Un général à la tête du ministère de la Défense turc

Depuis sa réélection le 24 juin dernier, le président Erdogan est maintenant le seul détenteur du pouvoir exécutif turc. En cette qualité, il a nommé un nouveau gouvernement composé de seize membres. Parmi ceux-ci l’on retrouve plusieurs de ses proches aux postes clés, comme son gendre aux Finances, mais aussi un général, qui entre au ministère de la Défense.

 

De droite à gauche : le nouveau ministre de la Défense, le général Akar, le chef d'État turc, Erdogan, et le nouveau chef d'état-major, Yaşar Güler (Crédits : REUTERS / Kayhan Ozer/ TC Cumhurbaşkanlığı

De droite à gauche : le nouveau ministre de la Défense, le général Akar, le chef d’État turc, Erdogan, et le nouveau chef d’état-major, Yaşar Güler (Crédits : REUTERS / Kayhan Ozer/ TC Cumhurbaşkanlığı

 

Au revoir Nurettin Canikli, bonjour Hulusi Akar. Changement de direction au ministère de la Défense turc, après un an à la tête des affaires militaires du pays, Canikli laisse sa place au général Akar. Jusqu’alors chef d’état-major des forces armées turques, Akar se voit attribuer des responsabilités gouvernementales. D’après les journalistes de Rfi, il « est devenu très proche du chef de l’Etat depuis la tentative de putsch de l’été 2016. Sa nomination confirme au passage la mainmise totale acquise ces dernières années par Recep Tayyip Erdogan sur le commandement militaire. » Autre information à noter, selon Defense News, c’est la première fois en Turquie qu’un militaire d’active est choisi pour diriger le ministère de la Défense au sein d’un gouvernement civil.

 

Né en 1952, de deux ans l’ainé d’Erdogan donc, le général est sorti de l’école d’infanterie en 1973 pour ensuite servir à la frontière greco-turque ainsi qu’à Chypre quand la paix était des plus fragiles. Après avoir peaufiné sa formation d’officier supérieur dans divers écoles militaires, dont l’école américaine des officiers d’état-major, Akar a servi dans de nombreux postes de l’état-major turc, dont auprès du commandement de l’OTAN en Italie et en Bosnie. Dans les années 2000, il s’est retrouvé à la tête de l’académie militaire turque avant d’être nommé général en 2011. Quatre années plus tard, il était choisi pour diriger les forces armées, et c’est à ce poste qu’il a été reconnu comme l’un des opposants à la tentative de coup d’état militaire contre Erdogan (il avait été retenu comme otage). Selon la presse turque, son rôle a également été déterminant dans la lutte contre le « terrorisme« , qu’il soit du fait de l’État islamique ou du PKK, sur le territoire national ou en Syrie.

 

Maintenant qu’il est ministre, Erdogan place probablement de grands espoirs en lui : le président turc, qui veut faire entrer son pays dans une nouvelle ère, mise sur la modernisation des forces armées pour qu’elles deviennent celles d’une puissance régionale digne de ce nom. Là-dessus, il n’y a pas de toute, la militarisation turque est sur une bonne dynamique. Entre les purges consécutives au coup d’état raté, les démonstrations de forces turques contre les milices kurdes (opération Rameau d’Olivier) et les coups de fouet donnés à l’industrie de défense nationale (il suffisait de compter les drapeaux turcs à la dernière édition du salon Eurosatory), les forces armées turques apparaissent de plus en plus solides.

 

Pour assurer la défense de son pays, Akar devra se pencher sur de plusieurs dossiers d’envergure : entre autres, choisir le F-35 américain et/ou le S-400 russe dans cet espèce de double jeu avec l’OTAN, donner à la Turquie son futur système de défense anti-missiles (voir les billets du FOB sur Eurosam : ici et ici) et son futur char de combat principal produit nationalement, l’Altay (avec ou sans les Allemands, bien que sans les Allemands ce sera compliqué).

 

Quant à la posture militaire turque, le temps ne devrait pas être au repos pour les combattants kurdes ou pour tout autre adversaire d’Erdogan, voici, pour donner le ton, un extrait de son discours lors de la cérémonie de transfert du ministère : « Nous avons vu que la TSK (armée turque) s’est renforcée après que ces traîtres aient été éliminés. (…) Au fur et à mesure que nous nettoyons, nous devenons beaucoup plus forts. Nous disons à nos voisins que nous voulons continuer notre vie amicale et paisible à travers des relations de bon voisinage. Mais en même temps, nous continuons à dire, et à le dire à chaque occasion, que nous ne permettrons aucun préjudice porté à notre nation. »