Pas question d’abandonner le véhicule blindé d’aide à l’engagement (VBAE). À l’initiative du programme, la France et la Belgique ont conjointement revu le besoin pour s’assurer d’être dans les cordes budgétaires et à l’heure au rendez-vous. Reste la décision politique qui permettra d’enfin entrevoir celui qui succèdera au VBL pour devenir le nouvel ailier du Jaguar.
« Trop coûteuses, trop tardives et excessivement technologiques ». Partagé début avril aux députés, le constat du chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, a eu le mérite d’être limpide. Retoquées, les solutions proposées par Arquus, KNDS France et John Cockerill Defense – au titre de sous-traitant de KNDS – n’ont néanmoins pas freiné l’élan initial. Le VBAE se poursuit en franco-belge, sous pilotage de l’OCCAr et en maintenant l’objectif d’une première livraison à l’horizon 2031-2032, ont confirmé les deux armées lors du salon Eurosatory organisé la semaine dernière à Paris.
« Nous avons demandé aux industriels de nous livrer des idées. Ce n’était pas acceptable. Cela nous permet de revoir le besoin en commun en tenant compte des évolutions constatées depuis et d’une menace qui a évolué », nous expliquait le général Schill la semaine dernière au salon Eurosatory. En découle une nouvelle expression initiale de besoin (EIB), document entériné le 19 mai par le commandant de la Force Terrestre belge, le général-major Jean-Pol Baugnée, et le major général de l’armée de Terre, le général Patrick Justel.
Cette EIB servira de base pour construire un nouveau document unique de besoin (DUB). Co-écrit par la Direction générale de l’armement, la Direction générale des ressources matérielles, la Section technique de l’armée de Terre (STAT) et l’état-major de la Force Terrestre (BAS), ce DUB doit en théorie être adopté d’ici à 2027. Il permettra aux industriels de revoir à leur tour leur copie avant d’éventuellement finaliser le développement.
L’alignement franco-belge demeure intact mais se focalise désormais sur une capacité taillée « au juste rapport coût-efficacité ». Hors de question de s’éparpiller, « nous nous sommes recentrés vers un véhicule qui répondra mieux à nos besoins en étant plus rustique, plus autonome, plus rapide, plus mobile », nous précisait le général-major Jean-Pol Baugnée.
Demandée par la Belgique, la capacité de franchissement de coupures humides est maintenue. L’un des véhicules envisagés en sera capable, permettant à la Force Terrestre de récupérer une capacité perdue depuis longtemps. La masse a fait l’objet d’un compromis. La France préférait visiblement un véhicule de 8 à 9 tonnes. Difficile à tenir en raison de l’armement et des équipements demandés, ce plafond pourra être franchi.

Ce VBAE, « nous en avons besoin », insistait le CEMAT. Idem côté belge, où la Force Terrestre s’est engagée à mettre sur pied une première brigade interarmes entièrement équipée avant la prochaine décennie. Le calendrier ne pourra glisser davantage, et d’autant plus à l’heure où d’autres options existent sur étagère. Mi-mai, le ministre de la Défense belge n’avait-il pas conclu une mission économique en Turquie par un passage chez l’industriel local FNSS, partenaire de longue date de JCD et à l’origine d’un blindé 4×4 PARS aux capacités amphibies ? Ne manque qu’une décision politique, idéalement attendue pour la fin de l’année, pour sceller la suite, éliminer les dernières zones d’ombre et ne pas perdre davantage de temps.
Le montage industriel, par exemple, doit encore être établi. L’équilibre de départ entre Arquus et KNDS a quelque peu changé avec le rachat du premier par le groupe belge John Cockerill. Les remous de début 2025 concernant les retours industriels de CaMo semblent derrière, mais la séquence avait justement pour objectif de déboucher sur un meilleur partage de la charge au profit de la partie belge. Le dossier VBAE doit à son tour garantir un juste retour sociétal pour la Belgique donc nécessité d’amener du travail, et pas seulement au travers des tourelleaux téléopérés de FN Herstal.
D’avis d’industriel, l’une des questions en suspens serait d’ordre budgétaire. L’heure est à la contraction des coûts. L’étape initiale de pré-conception a pour l’instant exigé un peu moins de 14 M€. La phase suivante suppose un investissement supérieur à 1 Md€, estime l’OCCAr. L’an dernier, celle-ci a approuvé la conduite d’une étude portant justement sur le développement, l’industrialisation, la production et le soutien en service initial afin de dimensionner au mieux l’équipe de programme. L’enjeu immédiat consistera à préparer et négocier le contrat associé à la seconde étape, celle potentiellement conduite de 2026 à 2038 et portant sur la finalisation du développement, l’industrialisation et la livraison du VBAE.
Confrontée à de nouvelles priorités et à une enveloppe budgétaire limitée, la France a choisi de décaler les cibles d’un véhicule « dont le concept d’emploi est repensé dans le contexte d’une dronisation accrue des missions de reconnaissance ». Traduit en chiffre, plus aucun VBAE n’est attendu à horizon 2030 et seuls 886 exemplaires auront été livrés à fin 2035 contre 1440 à l’origine.
Pour les deux pays, il s’agit de ne pas se louper sur ce qui reste le premier effort de développement conjoint engagé au travers du partenariat binational CaMo. Si le VBAE demeure un sujet binational, le Grand-Duché de Luxembourg le suit de près. Un échec reviendrait à gripper la dynamique d’interopérabilité matérielle construite par les trois armées. En attendant, un inséré luxembourgeois rejoindra Saumur et son école de cavalerie en vue de l’adoption du Jaguar au sein du bataillon de reconnaissance mis sur pied avec la Belgique. Le besoin et l’horizon sont confirmés par les opérationnels, « c’est le moment ou jamais pour foncer », résume-t-on dans les rangs industriels.