MGCS: derrière l’armure, la poursuite d’un système de combat terrestre complet – Partie 1

Série d’articles rédigés par Nathan Gain – FOB et Florent de Saint Victor – Mars Attaque

 

(Crédits: ministère de la Défense allemand/BMVG)

(Crédits: ministère de la Défense allemand/BMVG)

 

Pour préparer la succession du char Leopard 2 de la Bundeswehr allemande et du char Leclerc de l’armée de Terre française, le programme franco-allemand d’un futur « système de combat terrestre de décision » (sans acronyme officiel encore connu à ce jour), aussi appelé Système Principal de Combat Terrestre ou Main Ground Combat System (MGCS), a été récemment lancé sur le plan industriel.

 

Le 12 mai 2020, l’Office fédéral des équipements, des technologies de l’information et du soutien en service de la Bundeswehr (BAAINBw), agence contractante pour la France et l’Allemagne, lance officiellement la phase de définition de l’étude d’architecture système. Cette étape se traduit par la signature de l’étude dite « System Architecture Definition Study – Part 1 » (SADS Partie 1), point de départ industriel vers la phase de démonstration commune du MGCS. Un premier contrat de 30M€ est notifié auprès de l’ARGE mis en place en octobre 2019 par les trois industriels concernés, Nexter, Rheinmetall Land Systems et Krauss-Maffei Wegman (KMW). Acronyme allemand signifiant « Arbeitsgemeinschaft » (ou « groupe de travail », équivalent français d’un GME ou Groupement momentané d’entreprises), cette structure ad-hoc sera le partenaire contractuel du BAAINBw pendant la première phase du programme.

 

Cette étape clé s’inscrit dans la suite de deux accords bilatéraux (accord-cadre et accord d’application n°1) finalisés plusieurs semaines auparavant après avoir reçu l’aval final de la Commission budgétaire du Bundestag allemand, le 11 mars. Ces deux documents ont été signés le 24 mars par l’Allemagne et le 3 avril 2020 par la France, ouvrant la voie à la notification des premières études industrielles.

 

Passage en revue de ce qu’il est en partie possible de dire sur ce programme aujourd’hui, d’abord du point de vue des futurs utilisateurs et des concepts, puis, dans de prochaines parties, d’un point de vue industriel et technologique.

 

Unknown

 

Pour la France, bâtir le futur système de supériorité terrestre au sein du programme Titan

 

Ce système s’inscrit pour la partie française dans le programme Titan, dénomination officialisée il y a quelques semaines par le chef d’état-major de l’armée de Terre pour qualifier le successeur du programme Scorpion (qui était centré sur la modernisation des capacités du segment médian). Titan assurera lui le renouvellement du segment lourd : successeur du char Leclerc (MGCS), de l’hélicoptère Tigre, des systèmes d’artillerie LRU/Caesar (programme CIFS – Common Indirect Fire System, voir ci-dessous), revalorisation et succession des blindés VBCI (qui connaissent actuellement leur visite périodique des 10 ans), développement d’une couche supérieure d’interconnexion avec les autres milieux/alliés (SCAF, PANG, etc.), etc. Selon le général Charles Beaudouin, Directeur Plans et Programmes au sein de l’état-major de l’armée de Terre (EMAT), « Les composantes de ce projet s’inscriront dans des coopérations européennes. Comme pour le Main Ground Combat System (MGCS) et le Common Indirect Fire System (CIFS), programmes franco-allemand déjà annoncés. Il s’agira de déterminer ensuite les coopérations possibles pour les successeurs du Tigre et du VBCI« .

 

Sur les attendus actuels du programme du point de vue des futurs utilisateurs, il indique que : « Le MGCS doit être un système de supériorité terrestre, occupant le terrain en premier échelon, apte à détecter toute cible ennemie et à la détruire instantanément (dans des combats de duel), si durcie soit-elle. Agissant au contact direct de l’ennemi, il doit offrir une protection contre tous type de menaces directes, voire certaines menaces indirectes. Au final donc, la mobilité, les capacités de détection et de destruction (« hunter-killer ») et la protection resteront des invariants ». Car, « pour parler simplement, directement et de manière concise : imagine-t-on le champ de bataille futur sans blindés ? Non (et qu’on ne parle pas de l’illusion du tout robot « autonome » pour le moment). Qu’est-ce que le char ? Un blindé qui optimise trois fonctions : puissance de feu (associée à une optronique de grande qualité), mobilité et protection. Il n’y a là que du très nécessaire au combat de demain« .

