Blindés de la Gendarmerie : la fin d’une Arlésienne ?

Deux véhicules blindés du Groupement blindé de gendarmerie mobile (Crédits: SIRPA)

Deux véhicules blindés du Groupement blindé de gendarmerie mobile (Crédits: SIRPA)

 

La Gendarmerie nationale pourra donc entamer le renouvellement de ses véhicules blindés l’an prochain, mettant en théorie fin à une Arlésienne vieille de plusieurs années. « C’est un sujet que l’on a vraiment en tête », rappelait ce mercredi le directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), le général Christian Rodriguez, face aux parlementaires. Pour ce dernier, l’enjeu repose sur un remplacement complet du parc dans les cinq années à venir.

 

Objectif 2026

 

En 2021, la Gendarmerie nationale devrait disposer de près de 200 M€ en crédits de paiement et autorisations d’engagement pour investir dans ses moyens mobiles. Cette dotation permettra notamment de « lancer un vaste plan de renouvellement des VMO [véhicules de maintien de l’ordre] et VBRG ». « L’appel d’offres devrait être lancé l’année prochaine. Nous avons prévu d’en commander 45 pour un montant de 32 M€ », détaillait le DGGN.

 

Ce chiffre devrait peu ou prou permettre de remplacer les VBRG et VMO aujourd’hui opérés en métropole. Mystère complet pour le reste, car la cible totale n’est pas encore définie. « Les experts en évoquent 89, nous en avions parlé lors de la commission d’enquête [Mission flash sur la BITD]. Je ne sais pas si le point de sortie sera de 89 », précise le général Rodriguez. Côté calendrier, celui-ci vise un remplacement de la totalité des engins avant 2026. Un objectif qui dépendra néanmoins du ou des industriels retenus.

 

Pour rappel, deux entreprises majeures de la BITD se sont déjà positionnées dans l’hypothèse de l’achat d’un véhicule neuf : Arquus avec son Sherpa APC et Nexter avec une variante « sécurité » du VBMR léger Serval développé pour l’armée de Terre. Si l’enveloppe prévue concorde avec le ratio d’un véhicule neuf pour 700 000 € tel qu’estimé auparavant, le DGGN reste prudent quant à l’opportunité d’un renouvellement complet sur base de cette seule solution. « Dans l’idéal, nous n’aurons que des neufs. Mais peut-être que nous ne serons pas dans un monde idéal », tempère-t-il.

 

Si cette première tranche est financièrement bien pourvue, rien n’est écrit pour la ou les prochaine(s). Les expériences de rétrofit ont certes donné des résultats en demi-teinte, avec une première vague peu aboutie et une seconde « qui n’a pas trop mal marché », mais restent dans les cartons. Un rétropédalage en 2022 pourrait venir renforcer cette hypothèse car, comme le rappelle le DGGN, une refonte du parc existant coûte malgré tout moitié moins cher. Faute de fonds en suffisance pour ne « faire que du neuf », la Gendarmerie pourrait dès lors être contrainte de poursuivre ce programme avec un véhicule « reconstruit ».

 

Moins de lames mais plus de protection ?

 

Posée par le député LREM Jean-Charles Larsonneur, la question de la configuration du futur véhicule, qu’il soit neuf ou rétrofité, dépend finalement de l’évolution de leur contexte d’emploi. Selon le DGGN, le cahier des charges devra en effet mettre en avant certains critères qui ne sont pas particulièrement ceux qui ont conduit, il y a près d’un demi-siècle, à la conception du VBRG.

 

Ancien pilote de VBRG, le général Rodriguez n’est ainsi pas certain « qu’il faille une lame partout ». Conçue pour permettre de « percuter une barricade », son usage semble s’être raréfié ces dernières années. « Nous avons de moins en moins de barricades dans les manifestations aujourd’hui », constate-t-il.

 

Pour la Gendarmerie, l’essentiel repose désormais sur « la manœuvre sous blindage dans des endroits où nous allons nous faire tirer dessus ». Les émeutes de 2016-2017 en Nouvelle-Calédonie, par exemple, avaient démontré l’intérêt de disposer en priorité d’ « un blindage autour des gendarmes quand on les projetait à un endroit pour manœuvrer ». Plusieurs membres des forces de l’ordre avaient été la cible de tirs et de projectiles. Alors, véhicule neuf et/ou rénovation ? Une meilleure protection mais moins de lames ? Réponses l’an prochain, si cette ligne budgétaire survit aux prochains arbitrages parlementaires.