Des artilleurs bretons modernisés sur les Champs-Élysées

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C’est un 11e régiment d’artillerie de marine (11e RAMa) en pleine évolution qui défilera mardi prochain à Paris. Des feux à l’acquisition d’objectifs et des nouvelles structures aux réflexions d’avenir, retour sur les principaux chantiers en cours au sein des artilleurs bretons. 

Quelle plus belle occasion, pour le colonel Pierre-François Dambier-Coupillaud, qu’un défilé sur les Champs-Élysées pour conclure deux années passées à la tête de ses bigors ? « Finir sur le 14 juillet, c’est à la fois une grande joie et une grande fierté parce que c’est un peu un aboutissement », explique celui qui, alors capitaine, avait déjà pu défiler à la tête de sa batterie. La fierté ne s’arrêtera pas à la quarantaine de bigors présents. Elle s’étendra à l’ensemble du bloc constitué par la 9e brigade d’infanterie de marine (9e BIMa), assure le chef de corps de ce régiment implanté à Saint-Aubin-du-Cormier, à quelques encablures de Rennes ( (Ille-et-Vilaine). 

Pour le patron des bigors, la parenthèse viendra clôturer « deux belles années ». Deux années marquées par des évolutions capacitaires et structurelles. Et deux années au cours desquelles son régiment est avant tout remonté en puissance sur son segment CAESAR. Les cessions à l’Ukraine sont en effet loin derrière, de nouveaux systèmes flambant neuf sont venus recompléter le parc régimentaire. Un avant-goût de la suite, alors que l’armée de Terre s’apprête à recevoir le CAESAR Mk 2. Le 11e RAMa sera le premier à l’expérimenter. Ce sera en novembre prochain à Canjuers à l’occasion d’un camp régimentaire. Le rendez-vous a été choisi pour y intégrer le partenaire belge, lui aussi appelé à opérer sur le CAESAR Mk 2.

Les liens entre les artilleurs bretons et le bataillon d’artillerie belge ne sont pas nouveaux et se retrouvent renforcés par le rapprochement récent entre la 9e BIMa et la 1ère brigade belge. Le 11e RAMa notamment fourni un appui dans la formation des artilleurs belge à l’utilisation du système de conduite des feux ATLAS et dans la réactivation d’une capacité de défense sol-air très courte portée sur base du missile MISTRAL 3. L’actualisation de la loi de programmation militaire a par ailleurs validé un parc à 150 CAESAR Mk 2 à horizon 2035, de quoi se rapprocher des 24 pièces nécessaires pour armer l’entièreté d’un régiment de brigade interarmes.

Ce 14 juillet, l’oeil averti reconnaîtra également les deux Griffon ‘véhicule d’observation d’artillerie’ (VOA) et deux Griffon ‘mortier embarqué pour l’appui au contact’ (MEPAC). Les premiers, perçus « un peu en masse » par le régiment, « offrent une excellente capacité optronique en termes de définition et de précision », note le colonel Dambier-Coupillaud. Les seconds sont « en train d’arriver ». À l’instar des autres, le 11e RAMa en recevra huit pour armer l’équivalent d’une batterie

L’impulsion est aussi perceptible dans deux autres métiers des artilleurs, la défense sol-air très courte portée et la lutte anti-drones. L’imperméabilité totale du bouclier anti-aérien est illusoire, mais l’armée de Terre s’attache à combler au plus vite les trous avec les moyens à disposition. La démarche prendra du temps alors, dans l’immédiat, les capacités SATCP et LAD reposent sur des adaptations ou des moyens intérimaires. En témoignent les deux véhicules porteurs polyvalents PAMELA (V3P) Vampire fraichement livrés pour le 14 juillet. D’autres arriveront progressivement pour constituer une section à six véhicules, configuration suivie par tous les régiments d’artillerie.

