Fâchées en matière de défense, la France et l’Allemagne ? Si les programmes de développement conjoints subissent des remous, les exportations d’armements français vers le voisin allemand ont plus que doublé l’an dernier, un pic auquel s’ajoute un autre en matière d’octrois de licences.
Voilà une donnée qui détonne de certaines sorties politiques et bisbilles industrielles : les prises de commandes de l’Allemagne auprès de la BITD française ont plus que doublé en un an pour dépasser 526 M€ en 2025, révèle le dernier rapport sur les exportations d’armement de la France. Certes, la part peut paraître minime en regard des 21,2 Md€ engrangés l’an dernier à l’export, mais elle aura néanmoins décuplé au terme d’une décennie dont le résultat annuel moyen tourne plutôt autour de 100 M€.
L’Allemagne aura donc été le cinquième meilleur client européen de la France, après la Grèce, le Danemark, la Belgique et la Roumanie. Et loin devant le Royaume-Uni. La France aura également livré pour 408 M€ d’équipements en 2025. Là encore, l’activité a pratiquement doublé par rapport à 2024. Elle aura été multipliée par cinq en 10 ans. Dans ce tableau, seule la Grèce aura fait mieux parmi la clientèle européenne.
Ni les prises de commandes, ni les livraisons ne sont précisées dans un rapport limitant ces dernières aux classes d’armes dites . Seule action mentionnée : la fourniture de 20 canons de 20 mm, sans doute la suite d’un contrat décroché il y a quelques années par KNDS. Quant aux prises de commandes, il faut se replonger dans les annonces industrielles. Thales, par exemple, aura ainsi décroché un un contrat majeur pour la fourniture d’optroniques du combattant et restait jusqu’à l’an dernier mobilisé par un programme de frégates F126 désormais annulé.
Si la France fournit 6,2 % de l’armement au sein de l’Europe, l’Allemagne est désormais en quatrième position au niveau mondial en matière de dépenses militaires. Elle y consacrera 82,7 Md€ cette année hors fonds spécial, une enveloppe qu’elle compte porter à près de 110 Md€ l’an prochain et à 153 Md€ en 2029. L’écart avec la trajectoire française est béant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sursaut d’orgueil ou non, il sera difficile pour la BITD française de l’ignorer, elle qui doit compiler avec une concurrence toujours plus exacerbée sur le marché export.
Ce serait d’ailleurs plutôt l’inverse au vu, également, de la croissance constatée en matière de licences d’exportation dirigées vers l’Allemagne. Leur montant explose : plus de 7,8 Md€, derrière l’Inde, le Danemark et mais devant l’Ukraine et l’Indonésie. L’essentiel porte sur les munitions de petit et de gros calibres, un créneau à l’origine de huit licences pour un montant global de 6,8 Md€. Suivent d’autres catégories relevant des radars, de l’optronique portable ou encore des satellites militaires.
Une fois encore, une licence n’est pas une commande. Cet aval gouvernemental n’est qu’une étape initiale dans une procédure qui pourrait s’avérer infructueuse par la suite. De même, toute démonstration ou participation à un salon de défense exige de déclarer les matériels concernés au travers de ces licences. L’écart de valeur entre celles-ci et les prises de commandes effectives en témoignent, avec toutes les précautions d’usage. Il n’empêche que l’intérêt français paraît bien vivace, à contre-courant de certains discours régulièrement rencontrés.
Crédits image : Thales