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Exail se tourne vers Thales pour poursuivre sa croissance

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Un géant succède à un autre dans la course vers la prise de contrôle d’Exail. Safran désormais écarté, au tour de Thales d’engager les négociations en vue de l’acquisition de la totalité du groupe né de la fusion d’iXblue et d’ECA Group. 

Il n’y aura pas eu de pause hebdomadaire pour Thales et Exail. Les deux industriels ont directement rebondi sur le retrait de Safran, annoncé vendredi dernier et mettant fin aux négociations lancées une semaine plus tôt. Les deux parties « n’ayant pas réussi à parvenir à des conditions mutuellement acceptables », Thales a d’emblée saisi l’opportunité d’acquérir un champion de la navigation inertielle et de la robotique navale. La mobilisation aura été « spectaculaire », relevait le PDG d’Exail ce matin lors d’un échange avec la presse. « C’est bon à savoir. Il est possible de faire une transaction de cette taille en quelques demi-journées », observait alors Raphaël Gorgé.

Officialisée ce lundi, le projet se déroulera en deux temps. Thales rachètera tout d’abord la participation de 35,51% détenue par la famille Gorgé dans Exail Technologies. Cette phase devrait être clôturée d’ici au troisième trimestre 2027. La démarche reste soumise à l’obtention d’un éventail d’autorisations mais « nous n’anticipons aucune difficulté particulière », pointait le PDG de Thales, Patrice Caine. En cas de succès, la manoeuvre se poursuivra par l’acquisition de jusqu’à 100% au travers d’une offre publique d’achat (OPA) achevée au plus tard pour début 2028. Valeur de l’opération : 3,9 Md€. 

« Nous anticipons une croissance qui va se poursuivre dans les années suivantes », complétait Raphaël Gorgé. Son groupe devrait à nouveau bénéficier d’une progression à deux chiffres après un exercice 2025 synonyme d’une hausse de 29% de l’activité et d’un chiffre d’affaires de plus de 470 M€. Idem pour Thales, qui révisait son objectif de prises de commandes à la hausse vendredi dernier et mettrait la main sur une pépite « en très forte croissance dans des domaines sur lesquels nous sommes très complémentaires », commentait pour sa part Patrice Caine. Si son groupe amène sa force de frappe et une empreinte mondiale, Exail bénéficie d’une agilité qu’il faudra préserver. Les deux entreprises privilégient dès lors une intégration « light » propice à préserver une structure légère et innovante. « C’est ce qui nous animera demain », assure Patrice Caine. 

Le moment est bien choisi pour ce type de rapprochement. Les prévisions parlent d’elles-mêmes. Occupé de longue date par la division héritée d’ECA Group, le seul marché de la guerre sous-marine représentait à lui seul quelque 85 Md€ en 2025. Ce chiffre pourrait être multiplié par huit pour dépasser les 700 Md€ à l’horizon 2030. Pour Patrice Caine, « le champ à aller chercher est juste gigantesque ». Fournisseur de la Marine nationale, son groupe intégrerait un acteur historique mobilisé en Belgique, aux Pays-Bas et au Moyen-Orient pour un pan du segment, la lutte contre les mines navals. Bien d’autres pays suivent la voie tracée il y a près d’une décennie par le duo belgo-néerlandais. C’est le cas de l’Australie et du Canada, par exemple, là où Thales est établi de longue date. « Nous voyons un dynamisme très important », complétait Raphaël Gorgé en écho à l’adoption progressive d’équipements de troisième génération. Ancienne et durable, la tendance s’en retrouve néanmoins renforcée par les tensions dans le détroit d’Ormuz. 

« Il y a forcément un potentiel important. Nous pourrions dire la même chose en Europe », note Patrice Caine. Plusieurs pays sont à l’écoute, à commencer par la France. Allié au Royaume-Uni dans le cadre du programme MMCM/SLAMF, le client national pourrait directement bénéficier des synergies réalisées. « Un signe formidable serait d’arriver à une offre convergente pour équiper la marine française et définir ce que peut être une offre France », estime le patron d’Exail. Sans parler des marchés émergents, telles que la protection des infrastructures sous-marines et la construction de flottilles de drones de surface bardés de capteurs et potentiellement armés. « L’appui de Thales nous permettra de ne pas rater ces opportunités sur lesquelles nous pensons avoir une avance importante. Il ne faudrait pas la perdre. (…) Je ne vois pas qui pourra venir nous concurrencer là-dessus », indiquait Raphaël Gorgé. Pas question, à première vue, de tailler dans les rangs. « Il y a de la place pour toutes les équipes. Nous allons même devoir embaucher pour adresser tous ces prospects », rassurait Patrice Caine. 

Thales incorporerait au passage un catalogue de centrales de navigation inertielle devenu critique dans un contexte où le brouillage évolue et se généralise. Dans un spectre électromagnétique contesté, conserver un moyen de se repérer dans l’espace et le temps « va prendre une place de plus en plus importante ». Là aussi, les portfolios sont complémentaires. Quand Thales se positionne dans l’aéronautique civile, Exail se concentre sur la défense en misant sur une approche verticale, très intégrée et peu soumise aux dépendances externes. « Cette activité connaît là aussi une croissance là aussi extrêmement très forte », soulignait Raphaël Gorgé. Avant d’intégrer ECA Group, iXblue vendait un peu moins de 1000 centrales par an. Exail en a produites 2500 en 2025 et projette d’atteindre les 3500 unités en 2026. Des investissements sont prévus « pour augmenter très significativement la capacité ». Si l’industriel est un leader mondial dans le segment naval, « nous sommes en train de conquérir des positions assez fortes dans le domaine terrestre », indique celui qui, dans un secteur comme dans l’autre, affronte régulièrement celui qui aurait pu devenir sa nouvelle maison-mère, Safran.  

Une troisième voie avait été envisagée par Exail pour renforcer son assise en vue des futurs investissements à consentir, celle d’un investisseur externe. Le marché en a décidé autrement. « Nous n’avons pas trouvé de fonds qui était prêt à nous accompagner en augmentation de capital dans des conditions qui semblaient satisfaisantes », expliquait Raphaël Gorgé. Non seulement investir dans un secteur aussi stratégique limite le nombre d’intervenants potentiels, mais il n’y avait aucun fonds en mesure d’accompagner une opération de cette envergure en France. Convaincre s’avère par ailleurs plus complexe dans un environnement boursier devenu moins favorable à la défense ces derniers mois. En témoignent l’effondrement de la valeur de Rheinmetall et le report de l’entrée en bourse de KNDS. En se rapprochant de Thales, la direction aura donc plutôt privilégié « un choix de raison ». 

Crédits image : Exail

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