RETEX en demi-teinte pour les drones Mavic Pro du GCP

Voici maintenant un an que les commandos du GCP déployés au sein de l’opération Barkhane se sont vus confier deux micro-drones DJI Mavic Pro. Cet outil a depuis démontré ses forces comme ses faiblesses, comme l’explique le capitaine Kenneth, chef de section GCP au 35e RAP, dans le dernier numéro du magazine Fantassins.

 

Le modèle Mavic Pro de DJI (Crédit photo: DJI)

Le modèle Mavic Pro de DJI (Crédit photo: DJI)

 

De la reconnaissance offensive véhiculée au Battle Damage Assessment (BDA), le micro-drone Mavic Pro aura été de toutes les missions effectuées depuis un an par le GCP, déployé au Sahel sur les mandats Cobra. Mise en oeuvre rapide, portée de 2km et autonomie de 15 min en situation opérationnelle, ce micro-drone s’est d’emblée révélé être un atout majeur lors d’une progression « souvent ralentie par des obstacles naturels, généralement formés par des oueds ». Sa voie jour 4K/12MP stabilisée et son lancement quasi instantané ont donc permis de sonder rapidement des milieux parfois très denses. Il autorise notamment le GCP à « sonder une zone boisée afin de repérer un passage. Une fois cette zone localisée, un passage bas permet de déceler une menace grossièrement visible avant un check d’un binôme génie ». Un exemple de scénario concret qui démontre, selon le capitaine Kenneth, « de quelle manière le drone peut être un facilitateur pour la manœuvre ».

 

Et pourtant, à l’instar des quads du 2e régiment de hussards, les Mavic Pro du 35e RAP ont présenté certaines limites majeures lors de leur déploiement prolongé dans un environnement « hors normes ». Premièrement, le micro-drone reste particulièrement difficile à manoeuvrer en déplacement. « Hormis les secousses qui peuvent rendre le pilotage compliqué c’est surtout lors de cas non-conformes que des difficultés vont apparaître », précise le capitaine Kenneth. Exemple ? La fonction RTH (Return To Home) lancée automatiquement en cas de perte du signal ou d’épuisement de la batterie s’avère inutilisable lorsque la station de contrôle est en déplacement. De quoi entraîner la perte du vecteur et forcer l’envoi d’une équipe de récupération en zone potentiellement hostile.

 

Secundo, les conditions climatiques rigoureuses du Sahel ont eu un impact manifeste sur l’endurance du drone. Selon les spécifications de DJI, le Mavic Pro est en effet conçu pour opérer sous des températures allant de minimum 0°C à maximum 40°C. De fait, une fois qu’elle dépasse 30°C, la température ambiante influence considérablement l’autonomie de la batterie LiPo 3S. À long terme, un échauffement continu de la batterie diminuera irrémédiablement son rendement sans que l’opérateur ne le sache, compromettant potentiellement le bon déroulé des actions du GCP. De même, le vent diminue à son tour la portée du système et empêche tout envol à partir de 10 m/s. L’opérateur doit dès lors redoubler de vigilance « lorsqu’il envoie son drone dans le sens du vent sous peine de ne le voir jamais revenir ».

 

Tercio, le Mavic Pro ne répond pas entièrement à l’impératif de discrétion du GCP. De fait, ce drone quadrirotor produit entre 60 et 70db en fonction de la fréquence de rotation des moteurs, soit un bruit équivalent à celui d’une conversation normale ou d’un aspirateur « silencieux ». Un élément peu significatif lors d’une mission d’observation opérée à distance, mais qui peut s’avérer critique lors d’un déploiement en appui d’infiltrations pédestres ou d’assaut. Enfin, dernière entrave et non des moindres, l’absence de voie infrarouge rend illusoire son utilisation durant la nuit, voire dans la pénombre.

 

Verdict: « bien que le Mavic soit d’un faible encombrement et assez léger pour être transporté, son manque de discrétion, ses capacités vidéos limitées et sa faible autonomie n’en font pas un outil indispensable », en conclut le capitaine Kenneth. Selon ce dernier, son usage s’avère plus probant lors des phases ultérieures d’une mission, et plus précisément lorsque la visibilité est suffisante et que la discrétion sonore n’est plus un facteur déterminant. À ce titre, le micro-drone est parfaitement adapté aux missions de BDA pour lesquelles « la prise de vue à la verticale d’un objectif suivi d’une illustration rapide permet un compte rendu clair et précis de la situation ».

 

Si le Mavic Pro reste « un outil précieux permettant de renseigner le chef tactique dans différentes situations », ce court RETEX est néanmoins révélateur du trou capacitaire subsistant entre un nanodrone de type DROP et le futur drone tactique SMDR. Parier, faute de mieux, sur des technologies civiles nativement « non durcies » reste périlleux lorsqu’il s’agit de les déployer dans un cadre militaire par nature « rustique ». L’écart entre les capacités réelles et les exigences du terrain tend cependant à s’amenuiser au fur et à mesure des générations. « En pleine évolution, cette technologie verra ses capacités se démultiplier et permettra ainsi d’étendre son champ d’action », estime ainsi le capitaine Kenneth. Le Mavic Pro Platinum, à titre d’exemple, offre désormais une meilleure aérodynamique et intègre de nouvelles hélices développées pour réduire la signature sonore de quelques décibels.