 

MGCS s’inscrira aussi pleinement dans les points d’efforts mis en avant dans le nouveau plan stratégique de l’armée de Terre, prochainement dévoilé publiquement par le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT). Celui-ci mettra l’emphase sur la nécessaire préparation opérationnelle renforcée au combat de haute intensité, avec la fin d’un certain confort opératif des dernières armées et une montée en gamme, présente et attendue, des adversaires. MGCS répondra aux attendus d’une armée de Terre de 1er plan, offrant un modèle d’armée complet (ou presque complet), impératif pour agir seul, entrer en premier et affronter tout type de menace (conventionnelle, hybride, irrégulière), avec une masse critique et la capacité de la générer et de la régénérer (recrutement et formation). Tout en étant dotée d’équipements de 4ème génération pour participer, avec le soldat au centre, au maintien de la supériorité opérationnelle.

 

Pour l’Allemagne, réaliser le système principal du combat direct au sol

 

De manière relativement similaire, côté allemand, le MGCS doit devenir un système opérationnel, durable et soutenable « pour une action directe sur le terrain contre un adversaire égal. Il remplacera le char de combat Leopard 2 et maintiendra ses capacités. Avec son approche innovante et ses technologies modernes, il va toutefois bien au-delà d’une simple continuation linéaire des capacités existantes du Leopard 2« , indique un récent rapport sur l’armement du ministère fédéral de la Défense. En effet, le programme est rendu nécessaire par le fait que « le Leopard 2 est le principal instrument des capacités de l’armée dans le domaine de l’action directe et un élément clé de la défense nationale et de l’Alliance. En 2035, le Leopard 2 sera en service depuis plus de 60 ans. Et les limites à son développement seront atteintes en raison du cadre technique de base« .

 

Pour le cadre politique, dans la continuité des déclarations franco-allemandes conjointes, il est précisé que « les projets d’armement bi- et multinationaux reflètent les priorités politiques de l’Allemagne en tant qu’acteur responsable de la politique étrangère et de sécurité ainsi qu’en tant que partenaire fiable, ainsi que comme zone d’implantation d’une industrie de technologie de défense innovante. Le projet MGCS participe à l’étroite imbrication et intégration progressive des forces armées européennes. À l’avenir, les capacités militaires seront également planifiées, développées, acquises et fournies sur une base commune dans une part encore plus grande« . Ce qu’indique également le côté français en précisant « avec ce projet, l’Allemagne et la France envoient un signal important pour la coopération européenne en matière de défense« .

 

Sur le plan de la politique industrielle, le même rapport développe « Le développement et la production du MGCS apportera une contribution significative à l’utilisation des capacités nationales [allemandes] d’ingénierie et de production dans l’industrie des systèmes terrestres. […] Le projet doit préserver les intérêts allemands dans la technologie industrielle de défense « construction de chars », définie comme clé. […] Du point de vue de la politique d’armement, le MGCS est, d’une part, un moteur technologique dans le domaine des systèmes terrestres, et, d’autre part, il peut donner l’impulsion nécessaire à une réorganisation à long terme, tout d’abord de l’industrie franco-allemande, puis de l’industrie européenne des systèmes terrestres« . Notamment pour les domaines : plateformes protégées, protection, capteurs et opérations en réseau, précise le même rapport.

 

Une longue généalogie débutée formellement en 2012

 

Les origines du programme MGCS remontent à 2012, année du cinquantenaire du Traité de l’Elysée. À cette occasion, les deux pays signataires, l’Allemagne et la France, annoncent leur intention de faire route commune pour le remplacement de leurs flottes de chars de combat. Ingénieur en chef au sein de la DGA, Alain Jacq (architecte des programmes MGCS et CIFS – artillerie du futur – au sein du service SPSA ou service de préparation des programmes futurs et d’architecture, cfr. ci-dessous) précise dans un article de mars 2019, le travail préalable effectué « pour une réflexion capacitaire ouverte et sans préjugé, parce que le successeur d’un char ne doit pas être automatiquement un char ». Ainsi, « dans une première étape de 2012 à 2014, ce fut d’abord une réflexion commune [franco-allemande] sur le besoin et les attendus d’une capacité devant permettre à nos forces terrestres d’opérer en supériorité sur l’ensemble des terrains, dans l’ensemble des contextes où les intérêts respectifs peuvent les amener à se déployer. Nombre de scénarios et de vignettes tactiques reflétant les attentes respectives dans leurs aspects communs comme dans leurs différences ont ainsi été travaillées en groupes de travail étatiques bilatéraux. Au prix d’échanges intenses, ce premier défi que de poser les bases d’un besoin commun pour le MGCS fût accompli mi-2014« .

