La Mule robot

La Direction Générale de l’Armement (DGA) française à lancé un appel à candidatures pour évaluer l’évolution de l’intelligence des plateformes autonomes. Ou, en d’autres termes, elle veut savoir comment les robots terrestres vont évoluer du mode téléopéré qui domine encore le monde militaire – et qui limite la distance entre l’opérateur et l’engin à environ 1km – vers plus d’autonomie. Comment ces robots pourront-ils évoluer seuls sur les bosses et nid-de-poules des routes et dans les conditions encore plus sévères des chemins? Comment « voit-il » si un enfant, par exemple, croise soudainement sa route? Ceci sont des questions qui nécessitent des réponses et le programme EOR Mule (qui sera lancé une fois que les entreprises ou groupement d’entreprises ont posé leurs candidatures) en révélera peut-être quelques unes.

Le Robbox version Mule tel qu’il avait été présenté il y a deux ans. Depuis il a évolué par pouvoir répondre à d’autres missions. (Crédit illustration: Sera)

 

EOR Mule sera un véhicule autonome pour porter les munitions et les vivres d’une section de combattants. Il sera aéro-transportable.

Quelques groupements d’entreprises se sont constitués pour ce programme EOR Mule. Un de ceux-ci est formé par Nexter Robotics, Thales Optronics, l’Institut St Louis et Sera. Ce dernier, un plateformiste qui a developé et construit le véhicule robotique  Robbox, est une PME de 15 personnes.  Stéphane Trochet, son directeur de bureau d’études, nous a expliqué que « nous sommes le squelette et les muscles, le cerveau qui les commande est entre les mains de nos partenaires”. Le cerveau est constitué par le logiciel qui fournira les réponses aux questions posées dans le premier paragraph.

Robbox, 1,75 m de haut, 1,64 m de large, peut soit être motorisé avec deux moteurs diesel 12.5kW, un à chaque extrémité du chassis, ou des moteurs électriques de 15kW (avec des batteries Li-ion), ou dans une version hybride. “Ça veut dire que pour le dernier kilomètre le robot peut être silencieux et furtif », raconte Gaël Bielecki, le directeur adjoint de Sera.

Chaque moteur a une autonomie de 300 km ce qui procure au robot terrestre une autonomie total de 600 km. Donc, même s’il ne peut être télé-opéré à plus de 800 m cela permet quand même à la section de se libérer du problème de ravitaillement en carburant pendant quelque temps. La version électrique a une autonomie de 80 km. Robbox a une vitesse maximale en mode téléopéré de 40 km/h mais peut être remorqué par un autre véhicule jusqu’à 90 km/h.

Le robot de 750 kg est absolument symétrique : il n’a donc pas besoin de faire demi-tour. Il n’y a pas d’option pour un conducteur à bord. La charge utile centrale, d’une masse de 750 kg maximum, peut être placée sur ou sous le chassis.

Même si le prototype initial répondait au besoin « mule », l’entreprise a depuis développé son Robbox en d’autres versions, soit seule ou en partenariat avec Nexter Robotics. Robbox pourrait servir comme véhicule-mère pour des plus petits robots terrestres qu’il transporterait ou être utilisé pour servir de plateforme à des drones.

Mais il sert surtout a déployer toutes sortes de charges utiles (même de l’armement), notamment celles qui servent a détecter et a neutraliser des engins explosifs improvisés (EEI).

Robbox carrying a ground penetration radar and a metal detector for counter-IED missions. (Illustration: Serpa)

Le Robbox avec un radar de pénétration du sol et un détecteur de métaux pour les missions contre-EEI

 

Ceux-ci ont causé plus de morts parmi les troupes alliées en Afghanistan et en Afrique que le combat direct. Parce que les EEI sont bricolés par des insurgés, chacun est unique, le rendant beaucoup plus difficile a détecter et neutraliser que les mines anti-personnels et anti-chars que les militaires connaissent. Comme le dit le directeur de Sera, Sylvain Crosnier : “les EEI ne sont pas calibrés. Là où on peut neutraliser une mine dans 99% des cas, ceci est loin d’être possible avec les EEI”.

La DGA a donc lancé une étude à très long terme : le SOI (système d’ouverture d’itinéraire) dont l’objectif est de développer les technologies qui pourraient être déployées dans 25 ans environ pour détecter et neutraliser les EEI avec le même taux de succès que pour les mines. Les défis pour les industriels sont énormes : comment détecter des simples fils (en fait, c’est presque chose faite), détecter des puces électroniques (jamais une bonne nouvelle dans un tas de pierres), détecter du plastique (les données enregistrées par les radars de pénétration de sol aujourd’hui indiquent si le continuum du terrain est cassé mais cela pourrait être par une pierre, un trou qui a été rempli, etc.) ?

Les réponses d’ici… quelque temps.