Le missile MHT de MBDA retenu pour armer les Tigre de l’ALAT

(Crédits : MBDA)

(Crédits : MBDA)

 

Le ministère des Armées a officiellement retenu le « Missile haut de trame » (MHT) du groupe européen MBDA pour répondre au besoin exprimé par le programme MAST-F. Dès 2028, ce missile remplacera le missile Hellfire 2 américain dont sont aujourd’hui munis les hélicoptères Tigre de l’ALAT.

 

Des solutions Brimstone 3, EMMH et MHT étudiées à l’origine, le ministère des Armées a finalement retenu la troisième pour remplacer le missile Hellfire 2. « Nous savons que les performances des missiles Hellfire qui permettent aujourd’hui au Tigre de frapper, seront largement dépassées dans les dix prochaines années à venir, » déclarait ce matin la ministre des Armées Florence Parly, en visite sur le site MBDA de Bourges.

 

Derrière l’argument de l’obsolescence, c’est aussi « un choix résolu en faveur de la souveraineté » qu’a fait ce matin le ministère des Armées. Faute d’avoir suscité l’intérêt des partenaires espagnol, allemand et australien, ce programme sera en effet entièrement assumé par la France. Avec à la clef, une totale autonomie quant à l’emploi opérationnel du MHT et l’absence de restrictions de type ITAR en cas d’éventuels débouchés à l’export.

 

Le lancement en réalisation du programme MAST-F s’accompagnera d’une commande « d’ici la fin de l’année » pour un premier lot de 500 missiles, des simulateurs de tir et des maquettes de manipulation pour l’entraînement. La qualification du MHT est attendue en 2026, suivie deux ans plus tard des premières livraisons. Le tout représente un investissement de 700 M€ pour le ministère des Armées. De quoi pérenniser 600 emplois au total « pendant de nombreuses années » chez MBDA France, mais aussi alimenter le plan de charge d’une partie de la BITD française.

 

« Avec près de 350 emplois par an sur les cinq prochaines années et, à terme, environ 250 emplois annuels en France pendant les 10 premières années de sa production, le développement et la production de ce nouveau missile contribueront au maintien de la base industrielle et technologique nationale, et notamment en région Centre, » s’est félicité le PDG de MBDA, Eric Béranger. Ainsi, l’autodirecteur du missile sera produit par Safran, quand Nexter Munitions fournira les mécanismes de sécurité, Thales la liaison de données et Roxel (détenu par MBDA et Safran) les systèmes de propulsion.

 

La ministre des Armées en visite ce matin sur le site MBDA de Bourges (Crédits : ministère des Armées)

La ministre des Armées en visite ce matin sur le site MBDA de Bourges (Crédits : ministère des Armées)

 

Développé à partir du Missile moyenne portée (MMP) employé par l’armée de Terre, le MHT a bénéficié des résultats de plusieurs études menées par la DGA sur « une nouvelle liaison de données radiofréquence sécurisée à haut débit, une charge militaire polyvalente particulièrement compacte et l’ajout d’une voie laser à l’autodirecteur du MMP, en plus des actuelles voies infrarouge et visible ». Ce missile aura une portée de 8000 mètres et pourra être employé par tous temps, de jour comme de nuit. À l’instar du MMP, le MHT sera doté d’une capacité de tir au-delà de la vue directe (TAVD) rendue possible par la liaison de données bidirectionnelle et les capteurs optroniques du missile.

 

Ce retour image offrira à l’équipage ou à tout autre acteur présent l’opportunité de définir le point d’impact en cours de vol et, le cas échéant, de réorienter le missile sur une cible d’opportunité. « Les yeux de la tête du missile sont ceux du tireur. L’homme ne sort jamais de la boucle. De la décision à l’action, il a le contrôle sur le missile et sur l’effet de son engagement, » résume Florence Parly. Preuve, s’il en faut encore, de la filiation directe entre le MMP et le MHT, ce dernier conserve en parallèle la dénomination de « Missile longue portée » (MLP) dans le portfolio de MBDA.

 

Autre argument en faveur du MHT : une masse réduite à une trentaine de kilos, donc inférieure de 20% par rapport aux systèmes concurrents. Avec un poids total de 200 kg pour le lanceur et ses quatre missiles, le système influera positivement sur la consommation de carburant et d’étendre l’endurance opérationnelle du Tigre.

 

L’architecture du MHT lui permettra d’être utilisé « dans d’autres situations qu’à partir d’un hélicoptère. (…) », notamment au départ de drones et de plateformes terrestres. Cette flexibilité d’intégration est « un immense atout pour MBDA parce que cela va permettre de multiplier les opportunités commerciales », commente Florence Parly. Parmi les cibles en vue, le projet européen Eurodrone, dont le lancement en réalisation se fait attendre.