Quatre armées pour un treillis commun

La version "arctique" du NCU, mise à l'épreuve cet hiver par les militaires suédois, norvégiens et finlandais (Crédit: NORDEFCO)

La version « arctique » du NCU, mise à l’épreuve cet hiver par les militaires suédois, norvégiens et finlandais (Crédit: NORDEFCO)

 

La Suède, la Norvège, le Danemark et la Finlande auront bientôt un « Nordic combat uniform » (NCU) commun. Après trois années de développement conjoint, une phase cruciale de tests en conditions réelles commencera cet hiver à partir d’échantillons fournis par les industriels présélectionnés.

 

Inscrit dans le cadre de la coopération de Défense nordique (NORDEFCO), le programme NCU remonte à mai 2016 avec la signature d’un accord technique entre les pays concernés. Ce rapprochement répondait alors à un double constat. Premièrement, ces armées opèrent dans des environnements climatiques assez similaires et présentent donc des besoins équivalents pour remplacer les modèles M/11 danois, M/98 norvégien, M/90 suédois et une partie des M/05 finlandais. Et deuxièmement, s’associer permet à la fois de réaliser des économies d’échelle et d’attirer les acteurs majeurs du marché, davantage susceptibles d’offrir des solutions innovantes. Le budget global pour ce programme s’élève à 425M€.

 

« En laissant les fournisseurs proposer leurs systèmes, nous rejetons l’ancien principe des multiples couches décisionnels. Au lieu de cela, nous devons maintenant adopter une approche systémique de l’uniforme, dans laquelle c’est le fournisseur qui recommande la composition optimale au travers, par exemple, de la sélection des matériaux, de la qualité, de la coupe, etc. Sur base des applications et des conditions climatiques décrites dans les documents d’appel d’offres, » souligne le colonel Christian B. Ishøj, chef de la division systèmes terrestres (KALA) au sein de l’agence danoise d’armement (DALO).

 

Le NCU repose sur un contrat global comprenant tant les sous-vêtements que les couches intermédiaires et supérieures d’habillement. Le tout sera disponible en trois configurations principales : désert, jungle et Europe. Cette dernière est subdivisée en deux sous-variantes, une « intermédiaire » efficace jusqu’à -19° et un complément « Arctique » pour permettre au soldat de tenir jusqu’à une température de -46°. Pour l’heure, tant le volume des commandes que les calendriers sont inconnus, chaque pays formulant son besoin de manière indépendante. L’armée suédoise envisage une première dotation en unité à l’horizon 2023, normalement précédée par le Danemark.

 

Les quatre versions d’essai du NCU seront confiées à 480 hommes et femmes – 120 de chaque armée – lors d’une phase devant s’étendre de décembre prochain à mai 2020. Ils seront issus d’un vaste panel d’unités, allant des forces spéciales aux forces conventionnelles, en passant par les conscrits. Six régiments seront concernés en Suède, et presque autant au Danemark, où le panel de testeurs proviendra du régiment de hussards de la Garde, du régiment de dragons du Jutland, de régiments de formation et de génie, ainsi que, dans une moindre mesure, du SOKOM, de la force aérienne et de la Marine. La Norvège, la Suède et la Finlande orienteront leurs évaluations sur le complément « Arctique », tandis que le Danemark se concentrera plus spécifiquement sur les variantes jungle et désert. L’armée danoise évaluera celles-ci dans les environnements correspondants au cours du printemps 2020, en s’appuyant notamment sur ses forces spéciales. À l’issue de cette phase, l’Agence suédoise de recherche pour la défense (FOI) sera chargée de compiler l’ensemble des données fournies par les utilisateurs. L’équipe du programme NCU utilisera ensuite ces informations pour établir une évaluation des performances fonctionnelles de chacun des treillis candidats en vue de la signature d’un accord-cadre avec l’industriel retenu pour la période 2021-2028.

 

Si la base vestimentaire sera commune, les éléments de protection, les chaussures et le camouflage resteront propres à chacune des armées impliquées. Hormis une volonté de correspondre aux réalités des environnements rencontrés dans chaque pays, la conservation d’une identité visuelle nationale répond au besoin de maintenir les traditions et l’image véhiculée vis-à-vis des populations civiles. Néanmoins, certains pays, à l’instar de la Suède, réfléchissent à la possibilité de faire coïncider l’évolution des motifs et couleurs des systèmes actuels avec l’introduction d’un nouveau treillis.