MGCS : éclaircie côté allemand

Capture d’écran 2019-12-06 à 10.28.58

La crise sanitaire n’aura pas totalement eu raison du calendrier parlementaire allemand. Comme prévu, la commission du budget du Parlement allemand a avalisé le 11 mars le lancement de l’étude d’architecture système du programme franco-allemand MGCS (Main Ground Combat System), destiné à remplacer les chars Leclerc et Leopard à l’horizon 2035.

 

Dans un rare élan de communication sur le sujet, le ministère de la Défense allemand se félicitait jeudi dernier de la concrétisation « d’une étape importante dans la continuation de la coopération franco-allemande ». « Avec cette consultation de la Commission du budget du 11 mars 2020, le projet de développement d’un nouveau système de combat terrestre avec la France a franchi une nouvelle étape dans sa concrétisation, » ajoute-t-on du côté allemand.

 

Selon Les Échos, le blanc-seing parlementaire aurait été obtenu à condition que le gouvernement soutienne la consolidation de l’industrie terrestre allemande. « Avec MGCS, le secteur souverain des ‘véhicules blindés / protégés’ sera préservé et renforcé conformément à la stratégie du gouvernement allemand, » souligne le ministère de La Défense allemand. À lui seul, le marché européen potentiel aujourd’hui estimé à 100Md€, sachant que MGCS devrait aussi être ouvert à d’autres marchés à l’export. L’enjeu est donc majeur pour des bases industrielles nationales soucieuses de se tailler la part du lion.

 

La phase de développement va enfin pouvoir démarrer avec la notification prochaine d’une étude de définition d’architecture système (SADS) pour les deux années à venir. Cette phase permettra d’harmoniser les exigences opérationnelles de chacune des deux armées. « Ces dernières années, les études menées en collaboration avec la France se sont d’abord basées sur les capacités requises puis ont évolué vers des concepts nationaux pouvant répondre à ces exigences. Ces concepts doivent être développés plus avant et réunis dans l’étude de définition de l’architecture système qui est sur le point de démarrer, » commente le ministère allemand de la Défense. Côté allemand, la voie poursuivie est celle d’un « concept multi-plateformes » combinant des systèmes habités et automatisés totalement interconnectés.

 

Comme annoncé auparavant, tant le volet financier que le partage des charges industriels sera divisé à parts égales entre la France et l’Allemagne. D’après le média spécialisé ES&T, les trois entreprises concernées (Rheinmetall, KMW et Nexter) formeront une coentreprise, tandis qu’une équipe binationale viendra s’installer à Coblence, où siège le BAAINBw.

 

Le coût exact de cette première phase de travaux n’a pas été officialisée, les comptes rendus des commissions parlementaires allemandes étant réservés aux députés. Toutefois, d’après les projections budgétaires allemandes, les contrats d’architecture nécessiteraient un investissement de 50M€ par pays, à diviser à parts égales entre les trois industriels concernés. La défense allemande prévoit d’y adjoindre un fond supplémentaire de 56M€ entre 2020 et 2022 pour des activités de R&D et de soutien technique strictement nationales. Berlin fait par ailleurs état d’un budget de 746M€ pour l’ensemble du développement, comprenant notamment la réalisation d’un démonstrateur complet. À supposer que la France emboite le pas de manière analogue, les coûts de développements nécessiteront dès lors un effort global d’au minimum 1,5Md€ pour parvenir aux phases de réalisation et d’industrialisation à partir de 2028.

 

S’il faut se réjouir de ce succès initial, la route s’annonce malgré tout longue et sinueuse. En attendant 2040 et l’entrée en service de MGCS, KMW et Nexter (KNDS) continuent donc de plancher sur l’European Main Battle Tank (EMBT), fruit de l’union entre un Leclerc et un Leopard 2 dévoilé en juin 2018 lors du dernier salon Eurosatory. À compter de 2025, l’EMBT pourrait devenir une solution intermédiaire pour les pays dont le remplacement des flottes ne pourra pas attendre vingt années de plus ou dont le budget s’avérera trop serré pour s’offrir le MGCS. Le principe avancé ? Une solution médiane et moins onéreuse, qui serait basée sur le concept EMBT mais reprendrait quelques briques du futur système franco-allemand.

 

Pour en savoir plus sur l’agenda prévisionnel du programme MGCS, c’est ici.