De la mer à la terre, le lanceur modulaire polyvalent de Naval Group change de nom et se trouve un nouveau champ d’application dans le domaine terrestre. Rebaptisé Rampart, il se renforce au passage du rapprochement avec deux acteurs français.
Le LMP, c’est ce système multi-armements et multi-missions dévoilé à l’automne 2023 et depuis lors en développement tant pour la Marine nationale que pour le marché export. Du moins, jusqu’à aujourd’hui et son apparition en une livrée brun terre de France caractéristique de l’armée de Terre. Rien d’étonnant à cela. Avec ses quatre modules capables de tirer autant d’effecteurs différents, l’idée aura fini par attirer l’attention des forces terrestres.
Après une première campagne conduite en janvier dernier, d’autres tirs ont eu lieu le mois dernier sur le camp de Canjuers, dans le sud-est de la France. Menée depuis un système fixe, la séquence aura permis de dérouler trois scénarios complexes. L’un a mis en oeuvre une roquette contre une cible située à 3,5 km et illuminée par un Rafale. Un autre aura vu une roquette traiter une cible plus proche désignée par un fantassin. Quant au dernier, il aura consisté à tirer une salve de cinq roquettes.
Pour réussir ce changement de milieu, Naval Group s’est rapproché de nuls autres que Thales et Arquus. Fournisseur des roquettes, le premier était monté à bord dès 2024 avec ses roquettes de 68 et 70 mm, ainsi que son Lightweight Multirole Missile (LMM). Le second, division du groupe belge John Cockerill Defense, a pour avantage de concevoir et livrer le prochain porteur tactique 6×6 de l’armée de Terre dans le cadre du marché PL6T. Pour Arquus, c’est l’occasion d’étendre le champ à une application extérieure au contrat mais démontrant l’adaptabilité d’un camion basé sur le châssis Zetros 2648A de Daimler Truck.
Tout reste à faire en matière d’intégration, l’opération conduite durant Eurosatory visant « surtout à susciter l’intérêt » à l’heure où Arquus poursuit le développement du futur PL6T. L’industriel s’est donné 24 mois pour développer et qualifier une gamme allant du transport de troupes au transport de fret en passant par l’élément léger d’intervention (ELI). Les prototypes sont attendus pour début 2027, les têtes de série courant 2028.
Rampart ne prend pas pied à terre par hasard. Sa modularité n’est pas dénuée d’intérêt pour des forces terrestres désireuses de muscler leur bouclier anti-drones tout en gagnant en létalité. Au total, ce lanceur de trois tonnes peut accueillir jusqu’à une tonne de munitions. La polyvalence du Rampart ne se limite pas à ses modules capables d’accueillir 20 roquettes de 68 mm ou 12 roquettes de 70 mm. Bien d’autres pistes sont à l’étude depuis 2024. KNDS, par exemple, a rapidement proposé d’y intégrer sa munition téléopérée MT-10. Idem pour Thales, cette fois avec sa MTO TOUTATIS.
Et le panel ne s’arrête pas au portfolio français. Hormis MBDA et son MISTRAL 3, d’autres sont prêts à monter à bord avec des solutions sol-air très courte portée. C’est le cas de HALCON, cette entité du groupe émirati EDGE avec laquelle Naval Group annonce ce matin la signature d’un partenariat pour des essais de tirs du missile sol-air Skynight en territoire émirien. Répartie sur 2026 et 2027, cette campagne débutera à terre avant de se poursuivre en mer.
D’autres tirs sont à l’agenda de Naval Group pour le second semestre de 2026, dont une première campagne en mer. Ils devraient avoir lieu en octobre à bord d’un porte-hélicoptères amphibie et dans le cadre d’un nouvel exercice Wildfire de la Marine nationale. Le prototype de Rampart rejoindra ensuite la Belgique pour les premiers tirs de roquettes de 70 mm conçues par Thales Belgium.
La solution approchera alors d’un point de bascule : la notification espérée d’un contrat de développement de la part de la France ou d’un client export. En cas de succès, il faudrait 12 mois pour déboucher sur une déclinaison terrestre, assure Naval Group. La version navale, elle, demandera un peu plus de temps, notamment au vu de l’environnement « corrosif » dans lequel elle serait appelée à opérer. Le concept démontre progressivement sa pertinence, ne lui manque que le feu vert d’un client pour aller plus loin.