain, conformément aux performances attendues pour le Vector.
« L’avantage, c’est sa compacité », observe Lydia Zebian. Quand un char de combat « classique » nécessite un moteur volumineux, le TED, parce qu’il concentre toutes les fonctions, maximise le volume et la masse disponibles pour l’emport de la charge utile. Pour le Vector, ce sont 4 à 5 tonnes rendues disponibles sur les 19 tonnes que pèsera le véhicule complet.
L’autre avantage majeur du TED en opération, c’est sa capacité de mise à dispositions de puissance électrique. Une fois finalisé, il offrira 350 kW pour alimenter des charges utiles de plus en plus énergivores ou servir de générateur d’opportunité pour d’autres véhicules et équipements. À titre de comparaison, le Serval « thermique » développe 12 kW de puissance exploitable pour les variantes les plus gourmandes à ce jour.

Si le développement du TED a été amorcé avec le Vector, cet organe « a vocation à intégrer d’autres véhicules demain, parce que c’est un produit qui fera partie d’une gamme ». Plateformes habitées ou autonomes, chars légers, véhicules à haute mobilité ou ailiers autonomes : il se veut d’emblée compatible de tout véhicule de classe 20 tonnes.
Le sujet mobilise une vingtaine de salariés, sans compter les partenaires externes. Engagés il y a un an, les travaux ont permis de sortir un premier prototype il y a quelques mois. Il tourne désormais sur les bancs d’essai de KNDS Mobility. La prochaine étape consistera à le livrer en 2026 pour progresser vers l’objectif final de mise à disposition d’un système intégrable sur châssis, conformément à la cible du contrat-cadre notifié par Milrem.
Pour le roboticien estonien comme pour son partenaire français, il s’agira ensuite d’être au rendez-vous de la production des premiers Vector de série, attendue courant 2028. Ce robot a trouvé preneur auprès des Émirats arabes unis. L’envergure des livraisons dépend néanmoins des fluctuations entourant les commandes émiriennes, modulées selon l’urgence du moment. Et l’urgence immédiate, c’est avant tout la défense aérienne contre les drones et missiles lancés par l’Iran.
Les travaux ont su attirer l’attention de l’armée de Terre, maintenant bien engagée sur la question de la robotique de combat. TED vise tout particulièrement le sujet des robots ailiers, ces plateformes dont la montée en puissance était attendue dans le cadre du programme franco-allemand MGCS mais tend à se rapprocher avec l’émergence d’une capacité française de char intermédiaire. Le Vector pourrait être l’une des pistes explorées. Cela tombe bien pour KNDS Mobility, car la division a été chargée par Milrem de pousser son portfolio auprès du client français.
« La relation avec Milrem s’est construire avec le Vector et continue avec le THeMIS, qui est déjà éprouvé au combat », explique Lydia Zebian. KNDS postule en parallèle à certains sprints du programme Pendragon porté par l’Agence de l’innovation de défense et l’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD). D’autres robots que le THeMIS sont dans les starting-blocks, à commencer par le système à roues CENTURIO. Si l’intérêt français se confirme, le partenariat franco-estonien pourrait s’étendre à l’assemblage des deux plateformes à Limoges, là où serait intégré un kit d’autonomie soit de Milrem, soit de KNDS.
Le TED deviendra en parallèle une nouvelle brique du groupe KNDS, création de synergies à la clef. Avec le site de Tulle par exemple, au sein duquel la production de chenilles a été relancée à l’automne 2023 au profit du char Leclerc. Ou avec KNDS Tracks, entité allemande devenue leader mondial dans la production de systèmes de chenilles, avec plus de 100 références utilisées par plus de 50 armées. Bref, les pistes de convergence ne manquent pas pour relancer un début de filière en France, pile au moment où l’armée de Terre rebat les cartes de sa capacité de char principal.