Belgique : la Défense planche sur l’adaptation de la Vision stratégique

(Crédit : La Défense)

(Crédit : La Défense)

 

La Défense belge planche sur l’élaboration d’un addendum à la Vision stratégique pour 2030, annonce la Première ministre démissionnaire Sophie Wilmès dans un rapport parlementaire publié récemment. Axée sur l’horizon 2020-2035, cette adaptation partielle du document devra permettre à la Belgique d’atteindre les objectifs capacitaires requis par l’OTAN.

 

« La Vision Stratégique devra être adaptée à la réalité budgétaire, » déclarait la Première ministre belge en décembre 2019 face aux Commissions des Relations extérieures et de la Défense nationale. Adoptée en juin 2016, la Vision stratégique fixait alors comme objectif de consacrer 1,3% du PIB belge aux dépenses de Défense à l’échéance 2030. Ce pourcentage était de 0,95% en 2019, la Belgique léguant sa place d’avant-dernier du classement OTAN à l’Espagne.

 

« Conformément à la Vision Stratégique, la Belgique souhaite toujours rejoindre le peloton des pays européens non nucléaires membres de l’OTAN en 2030 en termes d’efforts de défense exprimé en pourcentage du PIB, » ajoutait la cheffe du gouvernement en affaires courantes. Dans cette optique, la proposition budgétaire pour 2020-2024 prévoit une évolution de 1,01% en 2020 à 1,19% en 2023, contre 0,9% et 1,02% à l’heure de l’adoption de la Vision stratégique. Un niveau qui sera par ailleurs maintenu en 2024 afin de respecter le principe du « Halt any decline ». La Belgique devrait alors avoir atteint l’un des deux critères émis par l’OTAN en 2014, à savoir l’assignation de 20% de son budget dans les renouvellements capacitaires.

 

La trajectoire budgétaire telle qu'établie dans la Vision stratégique de juin 2016 (Crédit : La Défense)

La trajectoire budgétaire telle qu’établie dans la Vision stratégique de juin 2016 (Crédit : La Défense)

 

Il appartiendra au prochain gouvernement belge – dont la formation tarde à aboutir – d’adopter les mesures nécessaires pour permettre à la Belgique de parvenir à « la moyenne des États membres européens non nucléaires de l’OTAN », fixée à 1,64% pour 2024. Or, en dépit des investissements consentis ces deux dernières années – 9,5Md€ de contrats actés pour le seul exercice 2018 -, la réalisation des objectifs assignés à la Belgique en juin 2017 reste en déficitaire, « que ce soit d’un point de vue qualitatif ou quantitatif ».

 

Bien qu’étant particulièrement ambitieuse, la Vision stratégique ne réalise qu’une implémentation partielle de 141 des 163 capability targets demandés par l’OTAN. De fait, certains des objectifs assignés à la Belgique en juin 2017 vont au-delà du niveau d’ambition fixé dans ce document. En février 2018, la Belgique a dès lors indiqué auprès de l’OTAN que l’état-major de la Défense avait été chargé de préparer un plan pour atteindre lesdits objectifs manquants. L’état-major travaille depuis lors sur un addendum à l’horizon 2020-2035 afin de couvrir l’ensemble des objectifs capacitaires. Une fois abouti, ce plan sera soumis à l’approbation du prochain gouvernement belge. La méthode n’a en soi rien d’inédit, toute loi de programmation s’inscrit dans le temps long et nécessite dès lors une adaptation régulière pour répondre aux enjeux rencontrés. La LPM 2019-2025, par exemple, sera l’objet d’une actualisation l’an prochain.

 

La teneur exacte des 22 capability targets subsistantes n’est pour l’instant pas connue. Parmi les scénarios potentiels, citons prudemment la reconstruction d’une capacité de défense antiaérienne. Depuis 2017 et la désactivation du dernier peloton Mistral, la Défense belge ne dispose plus d’aucun système de ce type dans son portfolio capacitaire. Elle aurait néanmoins conservé un embryon de systèmes et de compétences à Lombardsijde, tandis que la nouvelle division Integrated Capability Management (ICM) continue de scruter de près l’évolution des technologies dans ce segment. La Défense devra par ailleurs s’assurer d’une juste répartition des éventuels crédits supplémentaires alloués afin que le volet capacitaire ne prenne le pas sur deux autres enjeux majeurs, que sont le personnel et les infrastructures. « On ne construit pas une armée avec du matériel mais avec des soldats, » rappelle régulièrement le chef de la Défense (CHOD), le général Marc Compernol.

 

Une fois dépassée l’actuelle crise politique, il reviendra au futur gouvernement d’entériner l’ajout de cet addendum à la loi de programmation militaire promulguée en juin 2017. Incontournable au nord du pays, le parti nationaliste flamand N-VA s’est d’ores et déjà dit « favorable à l’ajout d’un addendum à la Vision Stratégique » par l’entremise du député Théo Francken. Ce dernier estime en effet que « ce plan constitue le minimum à mettre en œuvre pour accroître les engagements de la Belgique ».