LOADING

Recherche

Eurosatory 2026 : comment SYSNAV cherche à se repositionner dans la défense

Partager

Se repositionner. Voilà un objectif qui sied parfaitement à SYSNAV, ce spécialiste de la localisation hors GNSS. Lancée par la défense avant de s’en écarter, l’entreprise cherche maintenant à y revenir par l’entremise de sa solution LocIndoor, bientôt mature. 

L’histoire de SYSNAV débute il y a près de 20 ans au sein du Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques (LRBA) de Vernon, dans l’Eure. L’enjeu d’alors n’a pas changé : « fournir aux forces des équipements de localisation en condition de déni GPS en garantissant la performance et une information de confiance », résume son fondateur et CEO, David Vissière. Le LRBA a depuis fermé ses portes mais SYSNAV n’a jamais quitté sa terre d’origine. La jeune entreprise s’est cependant réorientée vers le monde civil, lui aussi preneur d’une de ces technologies nées d’un besoin militaire. 

Avec un certain succès. « Aujourd’hui, nous fournissons chaque année entre 6000 et 10 000 capteurs pour les domaines médical et des essais cliniques », indique son patron. Son boîtier de localisation BlueForce équipe l’ensemble de la flotte des Aéroports de Paris, soit 450 véhicules. Le ministère de l’Intérieur a doté ses 400 voitures-radar d’un système SYSNAV automatisé. L’outil de de protection du travailleur isolé SafeGuard a été adopté par ArcelorMittal. Idem pour Stellantis, Renault ou encore Valeo, utilisateurs du module BlueForce Ad pour leurs véhicules autonomes. Des 20 M€ engrangés annuellement, 70% sont réalisés hors de France et 80% sont issus de clients civils. Le reste relève d’études amont notifiées par les armées françaises sur « des problématiques préparant l’avenir du combattant débarqué ».

Bref, la réputation de la deeptech normande n’est plus à faire dans le milieu civil. Après 17 ans de recherches et plus de 20 brevets déposés, reste à convaincre des utilisateurs autrement plus exigeants : les militaires. C’est ce sur quoi SYSNAV planche depuis un moment avec LocIndoor, une solution de localisation en 3D du fantassin en environnement de déni GNSS. En intérieur ou en extérieur, les outils GNSS sont confrontés à plusieurs limites, que sont les phénomènes de multi-trajets, le masquage du signal par les obstacles naturels et infrastructures et, bien sûr, le brouillage et le leurrage amenés par des moyens de guerre électronique désormais généralisés. Aucun système classique n’échappe à ces brouilleurs déployés à grande échelle sur le front russo-ukrainien. Tout chef tactique peut désormais devenir instantanément aveugle. C’est dans cette brèche que SYSNAV cherche à s’engouffrer en proposant un moyen de corriger les défauts plus vite qu’ils n’arrivent.

Fixé à la cheville, LocIndoor rend compte automatiquement de la position des combattants tant en extérieur qu’en intérieur pour mieux percevoir la situation tactique, sécuriser les tirs et fluidifier la manoeuvre. L’idée ? Une technologie brevetée de tachymètre magnéto-inertiel reliée à un système de reconnaissance de pas. « C’est ce qui nous a valu un certain nombre de prix. Nous avons été reconnus par l’Institut des standards européens comme la première technologie européenne de localisation. Nous avons eu un prix similaire aux Émirats arabes unis. En 2014, la revue du MIT avait reconnu cette technologie comme l’une des plus prometteuses pour les 10 prochaines années », se félicite David Vissière. 

C’est que LocIndoor ne manque pas d’arguments. À lui seul, ce petit boîtier de 100 grammes rassemble trois accéléromètres, trois gyroscopes, magnétomètres, un thermomètre et un baromètre. Derrière une autonomie de 8 heures, l’ensemble offre une précision inférieure à 1% de la distance parcourue sans recalage extérieur. Dit autrement, la dérive est limitée à 1 m pour 100 m parcourus. « Nous cherchons une précision de classe métrique dans des situations de perte complète des informations », note David Vissière. Une belle performance, sachant qu’un fantassin ne parcourra pas plus de quelques kilomètres en opération et que « un kilomètre dans un bâtiment, c’est déjà beaucoup ». S’y ajoute un éventail de fonctions, tels que le marquage de points d’intérêt, l’alerte d’homme à terre ou encore le rejeu de trajectoire et la mesure de performance. 

