L’ombre de Rheinmetall plane toujours sur KNDS

Rheinmetall conserve KMW et KNDS dans sa ligne de mire, rappelait son PDG Armin Papperger lors de la présentation des résultats annuels du groupe allemand. Porté par une division défense en nette progression, Papperger a réaffirmé ce matin sa volonté de racheter son plus proche rival et de se ménager une place au sein de la coentreprise formée avec le Français Nexter.

 

(Crédit photo: Rheinmetall)

(Crédit photo: Rheinmetall)

 

Tout va bien à Düsseldorf. Du moins en apparence. Car, non content de disposer aujourd’hui d’un carnet de commandes de 8,57Md€, Papperger brûle d’impatience à l’idée de transformer sa division défense en un champion européen capable de jouer à armes égales avec l’Américain General Dynamics ou le Britannique BAE Systems. De 3,2Md€ actuellement, les ventes d’armement du groupe devraient grimper à quatre, voire six milliards d’euros dans les années à venir. Un chiffre conséquent mais encore insuffisant, selon Papperger, pour qui la combinaison Rheinmetall-KNDS permettrait de générer un chiffre d’affaires global avoisinant les 10Md€.

 

Le succès de ce projet dépend maintenant de l’acquisition de KMW et de la prise en main de KNDS. « Nous voulons au moins avoir 50% [des parts de KNDS] », a donc confirmé Papperger, pour qui il est hors de question de se cantonner au rôle de l’actionnaire minoritaire. Le lancement du développement d’un char franco-allemand (MGCS), dont la gestion a été confiée à l’Allemagne, démontre qu’il est temps de transformer l’essai, a déclaré Papperger. Destiné à remplacer le Leopard 2 et le Leclerc, le programme MGCS pourrait engendrer jusqu’à 100Md€ de contrats à l’échelle mondiale, explique-t-il. Ce projet commun, que Paris et Berlin envisagent de confier à Rheinmetall et KNDS, permettrait donc à tout un pan de l’industrie de défense européenne de se consolider durablement. Mais pour Papperger, il est impensable de penser coopération sans une intégration « sociale ». « Vous pouvez sortir d’une coopération, pas d’une coentreprise », martèle-t-il. Autrement, il semble impensable pour le PDG de Rheinmetall d’envisager une structure parfaitement équilibrée: le leadership allemand devra se traduire au niveau industriel par un positionnement favorable aux entreprises d’outre-Rhin.

 

La prudence reste de mise à Paris car, si Rheinmetall venait à intégrer KNDS, le volet allemand du duo serait de facto renforcé. L’intégration de l’entièreté du groupement pourrait par ailleurs voir la part de l’Allemand gonfler jusqu’à 75%, créant inévitablement un basculement nocif pour la partie française. « Si nous devions intégrer notre entreprise, nous serions certainement extrêmement majoritaires », explique Pappenger.

 

La France peut-elle envisager la fondation d’un modèle économique commun si celui-ci se fonde sur un partenariat déséquilibré et des règles divergentes ? Si les chiffres semblent favorables aux Allemands, la décision reste politique. De fait, l’État français n’est pas seulement l’actionnaire unique de Nexter, il est aussi un client potentiel majeur du futur char commun. « À ce stade, nous sommes totalement dépendant du choix du gouvernement français », signalait d’ailleurs le CEO de Rheinmetall.