 

(Crédits: Zu Gleich 2/16)

(Crédits: Zu Gleich 2/16)

 

Cette étape préliminaire s’adjoint d’une étude non-technique confiée à l’entreprise allemande d’ingénierie IABG (Industrieanlagen-Betriebsgesellschaft mbH) sur les exigences de capacité de base pour les futurs systèmes de combat terrestres. Ce contrat, actif de mars 2013 à octobre 2014, a été budgétisé à hauteur de 680.000€ par l’Allemagne. Cette étude visait à établir des scénarios représentatifs des environnements opérationnels ainsi que des situations tactiques, des « vignettes« , décriant les tâches et ordres tactiques attribués aux systèmes de combat terrestres. Après approbation des différents scénarios, l’IABG a validé une analyse de risque pour chaque élément lors de workshops conjoints. Ensemble, des experts militaires français et allemands, ceux-ci notamment issus de l’Amtes für Heeresentwicklung (AHEntwg), l’équivalent du bureau plan & programmes de l’EMAT, ont poursuivi l’évaluation des scénarios dans le cadre d’analyses des menaces actuelles avec un objectif central : le MGCS doit être en mesure de dominer n’importe quel système de combat terrestre dans toutes les situations, y compris lors d’une confrontation face au char T-14 Armata russe. Lors des workshops successifs, diverses capacités et propriétés dérivées du futur système seront « opérationnalisées » afin d’exécuter correctement les ordres correspondants à l’échelon tactique. Une équipe conjointe militaires / experts a in fine déterminé 300 High Level Requirements (HLRs), soit les attendus ou niveaux désirés pour les domaines : puissance de feu, protection, mobilité, SDRI (surveillance, détection, reconnaissance et identification), et C3I (command, control, communication and intelligence). Cette liste commune de HLR servira ensuite de base de travail pour la prochaine phase du programme.

 

De fait, « dans une seconde étape, de 2015 à 2018, les deux nations ont travaillé à l’élaboration et à l’évaluation de concepts à même de répondre au besoin esquissé. Parce que les méthodologies de conduite des programmes et les cultures sous-jacentes sont propres à chaque pays, le choix d’alors que de faire mener parallèlement ces études de concept par chaque nation, avec son industrie respective, aurait pu faire déraper l’affaire. S’il était sans doute trop tôt pour franchir le pas d’un pot complètement commun, une sage préparation coordonnée a cependant pu assurer la mise en œuvre d’une démarche commune devant permettre des réflexions sans tabou, l’appel à l’innovation, mais aussi une convergence par la synchronisation de points de rendez-vous communs donnant lieu à des échanges symétriques de livrables essentiels à la bonne compréhension réciproque. Au prix de sérieux débats et de compromis (l’avouer serait-il une faute ?), le second défi que de dégager une vision commune de ce que le MGCS devrait être demain, après-demain, a finalement été accompli ».

 

En 2015, ces deux études de concept sont effectivement confiées à l’ISL – Institut Saint Louis pour la partie française (nous y reviendrons) et à l’IABG pour la partie allemande (nous y reviendrons aussi). Durant trois ans, ces études ont analysé plusieurs concepts proposés, puis des processus de convergence sous l’égide du Land Systems Roadmap Group (LSRG) franco-allemand. Une fois les difficultés levées, il s’agissait de trouver le bon niveau d’interlocuteurs alors que la structuration n’est pas similaire entre la France et l’Allemagne quant à la partie définition des besoins / contractualisation (et le manque, par exemple, d’interlocuteurs au niveau de l’état-major de la Bundeswher quant à la préparation de l’avenir). La réussite de cette seconde phase sur un total de cinq se manifeste le 19 juin 2018 par la signature d’une lettre d’intention commune par Florence Parly et son homologue allemande d’alors, Ursula von der Leyen, lors du séminaire ministériel de Meseberg.

