Enfin une prise de pouls de la BITD ?

Malgré la crise sanitaire, Arquus a su relancer la production de véhicules VT4 à Saint-Nazaire (Crédit : Arquus)

Malgré la crise sanitaire, Arquus a su relancer la production de véhicules VT4 à Saint-Nazaire (Crédit : Arquus)

 

Toutes branches confondues, l’activité industrielle française s’est contractée de 43% par rapport à la normale en raison des mesures d’endiguement de la pandémie de Covid-19, notait l’Insee dans son point de conjoncture du 9 avril. L’état de santé exact de la filière défense (BITD) n’est pas connu, mais de premiers indicateurs pourraient émerger demain à l’issue d’une table ronde inédite organisée par la commission Défense de l’Assemblée nationale.

 

Pas d’indicateurs précis pour l’industrie de défense

 

Entre les quelques annonces de reprise partielle de l’activité et le flou persistant parmi l’immense majorité des PME, TPE et startups, il est pour l’instant difficile d’apprécier la situation d’ensemble de la BITD. Les quelques estimations chiffrées disponibles sont celles réalisées par l’Insee et la Banque de France et reprises dans les rapports parlementaires sur le projet de loi de finances rectificative pour 2020 (PLFR).

 

Ces informations n’en sont pas moins présentées selon une classification ne permettant pas d’identifier explicitement le taux d’occupation de l’industrie de défense. Il faut donc se référer aux trois branches dont la description s’approche le plus des activités de la BITD. Des branches pour lesquelles la baisse de production était alors particulièrement marquée. Ainsi, quand la filière énergétique semblait relativement épargnée, la fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques et de machines baissait quant à elle de 72%, la fabrication de matériels de transport de 61% et la fabrication « d’autres produits industriels » de 53%. Des chiffres concordants avec ceux présentés par la Banque de France dans une note de conjoncture réalisée auprès de 8500 entreprises et également publiée début avril.

 

L’impact de la crise se confirme par ailleurs au travers des indices boursiers de quelques mastodontes : Airbus, Safran et Thales. Au 31 mars, leur cotation au CAC 40 avait respectivement chuté de 55%, 45,1% et 20,1% par rapport à la mi-février. Aujourd’hui, la reprise reste très incertaine. Après un rebond généralisé constaté à la mi-avril, les cotations sont à nouveau plombées par le krach pétrolier de ce lundi. L’action Safran, entre autres, enregistrait hier une baisse de plus de 8%.

 

Alors, oui, les chiffres avancés ne reflètent ni l’état de santé actuel de l’industrie française, ni l’impact de la pandémie sur les activités duales ou strictement relatives à la défense. Oui, nombre d’entreprises de défense ont depuis lors progressivement relancé les machines. Il n’empêche que ces premiers éléments offrent une base chiffrée sur laquelle il sera possible de s’appuyer pour évaluer un éventuel rebond de la production durant ces dernières semaines ainsi que les projections attendues pour celles à venir.

 

Il faudra attendre demain après-midi et une table ronde réunissant les députés de la commission Défense et les présidents des trois principaux groupements sectoriels (GICAT, GICAN et GIFAS), pour disposer d’une première prise de pouls concrète.

 

Une aide pour les « entreprises stratégiques »

 

Bien que d’intensité inégale, la crise est généralisée et simultanée, n’épargnant pratiquement aucun pan de l’économie. C’est pourquoi le gouvernement, dans la seconde mouture du PLFR, propose la création d’un nouveau programme baptisé « Renforcement exceptionnel des participations financières de l’État dans le cadre de la crise sanitaire ». Abondé à hauteur de 24 Md€, ce plan doit permettre une intervention en capital au sein d’ « acteurs économiques stratégiques se trouvant dans une situation critique » au travers de l’Agence des participations de l’État (APE). Celle-ci disposera de deux leviers : soit des prises de participation, soit l’augmentation du capital.

 

« J’ai adressé au président de la République et au Premier ministre une liste d’une vingtaine d’entreprises stratégiques, qui pourront avoir besoin du soutien de l’État, sous forme de prêt, de montée au capital ou de nationalisation », affirmait le ministre de l’Économie Bruno Le Maire le 10 avril dans Les Échos. « Plusieurs entreprises prioritaires faisant face à de fortes contraintes financières auraient été identifiées par l’APE », confirmait ensuite le sénateur LR Albéric de Montgolfier dans son rapport sur le PLFR 2020.

 

La liste des sociétés concernées n’a pas été rendue publique et seuls les exemples d’Air France et de Renault sont suffisamment relevés que pour paraître crédibles. Pour d’autres, il faudra miser sur une interprétation favorable par le gouvernement de ce qu’est une « entreprise stratégique ». Car ce qui était jusqu’à présent considéré comme des acquis inaltérables, la défense par exemple, paraît moins fondé au vu des conséquences de la crise actuelle. De « stratégique » le faisceau tend à évoluer vers l’ « essentiel » au profit des populations, les pénuries ayant attesté du caractère vital de secteurs jusqu’alors moins considérés. De même, l’affaire du rachat avorté de Photonis par l’Américain Teledyne démontre que la taille de l’entreprise compte parfois peu au regard de la criticité des technologies qu’elle conçoit.

 

Il ne fait aucun doute que d’autres filières et que des sociétés non cotées mais « essentielles » seront maintenant perçues avec une sensibilité au moins équivalente à celle appliquée pour les activités de la BITD. Celle-ci devra-t-elle en conséquence revoir un argumentaire souvent limité à son effet démultiplicateur sur la croissance économique pour peser davantage dans les arbitrages à venir ? Début de réponse demain à partir de 14h30 sur le portail vidéo de l’Assemblée nationale.