MGCS: « l’Allemagne ne diverge pas de la règle du 50/50 »

Tic, tac… ne reste que peu de temps avant la notification d’un premier contrat d’étude pour le projet franco-allemand de « système majeur de combat terrestre » (MGCS), attendue pour la mi-juin. Il faudra pour cela harmoniser les relations entre les maîtres d’oeuvre Rheinmetall et KNDS (KMW + Nexter), des plus préoccupantes malgré les tentatives d’apaisement de l’ambassadeur d’Allemagne en France, Nikolaus Meyer-Landrut, récemment auditionné par la Commission défense du Sénat.

 

Un char Leclerc du 501e RCC en manoeuvre à Canjuers (Crédit photo: 501e RCC)

Un char Leclerc du 501e RCC en manoeuvre à Canjuers (Crédit photo: 501e RCC)

 

L’inquiétude, un mot et ses dérivés que l’on retrouve à huit reprises dans cette audition. C’est donc peu dire si la question du dialogue franco-allemand préoccupe les sénateurs de la Commission défense. La coopération autour des programmes SCAF et MGCS, notamment, « pose deux problèmes sérieux », rappellait le sénateur Christian Cambon (LR). Outre la question des exportations, longuement exposée dans la presse, se pose celle de l’équilibre industriel entre les deux pays. « Je m’interroge en particulier sur la gouvernance du MGCS. Alors que l’accord initial prévoyait une gouvernance paritaire, les Allemands poussent Rheinmetall. Quelle sera la place de Nexter – voire de Thales en deuxième cercle ? », s’est-il alarmé.

 

S’il a rappelé l’importance de projets « structurants pour notre industrie et pour notre défense », l’ambassadeur d’Allemagne s’est montré peu prolixe sur le sujet. Tout au plus, il a pointé le fait que « l’Allemagne ne diverge pas de la règle du 50/50 entre les industriels français et allemands ». Et celui-ci de rappeler que Paris et Berlin « ont demandé aux industriels de faire une proposition commune, pour que les gouvernements puissent lancer des perspectives de travail en marge du salon du Bourget ». Une formulation (volontairement ?) floue et ne permettant pas de préciser si ce partage « 50/50 » s’applique séparément à chaque programme ou si l’Allemagne les considère comme une sorte de « tout indivisible ». Dans le second cas, le SCAF pourrait in fine pencher en faveur de l’industrie française à condition d’appliquer l’exact levier inverse au profit des industriels allemands dans le cadre de MGCS. Ce scénario semble d’ores et déjà avoir les faveurs de l’Allemagne qui, d’après le quotidien allemand Handelsblatt, ne le considère pas « comme étant en contradiction avec les accords inter-gouvernementaux ».

 

Voilà un arrangement qui, s’il se concrétise, devrait faire le jeu de Rheinmetall et de son bouillonnant PDG, Armin Papperger, bien décidé à faire main basse sur une part majoritaire de la coentreprise KNDS en s’appuyant sur le rachat de KMW. L’industriel de Düsseldorf l’avait encore rappelé en mars dernier: « Nous voulons au moins avoir 50% [des parts de KNDS] ». Un partage inégal que Papperger justifie notamment par le leadership accordé à l’Allemagne dans le projet de char de combat du futur.

 

Ja, aber… le son de cloche est sensiblement différent du côté de l’Élysée, pour qui l’attribution des contrats d’études pourrait prendre plus de temps que prévu. En cause ? Sans surprise, l’architecture du programme MGCS, dont la mise en place ne progresse pas assez vite pour respecter le jalon calendaire de la mi-juin. « Selon nous, une condition préalable est que l’équilibre soit maintenu au sein du partenariat entre constructeurs de chars », a appris le Handelsblatt auprès du Gouvernement français. Toute position minoritaire s’avérerait dès lors inacceptable aux yeux de l’État français, qui précise que « si l’Allemagne le souhaite vraiment, quelque chose devra être ajouté côté français, pour que l’équilibre soit juste à nouveau ». Bref, entre l’apaisement politique et la logique commerciale, difficile de savoir qui l’emportera. Réponse, espérons-le, en juin en marge du salon du Bourget.