Vers une externalisation partielle des moyens de formation des JTAC ?

Un JTAC déployé au Sahel dans le cadre de l'opération Barkhane (Crédits: armée de Terre)

Un JTAC déployé au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane (Crédits: armée de Terre)

 

Externaliser une partie des moyens aériens indispensables à la formation des joint terminal attack controllers (JTAC), spécialistes au sol de l’appui aérien rapproché (CAS) ? Le ministère des Armées y réfléchit sérieusement et adressait vendredi une demande d’informations (DI) aux entreprises du secteur au profit du Centre de formation à l’appui aérien (CFAA).

 

Cette DI ne constitue ni une consultation, ni un appel d’offres mais plutôt un apport informel « aux réflexions en cours sur l’opportunité d’externaliser une partie du soutien aérien nécessaire à la formation des JTAC ». La demande est donc émise afin de sonder les entreprises et d’évaluer les solutions disponibles sous les angles techniques et financiers.

 

Créé en 1946, le CFAA forme la totalité des JTAC français au départ de la base aérienne 133 de Nancy-Ochey (Meurthe et Moselle) mais aussi autour d’Aubenas (Ardèche, Valdahon (Dobs) ou Gondrin (Gers), à Djibouti et sur le territoire allemand, à Baumholder. Le CFAA est en effet devenu un centre franco-allemand en 2009, instruisant depuis lors l’ensemble des JTAC de la Bundeswehr. En plus de ces terrains de manoeuvre, les stagiaires disposent de moyens aériens fournis par l’armée de l’Air (avions de chasse ou d’entraînement, hélicoptères) et par le partenaire allemand pour réaliser leurs missions de guidage des frappes. S’y ajoutent dans une moindre mesure des plateformes issues de l’ALAT ou de la Marine nationale, l’hélicoptère Tigre et l’avion de patrouille maritime Atlantique 2 notamment.

 

Ce sont autant de plateformes que le ministère des Armées souhaite remplacer partiellement par un équivalent civil, les flottes patrimoniales étant fortement sollicitées pour la préparation opérationnelle et par les théâtres d’OPEX, en particulier au Sahel. Dans un premier temps, le ministère des Armées envisage de rediriger 150 heures de vol sur un total de 450 heures vers un prestataire privé.

 

Plusieurs enjeux spécifiques au domaine CAS s’imposent d’emblée aux candidats potentiels. Le JTAC doit en effet effectuer son guidage selon plusieurs paramètres et types d’aéronefs: les hélicoptères (30 heures), les avions lents évoluant dans la tranche 150-250 kt (60 heures) et les avions rapides évoluant dans la tranche 250-400 kt (60 heures). Si la DI porte sur le panel de missions le plus large et requiert exceptionnellement l’usage simultané de deux plateformes, « toute proposition innovante n’employant pas tous les types d’aéronefs sera étudiée ». Les appareils doivent par ailleurs pouvoir effectuer des vols de jour comme de nuit et dès lors être équipés de caméra EO/IR autorisant la transmission en temps réel du flux vidéo. Une contrainte technique qui en implique automatiquement une seconde, à savoir la comptabilité avec le système ROVER (Remotely Operated Video Enhanced Receiver) permettant au personnel au sol de visualiser la situation tactique transmise par l’aéronef.

 

Outre une maîtrise parfaite de l’anglais, langue utilisée durant l’ensemble du cursus et lors des échanges radio, ce projet astreint les équipages privés à maîtriser l’ensemble des procédures réunies dans les 405 pages du manuel « ATP-3.3.2.1 Tactics, techniques and procedures for close air support and air interdiction » de l’OTAN. Ces éléments feront l’objet d’une mise à jour assurée par le CFAA, assortie ensuite d’une vérification annuelle des connaissances. Enfin, les missions de nuit nécessitent qu’au moins un membre d’équipage soit apte au vol sous jumelles de vision nocturne pour pouvoir visualiser les éléments de description au sol. Les réponses à cette DI sont attendues par le ministère des Armée d’ici au 8 septembre.