 

Ce travail d’approche capacitaire a également été mené, pour la partie française, au sein des équipes de la Direction générale de l’Armement (DGA) et des états-majors, notamment au service SPSA (service de préparation des programmes futurs) devenu récemment SASD (service d’architecture du système de défense), et rattaché récemment directement au Délégué général pour l’armement. En effet, pour rapprocher la définition des besoins, un plateau collaboratif SPSA-COCA (division COhérence CApacitaire de l’EMA) de 110 m² est présent à Balard, et outillé de moyens numériques collaboratifs depuis juillet 2019. L’extension pour le travail classifié avec l’industrie étant programmée pour la mi-2020. Hier et encore plus aujourd’hui, il s’agit de permettre le déploiement rapide des nouvelles méthodes, conformément à la nouvelle IM 1618 (appelée aussi IMOA – instruction ministérielle sur les opérations d’armement, qui abroge l’IM 1516), et qui traduit une démarche incrémentale généralisée avec l’élaboration des documents uniques et des travaux collaboratifs. Il s’inscrit dans la continuité des efforts déjà menés au niveau des opérations d’armement, avec l’ingénierie système (DGA), et ceux menés avec l’EMA pour développer les réflexions capacitaires autour des outils d’analyse fonctionnelle. En Allemagne, des « desk officers » à la direction générale de la planification du ministère fédéral de la Défense effectuent un travail similaire.

 

Qu’en ressort-il du portrait idéal du futur système possible ?

 

Selon un récent rapport du ministère fédéral de la Défense sur les questions d’armement : « Dans le cadre d’une approche novatrice de « système de systèmes » avec des plates-formes non habitées et habitées, les limites de performance associées aux solutions à plate-forme unique seront ainsi surmontées« . Un portrait-robot général du système idéal-type est alors dressable : « MGCS sera donc non pas un char, mais un ensemble de véhicules de combat capable de porter le feu plus fort et plus loin, de se protéger et de protéger. Érigées en système de combat, en droite filiation avec l’approche collaborative initiée, pour la France, avec le système de système Scorpion, pleinement intégrées au sein de la force de contact interarmes, les composantes du MGCS seront en mesure de partager l’information de leurs capteurs, fusionner et distribuer l’information, de coordonner leur action et leurs mouvements. Ainsi sera MGCS, un concept se déclinant en un ensemble de véhicules de combat capables de porter le feu plus fort et plus loin innervées, elles détruiront l’ennemi dès son entrée dans le compartiment de terrain (plus vite, plus fort, plus loin) par un duel élargi s’il n’a pas déjà été dominé par le tir au-delà de la vue directe sur détection de leurs capteurs avancés ou du renseignement« , précise Alain Jacq.

 

Il continue en indiquant : « Ce sont ainsi de nouveaux armements et munitions, plus véloces, plus létaux, plus précis distribués sur les différentes plates-formes qui donneront au MGCS sa capacité à détruire les menaces haut du spectre les plus avancées le menaçant, menaçant la force. Ce sont de nouveaux capteurs qui devront observer, détecter, décamoufler, identifier la menace pour ensuite mettre en œuvre les armements. C’est aussi empêcher le tir ennemi en perturbant, brouillant, détruisant ses capacités de détection. C’est enfin, quand même, se protéger, en réduisant sa signature, en prévenant l’impact létal (protection active), en neutralisant les effets de l’agression pour améliorer sa survivabilité, son endurance au combat. La distribution des effets rendue possible, les nouveaux concepts de protection doivent permettre de diminuer la masse et d’assurer l’agilité des plates-formes. Aussi, et ce n’est pas le moindre des challenges, la place que pourrait prendre l’intelligence artificielle, et plus généralement l’automatisation, de la télé-opération à la robotisation, si les promesses annoncées dans le domaine permettent de délivrer in fine un avantage tactique sur le terrain« .

 

Pour résumer, il est possible de retenir de ses travaux que MGCS sera une équipe de véhicules, avec des véhicules habitées / non habitées, roulants ou volants, de gamme de poids différente, et avec des armements variés.

 

Intégrer MGCS au sein des bulles respectives de numérisation et de combat collaboratif

 

Les futures plateformes seront reliées entre elles, dans le cadre d’un système de systèmes, au sein du système de liaison de données et de combat collaboratif, évolution probable du système Heer/D-LBO et SICS/CONTACT/Scorpion de l’armée de Terre. En plus de ces liaisons de données, des algorithmes, de l’intelligence artificielle et des modules d’automatisation pour toutes les fonctions (puissance de feu, protection, et mobilité) irrigueront l’ensemble. « Un maintien de la responsabilité du commandement pour la conduite du combat, en particulier sur la maitrise des tirs, sera garanti« , indique le ministère des Armées. 