Pour SYSNAV, le Graal consiste à « aller vers la fourniture d’équipements via un bon produit et une capacité à passer à l’échelle ». La démarche demande d’affiner la technologie. « Le premier enjeu, c’est d’avoir un premier prototype correspondant aux attentes à confronter à de premiers utilisateurs », estime David Vissière. Cette maturation, c’est pour l’instant au travers de CENTURION qu’elle se matérialise. LocIndoor a intégré dès décembre 2020 la galaxie d’innovations de ce projet de technologies de défense (PTD) porté par Safran et Thales et visant à progresser sur l’équipement du combattant débarqué d’aujourd’hui et de demain. SYSNAV oeuvre depuis lors au titre de sous-traitant de Thales pour la fourniture de prototypes. Une première tranche de travaux amonts s’achève en 2022. L’aventure se poursuit depuis avec LocIndoor 2 et de nouveaux marchés subséquents. Le dernier en date, octroyé en 2025, va permettre d’affiner la copie pour optimiser la masse, le volume, l’autonomie, la simplicité d’emploi, et la précision. Il s’agira ainsi de passer d’un outil de la taille d’une tablette de chocolat à celle d’une demi-boite d’allumette d’une cinquantaine de grammes. Les travaux avancent bien. SYSNAV est à mi-parcours. « Nous parlons de début 2027 pour la fin des études », jauge son CEO. LocIndoor devrait alors avoir atteint un niveau de maturité technologique TRL 6. 

En parallèle à CENTURION, SYSNAV s’est trouvé un cobaye de choix pour tester ce qui doit devenir une solution duale également ouverte aux primo-intervenants : la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Selon David Vissière, « tous les systèmes qu’ils ont testés jusqu’à présent ont donné des performances catastrophiques ». Seule exception, LocIndoor est régulièrement confié à ceux qui ont suivi sa prise de maturité tout du long. L’autre enjeu d’aujourd’hui consiste à « comprendre ensemble comment équiper la totalité de l’unité », question posée en parallèle aux discussions menées avec les homologues marseillais de la BMPM et avec le Commandement des opérations spéciales (COS). Tous « attendent avec impatience la prochaine itération » et plus spécialement la fonctionnalité qui permettra de basculer sans délai du véhicule à l’intervention. Ce nouveau prototype devrait leur parvenir pour la fin de l’été. 

Toutes les planètes semblent donc alignées. Non seulement la technologie existe et fonctionne, mais son intérêt a été reconnu l’an dernier par la remise du prix AAT – Général Chanson, « un signal extrêmement positif sur l’intérêt de la technologie pour les armées ». Le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Pierre Schill, a pour l’occasion reconnu l’apport d’une « innovation de rupture présentant le meilleur retour sur investissement ». Parfaitement identifié, le besoin de résilience s’est accéléré depuis 2022 et la déflagration russo-ukrainienne. « Clairement, le caractère d’urgence d’avoir une capacité de localisation sur le champ de bataille et de ne pas être aveugle en opération a changé de dimension. C’était une menace connue depuis une vingtaine d’années ». Auparavant lointain et moins prégnant pour les opérations « de contact », le risque de perte de données est désormais systématique et perceptible « ici et maintenant ». La valeur de l’information change en conséquence. 

Soutenus par l’esprit pionnier demandé par le CEMAT, brigades et régiments accélèrent dans la captation et la confrontation des bonnes idées aux réalités du terrain. L’enjeu d’après, ce sera cette expérimentation conduite, pourquoi pas, avec un premier millier d’opérationnels pour s’assurer d’atteindre le TRL 7. Synonyme de début de passage à l’échelle, cette phase visera à mettre les prototypes dans les mains des utilisateurs pour récolter les retours et ajouter les fonctionnalités les plus appropriées. Expérimenter ne suffira pas. Il faudra aussi s’interfacer avec les équipements du fantassin, à commencer par le système d’information du combat SCORPION (SICS) ou Delta Suite. « Cela fait partie des sujets de sortie de CENTURION », observe David Vissière. SYSNAV n’exclut pas d’intégrer différents consortiums. C’est déjà le cas pour les primo-intervenants grâce à Synergise. Ce pourrait l’être aussi dans la défense, à l’image de ce qui se fait à l’échelon européen pour les programmes ACHILE et ACHILE 2 portés par Safran Electronics & Defense. Oser acquérir en volume limité pour mettre à l’épreuve et ne pas manquer LA bonne idée, « c’est ce chemin là qu’il faut arriver à suivre et c’est de la réussite de ce chemin que dépendra la capacité de l’armée de Terre à bénéficier – ou pas – d’innovations notamment duales. Nous sommes bien partis pour pouvoir aller au bout de ce processus », estime David Vissière. 

‘Cette éventuelle bascule, SYSNAV s’y prépare activement. Ses effectifs ont doublé entre 2020 et 2025. La PME normande emploie aujourdhui 120 salariés dont 80 ingénieurs et chercheurs. Elle réinvestit 50% de ses revenus en R&D. Le rythme se maintiendra pour à nouveau doubler de volume d’ici à 2030 et parvenir à un chiffre d’affaires de 50 M€. Surtout, ses lignes sont déjà habituées à la masse de part l’activité générée par le seul volet médical. Ses équipes sont d’ores et déjà en mesure de fournir rapidement les quelques dizaines de milliers d’unités théoriquement nécessaires pour équiper de manière cohérente l’armée de Terre. « Et s’il fallait doubler ou tripler cette production, ce serait avec plaisir », promet David Vessière. Le savoir-faire est souverain, la production l’est tout autant. « Nos cartes électroniques, par exemple, sont fabriquées à Eu, en région Normandie ». « Bref, nous sommes prêts », assure un CEO dont les employés seraient « fiers de pouvoir servir leur pays en premier ».

Crédits image : SYSNAV

Tags: