Barkhane : pas d’inflexion stratégique sans davantage de contributions

Le général Lecointre au Sahel en novembre dernier pour un hommage aux 13 militaires morts en opération dans le Liptako (Crédit: Twitter/EMA)

Le général Lecointre au Sahel en novembre dernier pour un hommage aux 13 militaires morts en opération dans le Liptako (Crédit: Twitter/EMA)

 

L’inflexion stratégique officialisée lors du sommet de Pau concernant l’opération Barkhane « ne sera fructueuse que si nous parvenons à internationaliser les contributions pour combler nos besoins en capacités critiques et en forces, » insistait le chef d’état-major des Armées (CEMA), le général François Lecointre, le mois dernier face aux sénateurs de la Commission défense. Pour l’instant limité à quelques partenaires, l’élan devra impérativement se renforcer et s’étendre à la Task Force Takuba ainsi qu’aux dispositifs hors-Barkhane telle que la mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM Mali).

 

« Nous nous trouvons (…) dans une situation comparable à celle d’il y a sept ans, avec la constitution d’une zone géographique homogène dans laquelle renaît une véritable menace terroriste qui occupe un territoire et s’acharne à le vider des forces de sécurité des trois États concernés, » déclare le CEMA. Grande comme la moitié de la France, cette zone où se rencontrent le Niger, le Mali et le Burkina Faso est aujourd’hui au coeur des actions menées par Barkhane. Durant un mois, les légionnaires du 2e REP formant le 3e groupement tactique désert ‘Altor’ ont contribué à surprendre et déstabiliser l’ennemi « pour le forcer à se montrer avant la saison des pluies ». Une fois rentrés en Côte d’Ivoire, ces 220 légionnaires céderont leur place aux 600 soldats supplémentaires annoncés début février, portant l’effectif global de Barkhane à 5100 militaires. S’ils peuvent paraître dérisoires compte tenue de l’étendue de la zone opérationnelle, ces renforts vont permettre d’augmenter de 70% le volume de forces déployées, estime le CEMA.

 

Pour autant, l’effort supplémentaire apporté par la France sera difficilement soutenable dans la durée s’il ne s’accompagne pas d’une participation accrue des armées alliées. Cette pression exercée par Paris sera d’autant plus forte tant que le flou persistera quant au désengagement des Américains dans la région. « L’appui américain est majeur en termes de ravitaillement, de transport tactique et stratégique, de renseignement et de surveillance, » reconnaît un CEMA plutôt optimiste vis-à-vis de la position américaine. « J’ai plutôt de bons retours sur une possible inflexion du discours américain, mais la décision ultime reviendra au président Trump, » ajoute-t-il. Dans le cas contraire, « il faudrait un engagement plus fort des Européens ».

 

Cette internationalisation de « la lutte directe » contre le terrorisme repose essentiellement sur deux piliers, que sont la future Task Force Takuba et l’EUTM Mali. Le premier rassemblera dans le courant de l’été une poignée d’unités spéciales européennes sous commandement de Barkhane. À l’heure actuelle, le Danemark, l’Estonie et la Belgique ont formellement confirmé leur participation. Les processus parlementaires préalables à tout déploiement sont en cours en Suède, en Norvège et en République tchèque. La TF Takuba accompagnera les forces africaines partenaires vers l’autonomie dès le second semestre 2020. À terme, la mission devra être réalisée par les forces conventionnelles, estime le générale Lecointre. Exclu en principe du panel de missions des unités spéciales, l’accompagnement au combat devait impérativement leur incomber dans le cas de la TF Takuba, et ce pour deux raisons que rappelle le CEMA. D’une part, car la réputation des unités du COS « justifiée et qui nous place au même niveau que les États-Unis » permet d’attirer les équipiers d’autres pays et, d’autre part, « car dans ces pays, le risque est mieux accepté s’il s’agit des forces spéciales ».

 

Outre la TF Takuba, les pays européens doivent également être sollicités au travers de l’EUTM Mali. D’une mission d’entraînement de l’armée malienne, ce dispositif doit devenir une véritable mission de transformation et de reconstruction de forces maliennes. Avec, en cas de succès, une extension envisageable au Niger et au Burkina Faso « s’ils en font la demande ». De surcroît, l’EUTM devra adopter une posture plus opérationnelle en participant au déploiement et à la planification des actions des forces maliennes. « Nous avons lancé depuis huit mois une réflexion sur l’opérationnalisation de la mission EUTM. J’espère que cela va progresser plus vite, » souhaite le CEMA.