 

(Crédits: ministère de la Défense allemand/BMVG)

(Crédits: ministère de la Défense allemand/BMVG)

 

Comme l’indique le général Beaudoin : « Un objectif majeur entre D-LBO et SCORPION serait de développer une passerelle d’interopérabilité des niveaux compagnie et bataillon. Il y a tout à faire aujourd’hui. Mais on ne pourra attendre uniquement 2035 et le programme MGCS. Le besoin est d’ores et déjà avéré quand une compagnie française renforce un bataillon allemand en Lituanie. De surcroît actuellement les échelons artillerie, combat embarqué et combat débarqué ne sont pas encore reliés entre eux, contrairement au système de forces aéroterrestre français. En Allemagne, seuls les échelons supérieurs à la compagnie sont aujourd’hui numérisés. L’objectif est donc de parvenir à la création d’un réseau intégré, mobile et étendu jusqu’au combattant débarqué« .

 

Des questions sur les véhicules augmentés et la robotisation

 

Des essaims de drones pour aider à leurrer l’adversaire ou aider à mieux cerner la menace accompagneront potentiellement l’ensemble, dans la lignée des études sur le véhicule augmenté (qui répondaient à comment augmenter la portée, la vision, la détection, la protection et la protection des soldats ?). Stéphane Mayer (PDG de Nexter) le développait ainsi dans un entretien en 2019: « Le véhicule peut notamment être augmenté de deux façons. Par de petits robots terrestres embarqués à bord du véhicule pour les débarquer afin d’aller en avant pour détecter la menace, montrer une image du champ de bataille. Mais aussi par des drones, soit filaires, ce qui présente le gros avantage d’avoir une réserve d’énergie illimitée, soit autonomes« . Autant de lignes directrices d’ores et déjà expérimentées sur base des TITUS et Leclerc augmenté, avec d’un côté la gamme de robots terrestres Nerva et de l’autre les micro-drones IXOS XX et IXOS LG. 

 

(Crédits: Nexter Systems)

(Crédits: Nexter Systems)

 

Selon Delphine Dufourd-Moretti (X95), responsable de la division architecture des systèmes terrestres à la DGA : « La robotique est en train d’intégrer le programme Scorpion. À l’avenir, les systèmes robotisés y joueront un rôle essentiel aux côtés des véhicules habités, eux-mêmes robotisables ou augmentés de minidrones éclaireurs. Tout en gardant l’homme au cœur des systèmes (notamment s’il s’agit de faire feu), ces nouvelles aptitudes devraient ainsi induire des évolutions profondes dans la mise en œuvre des actions tactiques et dans les doctrines futures, a fortiori quand on sait que le concept privilégié pour le MGCS (Main Ground Combat System), remplaçant du char Leclerc à l’horizon 2035 et préparé en coopération franco-allemande, est un système multiplateforme robotisé« . Mais « de multiples verrous technologiques restent à ouvrir, notamment parce que le milieu terrestre cumule un très grand nombre de difficultés pour la robotique semi-autonome, du fait de l’extrême diversité de l’environnement, de scènes parfois changeantes et très dynamiques et de zones compartimentées par des obstacles naturels ou artificiels. Ces caractéristiques impactent notablement les capacités de mobilité, de communication, de réception des signaux ou encore de traitement d’images. De plus, contrairement à de nombreux systèmes civils, les systèmes militaires doivent pouvoir s’affranchir d’une infrastructure dédiée ou de reconnaissances et balisages préalables du terrain. Cette complexité appelle l’innovation sur de nombreuses fonctions : observation (dont la modélisation d’environnement et l’analyse de scène), géolocalisation robuste, mobilité tout-terrain, communications sécurisées, nouvelles sources d’énergie et calculateurs compacts, sans oublier la standardisation, l’interopérabilité, la modularité et l’évolutivité des architectures« . De plus « l’autonomie décisionnelle aidera par ailleurs à s’accommoder des débits parfois limités des liaisons sécurisées vers le poste de commande et favorisera la discrétion hertzienne […] Enfin, cette « intelligence » permettra à terme au robot de mieux appréhender la situation (ce qui n’est pas toujours évident pour un opérateur à distance), de suivre la manœuvre tactique et de réagir en temps réel face aux aléas. Idéalement, des interactions de haut niveau en langage naturel avec des ordres de type « déplacement sur la colline en mode discrétion pour observer tel compartiment de terrain » permettraient d’accélérer l’action des robots en évitant à l’opérateur une décomposition fastidieuse des missions en actions élémentaires avec désignation de points de passage« .

