Les agresseurs

L’AdTShow organisé jeudi dernier par l’armée de Terre sur le site de Nexter-Systems à Versailles-Satory aura donc laissé la part belle à l’équipement, priorité majeure du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre. Mais derrière les hélicoptères, véhicules blindés, et autres drones, se dissimulaient une trentaine d’hommes en noir et quelques véhicules à l’étrange camouflage gris/bleu. Ce sont les « agresseurs » de la force adverse (FORAD), dont la création remonte à la fin des années 80. Celle-ci est chargée d’une mission interarmes essentielle, à savoir la simulation de l’ennemi, à grand renfort de fumigènes, d’explosions et de gestes théâtraux.

 

Deux Peugeot P4 peintes aux couleurs de l'"ennemi" par la FORAD

Deux Peugeot P4 peintes aux couleurs de l' »ennemi » par la FORAD

 

Autrefois totalement intégrée au Centre d’entraînement au combat (CENTAC) de l’armée de Terre basé à Mailly-le-Camp, la FORAD est désormais fournie par le 5e régiment de Dragons réactivé en juillet 2016. Depuis lors, le 5e RD vit une phase de montée en puissance significative, avec deux escadrons de chars établis sur les trois prévus, une compagnie sur deux et un demi escadron de commandement. L’ensemble concerne 800 soldats, dont près de 600 sont déjà opérationnels. Les opérateurs de la FORAD sont dorénavant doté d’une mission duale et peuvent être déployés en opération extérieure ou au sein de l’opération Sentinelle. Suite à son transfert, la FORAD n’existe plus en tant qu’unité à part entière, à l’exception d’une compagnie opérant dans le cadre du Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) créé en 2006 sur le camp de Sissonne.

 

L'un des quatre AMX-30 Brenus maquillé en char soviétique par la FORAD.

L’un des quatre AMX-30 Brenus maquillé en char soviétique par la FORAD

 

Loin d’être un job « ingrat », « faire partie de la FORAD est une chance », nous explique l’adjudant Yves, car « cela nous permet d’effectuer près de 20 rotations par an, ce qui fait du 5e RD l’une des unités les plus entraînée de l’armée de Terre ». Les hommes et femmes de la FORAD agissent sur ordre du CENTAC pour élaborer leurs scénarios, systématiquement adaptés en fonction de l’entraînement requis. Autre époque, autres menaces, le panel des ennemis simulés par la FORAD, autrefois limité aux forces conventionnelles (comprenez : le pacte de Varsovie) et les milices, intègre désormais « les groupes terroristes et les armées conventionnelles en mode dégradé, comme par exemple une armée du Moyen-Orient », précise l’adjudant Yves. Pour coller à leur rôle, les soldats en noir complètent une formation spécifique d’un an par l’étude et l’adoption de comportements spécifiques dictés par les RETEX. Forte de ses trente années d’expérience, la FORAD de Mailly-le-Camp peut former jusqu’à 54 sous-groupements tactiques interarmes (SGTIA) par an.

 

Le matériel utilisé, récupéré auprès du CENTAC, suivra bientôt la même trajectoire d’actualisation. Ainsi, les quatre AMX-30 Brenus hérités du 1er régiment de Chasseurs et maquillés en chars soviétiques, les VAB, les Peugeot P4 imitant les pick-up de groupes terroristes et « le reste du matériel roulant [seront] progressivement remplacés d’ici un an et demi par, entre autres, un panachage de chars Leclerc et VBCI », ajoute l’adjudant Yves. À terme, la FORAD pourra piocher dans les trois escadrons de chars Leclerc, les deux compagnies sur VBCI, ou parmi les compagnies d’appui interarmes, de génie, ou d’artillerie du 5e RD pour mener à bien sa mission d’entraînement.