Pour la gendarmerie aussi, « un plan de relance serait bienvenu »

L'un des AS 350 Écureuil de la gendarmerie nationale (Crédits: gendarmerie nationale)

L’un des AS 350 Écureuil de la gendarmerie nationale (Crédits: gendarmerie nationale)

 

Éternel parent pauvre en matière d’investissements, la gendarmerie nationale profitera-t-elle d’un plan de relance de l’économie ? Récemment auditionné par la Commission défense de l’Assemblée nationale, son directeur (DGGN), le général Christian Rodriguez, espère l’ouverture d’une fenêtre d’opportunité pour le renouvellement de ses « moyens-pivots », les hélicoptères et les véhicules blindés (VBRG).

 

Les uns sont restés au garage faute de missions de maintien de l’ordre. Les autres n’ont cessé de contribuer à la surveillance du confinement et aux évacuations sanitaires par voie aérienne, et qu’importe si la dernière loi de finances leur a partiellement coupé les ailes*. Autant de capacités qui ont vocation à être pérennisées et devraient en conséquence faire l’objet d’un renouvellement, éventuellement accéléré par un plan de relance. « Dans le cadre des réflexions sur le futur plan de relance, les dépenses militaires et de sécurité intérieure sont essentielles », affirme le député LR Jean-Louis Thiériot. Et celui-ci de revenir sur une éventuelle accélération d’un « programme de fourniture de 45 hélicoptères ». En remplacement de quelle(s) flotte(s), avec quel budget et selon quel calendrier ?

 

Si le général Rodriguez est resté muet quant aux détails de ce programme, celui-ci évoque néanmoins un début de réflexion concernant l’avenir de cette capacité. « Nous discutons avec la sécurité civile sur ce que sera la flotte de demain : sans doute faudra-t-il mieux partager les modèles, privilégier la subsidiarité et les hélicoptères de transport par rapport aux petits engins », affirme le DGGN. Autrement dit, tourner le dos aux AS 350 Écureuil vieillissants au profit de l’EC-145, un modèle que la gendarmerie partage avec la sécurité civile. En cas d’accélération, la gendarmerie y percevrait enfin de nouvelles plateformes, quand Airbus y gagnerait de la charge de travail à l’heure où le marché de l’aviation civile subit de plein fouet la chute du trafic aérien. « La filière de construction des hélicoptères est essentielle. Ce sont des emplois qui sont en France, qui sont portés par des entreprises qui sont elles-mêmes frappées lourdement par la crise sanitaire. (…) Les hélicoptères constituent l’un des sujets sur lesquels nous portons la plus grande attention », déclarait hier encore la ministre des Armées Florence Parly face aux députés. Cette bascule de l’Écureuil vers l’EC-145 est souhaitée par les députés depuis au moins 2017, pour un budget alors évalué à 140M€. Rien n’a été matérialisé depuis lors, et le parc continue de prendre de l’âge.

 

Sur 56 hélicoptères actuellement en service, 26* datent en effet de 1980. Cette flotte, qui devait être entièrement rénové en 2015, ne l’a finalement pas été en raison de la crise financière de 2008. Seuls les Écureuil font à ce jour l’objet d’une revalorisation en vue de leur maintien jusqu’à l’horizon 2025-2028. Beaucoup plus récentes, les flottes d’EC-145 et EC-135 disposent de caméras adaptées mais âgées d’une dizaine d’années et dont le remplacement s’avère essentiel d’ici à cinq ans. « Des « rétrofitages » doivent donc être rapidement envisagés, mais pour cela un budget doit être alloué à la gendarmerie sur plusieurs années, afin qu’elle puisse programmer ce renouvellement », rappelait le colonel Patrice Gras, président des Ailes de la gendarmerie, l’an dernier également face aux députés de la Commission défense.

 

Quant à la question maintes fois soulevée de l’avenir du parc blindé, l’option de la modernisation de la flotte de VBRG demeure prioritaire à ce jour. D’après un premier essai réalisé l’an dernier, le coût unitaire d’un véhicule rétrofité avoisinerait 250 000€, soit un montant cinq à six fois moins élevé que celui d’un matériel neuf. Selon le DGGN, une deuxième version du rétrofitage a depuis lors « donné des résultats intéressants ». De ce second rétrofit, nous n’en saurons pas plus, hormis qu’il n’efface pas totalement le second scénario. De fait, l’alternative du remplacement d’une partie ou de l’ensemble du parc reste d’autant plus envisageable qu’« il semblerait que le prix des engins neufs baisse… ». Bien qu’aucun cahier des charges n’ait été diffusé, certains se sont déjà positionnés à la suite de discussions préliminaires avec les opérationnels. Il s’agit essentiellement d’Arquus, qui pousse son Sherpa ainsi qu’un VAB revalorisé, et de Nexter, à l’origine d’une version « sécurité » du VBMR Léger Serval. Qu’importe l’option retenue in fine, « le renouvellement de ces engins utiles pour le maintien de l’ordre « dur » doit être engagé », insiste le général Rodriguez.

 

Que ce soit pour le renouvellement des hélicoptères ou des véhicules blindés, « un plan de relance serait bienvenu », souligne le DGGN. Reste qu’avec seulement 340M€ consacrés aux dépenses d’investissement en 2020, la force de frappe financière de la gendarmerie n’est en rien comparable à celle du ministère des Armées, doté de plus de 21Md€ engagements compris. La concrétisation de ces axes de modernisation nécessitera donc d’ajouter des lignes budgétaires dans un futur document programmatique capable de fournir une assise financière pluriannuelle.

 

Si la loi de programmation militaire remplit ce rôle du côté des Armées, gendarmes et policiers sont toujours en attente d’une loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure. À l’instar d’une LPM, une LOPSI permet de doter les forces de sécurité intérieure d’une vision stratégique à long terme apte à fixer des priorités, notamment en matière de modernisation des équipements. Elle peut également être partiellement accélérée, une éventualité plusieurs fois avancée par Florence Parly afin de soutenir la relance de l’économie. « Une LOPSI nous aiderait à remplacer les VBRG et les hélicoptères », concède le DGGN. D’après ce dernier, une étude est en cours pour déterminer les besoins de la gendarmerie pour les dix à quinze prochaines années afin de permettre au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner de fixer des priorités et de proposer des choix budgétaires pertinents.

 

Évoqué dès janvier 2019 par le ministre de l’Intérieur, le dossier est étroitement lié à la publication d’un nouveau Livre blanc de la sécurité intérieure, qui pourrait ne pas être présenté avant l’été. Si ce scénario se confirme, cette loi ne serait alors déposée qu’à la rentrée au Parlement, en vue d’une promulgation attendue au mieux pour le premier ou le second trimestre 2021. Les mesures financières qu’elle contient ne seraient dès lors inscrites que dans la loi de finances 2022, soit en toute fin de quinquennat.

 

 

 

 

*La gendarmerie dispose d’un total de 18.000 heures de vol pour l’année 2020, soit un rabot de 1300 heures par rapport à l’exercice précédent qui s’expliquerait par une économie portée sur les AS 350 Écureuil.

 

*Il s’agit des 26 AS 350 Écureuil, âgés de 35 ans en moyenne. S’y ajoutent 15 EC-145 âgés de 15 ans en moyenne et 15 EC-135 âgés de neuf ans en moyenne.