Coup de punch « Made in France » pour les forces spéciales allemandes

Démonstration du montage P20 sur base Sherpa l'an dernier à Canjuers (Crédit : Nexter)

Démonstration du montage P20 sur base Masstech FS 6×6 l’an dernier à Canjuers (Crédit : Nexter)

 

Après la Pologne, l’Allemagne adopte à son tour le montage P20 de calibre 20 mm de Nexter pour ses forces spéciales. Un succès emblématique pour le systémier-intégrateur de Versailles, qui parvient à imposer un nouveau standard d’armement sur les plateformes terrestres légères. 

 

Retrouver la supériorité sur le terrain

 

« C’est une belle satisfaction et un travail remarquablement mené en collaboration avec le gouvernement allemand, » nous explique un responsable commercial de Nexter en charge du programme. Pour le groupe versaillais, ce marché décroché le 2 mars est le premier contrat d’équipement signé avec la Bundeswehr. C’est aussi le fruit de plusieurs années de prospection menées auprès des armées de l’OTAN afin de proposer une alternative performante à l’arsenal existant.

 

Les forces spéciales sont depuis longtemps engagées sur des théâtres d’opérations au sein desquels elles sont amenées à affronter un adversaire disposant lui aussi d’armements de moyens calibres, voire de véhicules blindés. Pour retrouver une supériorité sur le terrain, certains pays ont d’emblée exprimé un regain d’intérêt pour un calibre 20 mm « offrant une puissance de feu et une portée utile largement supérieures aux armes de calibres 12.7 ou 14.5 mm, » rappelle Nexter.

 

L’engouement pour l’intégration d’un moyen calibre sur des plateformes terrestres s’est confirmé lors d’une démonstration réalisée en septembre 2017 en Pologne au profit d’armées de l’OTAN. Un an plus tard, l’armée polonaise commandait deux montages P20 pour équiper son Groupe de réaction opérationnelle et de manœuvres (GROM). « L’Allemagne envisageait depuis un moment d’expérimenter une montée en calibre au profit de ses forces spéciales. Cette démonstration est arrivée à point nommé et a ouvert la voie à de nombreux échanges techniques avec la Bundeswehr, » ajoute Nexter.

 

La conjonction de l’intérêt opérationnel et de l’existence de solutions techniques ont conduit à la publication d’un appel d’offres en juin 2019 pour l’acquisition de sept systèmes d’armes P20. Lors de cette étape complexe, Nexter aura pu compter sur « la bonne circulation d’informations avec KMW, qui nous a permis de mieux comprendre les méandres de l’administration allemande. Sans KMW, cela aurait été plus difficile ».

 

« Ce premier lot est acquis initialement à des fins d’évaluation par le BAAINBw, l’équivalent local de la DGA. Derrière, nous serons très probablement à nouveau sollicités en 2021-2022 pour fournir une quantité de systèmes P20 inférieure à 10 pour équiper davantage les forces spéciales, » précise Nexter. Une fois implémenté, ce programme doit accompagner le renouvellement de la flotte de véhicules de reconnaissance 4×4 du commandement des forces spéciales de la Bundeswehr (KSK). Un appel d’offres avait été émis dans ce sens en mars 2019 pour le remplacement du véhicules LIV (SO) Serval par 80 nouvelles plateformes en deux configurations.

 

Les évaluations, prévues pour 2021, auront lieu au centre d’essais WTD 91 de Meppen (Basse-Saxe) de l’armée allemande, spécialisé dans l’évaluation des munitions et systèmes d’armes terrestres. Créé en 1957, le WTD 91 reste, avec une surface de 200 km², le plus vaste centre d’essais de tir instrumentés d’Europe.

 

Démonstration du montage P20 sur base Sherpa l'an dernier à Canjuers (Crédit : Nexter)

Démonstration du montage P20 sur base Masstech FS 6×6 l’an dernier à Canjuers (Crédit : Nexter)

 

Derrière le canon, un panel de munitions

 

Le montage P20 repose sur le canon 20 M621 à emprunt de gaz de Nexter, conçu il y a plus d’un demi-siècle. Il emporte une centaine de munitions 20 x 102 mm OTAN, M50 ou PGU. Contrairement à la tourelle ou au tourelleau téléopéré, le montage est une solution manuelle intermédiaire valorisant une installation aisée sur le véhicule. Du fait de sa faible masse et d’efforts de recul réduits « comparables à un calibre de 12,7 mm », le montage P20 est parfaitement adapté à une intégration sur un véhicule 4×4 léger disposant – ou non – d’une circulaire, comme démontré auparavant sur le Sherpa d’Arquus, le Cobra 1 d’Otokar et le Humvee d’AM General.

 

Pour Nexter, ce contrat initial avec le KSK pourrait ouvrir une autre porte, cette fois pour les munitions, autre point fort du calibre de 20 x 102 mm. Selon le responsable commercial de Nexter, « le panel de munitions est limité sur une mitrailleuse de 12.7 mm, quand un moyen calibre comme le 20 mm offre des possibilités accrues avec des munitions incendiaires (HEI) et perforantes (AP) ». Si les évaluations seront menées avec les munitions « naturelles » du canon 20 M621, son usage à l’entraînement et en opérations impliquera la passation de contrats spécifiques pour la constitution d’un stock de munitions.

 

Ce matin, le BAAINBw a donc publié trois appels d’offres pour la livraison entre janvier 2022 et décembre 2024 d’environ 190 000 munitions de types obus perforant avec traceur (AP-T), exercice (TP) et exercice avec traceur (TP-T). Chaque variante devra « être qualifiée et éprouvée avec l’armement MK20 M621, » stipulent explicitement les avis de marché. Concepteur et producteur de longue date de munitions aux standards OTAN, Nexter n’exclut pas pour autant une ouverture de l’Allemagne à d’autres fournisseurs. « C’est finalement un autre avantage de cette arme que d’être totalement compatible OTAN et de favoriser le travail en coalition en intégrant d’autres types de munitions, » commente Nexter.

 

Après le KSK, c’est toute la communauté des forces spéciales qui s’avère désormais susceptible de glisser vers le moyen calibre pour ses plateformes terrestres. « Un effet boule de neige est en train de s’opérer grâce aux succès acquis en Pologne et en Allemagne, » confirme Nexter. Chaque contrat contribue autant à renforcer l’argumentaire de l’industriel que l’intérêt de l’acheteur potentiel, à commencer par la France.

 

Utilisateur de longue date de la version héliportée de l’arme (SH 20), le Commandement des opérations spéciales (COS) « conçoit parfaitement l’utilité d’un tel montage au sol. Ses unités en connaissent les capacités grâce à leurs hélicoptères d’attaque et l’ont expérimenté au sol. Rien n’a été émis annonçant une acquisition mais, à un moment ou un autre, les équipiers français pourraient eux aussi basculer vers cette solution ». Le champ d’opportunité s’élargira l’an prochain avec la perception des premiers VLFS et PFLS au standard 2 assemblés par Arquus.