Une nouvelle flotte de drones pour la sécurité intérieure

Un micro-drone DJI utilisé par la Police nationale (Crédit : Police nationale/Twitter)

Un micro-drone DJI utilisé par la Police nationale (Crédit : Police nationale/Twitter)

 

Le ministère de l’Intérieur projette l’acquisition de plusieurs centaines de drones et de « passerelles de réception des trames wifi des drones collaboratifs », révèle un appel à la concurrence publié dimanche dernier. Trois modèles sont envisagés pour couvrir « les besoins de la sécurité intérieure », du nano- au mini-drone.

 

Des drones financés par l’Europe

 

Surveillance d’évènements, constats d’infractions, renseignement et, depuis peu, contrôle du respect du confinement : les drones démultiplient les capacités d’observation de la Police et de la Gendarmerie depuis plusieurs années. Pour grande majorité, leur appropriation relevait néanmoins d’initiatives localisées plutôt que d’une stratégie d’acquisition coordonnée à l’échelon ministériel. Au vu des cibles avancées et de certains éléments de langage, le ministère de l’Intérieur semble cette fois privilégier la constitution de flottes homogènes susceptibles d’être essaimées sur tout le territoire en fonction du besoin. Et avec, à la clé, une rationalisation des volumes d’achat aux conséquences financières potentiellement appréciables, alors que la seule Gendarmerie nationale a vu ses dépenses d’équipement baisser de 13% entre 2019 et 2020.

 

D’après les documents disponibles, les quantités estimatives exprimées par le Service de l’achat, de l’innovation et de la logistique du ministère de l’Intérieur (SAILMI) sont de 565 « micro-drones du quotidien », 66 « drones de capacité nationale », 20 « nano-drones spécialisés » et 300 passerelles wifi pour toute la durée de l’accord-cadre. L’ensemble est budgétisé à hauteur de 3,8 M€ et comprend des postes de MCO et de formation. La date limite de remise des offres est fixée au 19 juin prochain.

 

Ce programme repose sur des financements issus du Fonds de sécurité intérieure (FSI) de l’Union européenne. Doté d’un budget de 3,7Md€ pour la période 2014-2020, le FSI vise à renforcer le contrôle aux frontières extérieures de l’espace Schengen et à assurer un niveau de sécurité élevé au sein de l’Union européenne. Il soutient par exemple la construction d’infrastructures, l’achat d’équipements opérationnels et de systèmes informatiques et de communication susceptibles d’aider les États européens à atteindre ce double objectif.

 

Trois types de drones pour trois cas d’usage


Trois catégories de drones sont à l’étude, chacune destinée à un usage relativement précis. Comme son nom l’indique, le « micro-drone du quotidien » sera attribué aux unités « les plus variées de la sécurité intérieure, pour un usage simple et fréquent de renvoi d’image, essentiellement de jour ». Il s’agira d’une plateforme multi-rotors d’un poids inférieur à 1 kg, dotée d’une autonomie de 25 minutes et d’un rayon opérationnel de 3 km. La charge utile comprendra une voie jour UHD-4K et une voie thermique, toutes deux offrant un retour vidéo en temps réel potentiellement déporté sur une tablette ou un casque de réalité virtuelle.

 

Les drones « de capacité nationale » sont quant à eux requis « pour des missions de haute intensité, lors d’événements majeurs régionaux ou nationaux, avec des capacités d’observation et de retransmission sécurisées à longue distance de jour comme de nuit ». Ce seront des drones multi-rotors de moins de 8 kg présentant une autonomie de 20 minutes et une portée de 5 km. Ils seront équipés de capteurs d’obstacles et de trois emplacements pour l’intégration de capteurs amovibles éventuellement fournis par l’utilisateur. Les voies jour et nuit s’accompagnent dans ce cas d’un télémètre laser et seront sécurisées par une clé de chiffrement AES 256 bits.

 

Mono-rotor et d’un poids inférieur à 50 g, les nano-drones seront réservés à des unités spécialisées de type RAID, GIGN, etc. pour lesquelles la discrétion est un facteur primordial de réussite. Ils seront déployés lors de « missions de reconnaissance et d’observation discrètes et sécurisées, essentiellement de jour ». Ces nano-drones doivent également disposer d’une voie jour et, en option, d’un capteur thermique. Ils présenteront une portée efficace de 2 km et une autonomie de 25 minutes. Bien que succincte, une telle description ouvre une voie royale au nano-drone Black Hornet 3 de l’Américain FLIR, sélectionné en novembre 2018 par la Direction générale de l’armement (DGA). Près de 400 systèmes avaient été commandés pour un montant de 77M€. Les premiers exemplaires ont été perçus en mai 2019 par le 61e régiment d’artillerie de Chaumont (61e RA).

 

Quant aux « passerelles de réception des trames wifi des drones collaboratifs », celles-ci auront pour fonction principale « d’écouter le réseau wifi, de détecter les trames d’un format attendu, d’en extraire le payload, de le décoder avant de le transmettre soit via LAN soit via réseau opérateur (3G, 4G) ». Ce boîtier s’apparenterait à un outil de réception et de transmission vers un opérateur du signal émis par plusieurs drones opérant en collaboration. Ces passerelles ont vocation à être installées durablement sur des emprises fixes. Si les applications ne sont pas détaillées par le cahier des charges, une telle installation pourrait notamment servir de relais à plusieurs vecteurs autonomes consacrés à la surveillance de sites sensibles.

 

L’armée de Terre en pointe

 

Ce projet n’est pas sans rappeler une initiative comparable, quoique que d’une autre ampleur, lancée en février dernier par l’armée de Terre. En pointe sur la question, celle-ci envisage d’acquérir 2000 drones tactiques supplémentaires en complément des micro-flottes de NX70 et de Mavic Pro acquises jusqu’à présent auprès de la PME aixoise Novadem et du Chinois DJI.

 

Un accord-cadre d’une durée de cinq ans devrait en théorie être signé cette année. Cela afin de  concrétiser la commande d’une première tranche d’environ 200 systèmes en 2020, pour une livraison dans les six mois suivants. La crise sanitaire est entre-temps venue bousculer les plans établis, forçant la DGA à repousser d’une quinzaine de jours la date limite de remise des offres, finalement fixée au 10 avril.