 

Pour les flottes de drones du MGCS, il est question d’UCV (unmanned combat vehicle), avec des UCV ayant différentes versions, comme C2 (poste de commandement, et hébergeur des capacités de liaison de données), missile (cf. l’illustration, avec des UCVs terrestres – anti-char ou longue portée – ou UCVs anti-aériens) et armement principal. Des modes « sans robot » seront également prévus, en dégradé, pour prévoir un certain nombre de cas non-conformes. Pour parvenir à ces attendus, différentes études progressives sont menées : « Nous travaillons sur plusieurs fonctions, comme la reconnaissance, le renseignement et le soutien logistique […] L’intégration de ces systèmes automatisés, dite ”incrément 2”, doit être opérationnelle pour 2025« , selon le responsable de la robotique Scorpion au sein de l’état-major de l’armée de Terre. Des évaluations technico-opérationelles de l’apport des robots type Mule sont menées (avec la projection attendue en opérations extérieures d’un certain nombre de systèmes en 2020), ou d’autres études sur l’automatisation de convois, les robots rondiers, etc. Autant de briques et de réflexions évaluées très en amont pour s’assurer de parvenir in fine au niveau de complexité qu’impliquerait un système tel que MGCS.

 

Un long chemin jusqu’à l’entrée en production

 

En plus des études centrées sur l’architecture précise du système, d’autres études centrées sur les choix technologiques devront ensuite être lancées à court terme, dans un délai très contraint. Dans la phase de démonstration technologique lancée, les concepts sélectionnés au niveau national, y compris les sous-systèmes non pilotés, doivent être développés plus avant et rassemblés dans cette étude dite SADS – Partie 1. En parallèle, les efforts de recherches bilatéraux se poursuivront (voir également les 2nde et 3ème parties, publiées dans les jours à venir) pour préparer les futures technologies requises.

 

Cette étape aura pour objectif principal d’harmoniser les concepts multi-plateformes français et allemand, de définir l’architecture système et de mettre en place l’outil de gestion au travers d’une étude d’architecture. Des recherches bilatérales poseront les bases des futures briques requises pour le système MGCS, en vue de leur intégration dans un démonstrateur complet dont le développement est attendu dans la tranche 2024-2028. Un MGCS « entier » fournira « des preuves fondamentales » que les exigences françaises et allemandes ont été satisfaites.

 

En effet, la conception d’un démonstrateur de système complet est attendue à partir de 2024 (soit deux ans après le partage effectif d’une vision commune). Les démonstrateurs technologiques relatifs à certaines briques interviendront auparavant selon certains industriels. De 2024 à 2028, une phase de démonstration se déroulera avec les démonstrateurs complets. En 2027, un démonstrateur plus concret est prévu. Avant un début de production « au plus tôt » vers 2035, précise un responsable. L’objectif étant que les premiers systèmes soient livrés dans les deux pays autour de 2035, avec un déploiement complet attendu en 2045, selon donc un calendrier présenté par certains comme particulièrement ambitieux.

 

Partage franco-allemand à 50/50 pour les études… en attendant le partage similaire pour la production

 

En miroir du programme SCAF (système de combat aérien du futur) sous-direction française, le programme MGCS est sous-direction allemande. Une équipe de programme commune, prenant la suite du Land Systems Roadmap Group (LSRG), qui a orienté les premières études de concept, sera prochainement créée, hébergée et soutenue par l’Allemagne. Elle servira à valider les propositions industrielles, par rapport aux attendus des futurs utilisateurs. Le fait que la direction soit allemande conduit à ce que cela soit la partie allemande qui fasse la première proposition sur les sujets à traiter, la France demandant alors les éventuels ajustements qu’elle juge nécessaire. En cas de désaccord, les sujets sont remontés à haut niveau politique pour être tranchés (les décisions étant prises à la majorité, chaque pays ayant une voix équivalente). Un partenariat qui se veut équilibré. Les deux programmes (SCAF et MGCS) étant de plus liés, au moins par un rythme parallèle des avancées, comme le montre les conditions posées par les parlementaires allemands lors du récent vote pour les crédits d’études sur le sujet.

 

La règle des 50/50, négociée, conduit aujourd’hui au partage du financement du programme et de l’allocation des travaux. Fondamentalement, comme l’indique un haut responsable industriel français : « 50% du système sera fabriqué en France, le partage ne reposant pas uniquement sur la phase de développement, mais aussi sur celle de production« . Néanmoins, aujourd’hui, comme l’indique un autre industriel qui tempère : « Pour l’instant, ce découpage n’est valable formellement que pour les phases d’étude, la répartition de la charge de production n’étant pas encore négociée !« . 

 

À suivre…