« Le segment LAD se densifie », poursuit le colonel Dambier-Coupillaud. Identifié, l’enjeu avait conduit à la création d’une section LAD spécialisése il y a cinq ans. Deux VAB ARLAD lui ont été confiés il y a 18 mois, des véhicules complétés de fusils brouilleurs NEROD et de calibres 12 pour la LAD de proximité. Demain, le panel sera sûrement renforcé du système Proteus Std 2 en attendant « des moyens différents ». Tant la LAD que le segment SATCP bénéficieront bientôt d’un nouvel atout : le radar 3D G1X de Saab, intégré sur le même châssis que le plateau PAMELA. « Ce sera une révolution, parce que le G1X va nous apporter beaucoup plus d’allonge et va nous permettre de renouveler une capacité NC1 30 un peu vieillissante », observe le chef des bigors.

Première apparition publique pour ce véhicule PAMELA de nouvelle génération, une évolution qui se concentre sur le châssis développé par Scania France

À l’autre bout du spectre, le 11eme RAMa a reçu de nouveaux drones pour étoffer ses moyens d’acquisition, mais pas seulement. Il a ainsi récupéré le drone DT46 de Delair, successeur désigné du SMDR. Ce DT46 « offre des capacités complètement différentes au profit de la brigade pour renseigner, acquérir et frapper dans la profondeur ». Micro-drones et drones à pilotage immersif (FPV) se développent en parallèle, soit en interne, soit par les livraisons en provenance de l’armée de Terre. S’y ajoutent des solutions fixes pour la surveillance de zone, une configuration rendue possible par le câble d’alimentation NXWIRE développé par Novadem pour le drone NX70 en service dans l’artillerie française. 

De nouvelles structures sont apparues au sein des batteries. « Récemment, nous avons transformé un détachement de liaison, d’observation et de coordination en détachement de liaison et d’acquisition autonome », explique le colonel Dambier-Coupillaud. Destiné à appuyer l’échelon de découverte de façon plus autonome, sa logique se rapproche en quelque sorte de celle des détachements d’acquisition dans la profondeur créés ailleurs mais davantage au profit de la division et du corps d’armée. Les trois batteries de tir sol-sol accueillent désormais une section de reconnaissance et d’appui par drone. Leur mission ? Reconnaître le terrain sur lequel la batterie pourra installer ses pièces, voire neutraliser une cible d’opportunité au moyen de munitions téléopérées (MTO) de courte portée ou de drones d’attaque de type FPV. 

Le 11e RAMa est forcément abonné aux grandes réflexions portées par la brigade, que sont la survivabilité, la létalité ou encore la transparence du champ de bataille. Les réseaux de communication sont désormais hybridés pour s’affranchir de la VHF militaire, cible prioritaire des moyens de guerre électronique adverses. Les postes de commandement en profitent pour se transformer, l’hybridation favorisant au passage une bascule vers des structures fractionnées, plus ramassées, moins émettrices donc plus discrètes et plus résilientes.

En cours de généralisation, l’hybridation des réseaux de communication permet « d’aller plus loin, d’aller plus vite et de raccourcir la fameuse boucle acquisition-agression », complétait le commandant du 11e RAMa. La rapidité est devenue primordiale, non seulement car « les cibles bougent en permanence » mais aussi parce que la transparence du champ de bataille fait du tireur une cible prioritaire. Canons, mortiers et obus ne changent pas. La chaîne de décision tend quant à elle à s’accélérer pour permettre à l’artilleur de répondre à ce défi d’autant plus immuable à l’ère des drones et du renseignement satellitaire : frapper avant d’être frappé.

« Le canon doit rester en permanence en mouvement, c’est cela qui nous permet de survivre », rappelle le colonel Dambier-Coupillaud. En complément, les batteries de tir explorent peu ou prou une logique identique à celle des PC en réduisant leurs dispositifs à des binômes, voire à des pièces isolées. À la légèreté et à l’agilité caractéristiques du CAESAR viennent se superposer les sujets du camouflage, du leurrage et de l’augmentation de la portée. Ces problématiques, le 11e RAMa s’attache à les remonter vers les industriels, à commencer par KNDS France. « Nous sommes en train d’ouvrir pas mal de choses sur le segment canon », annonce le chef de corps. Si de premières solutions émergent pour camoufler et leurrer, la question de la portée relève plutôt de travaux prospectifs sur l’après-CAESAR. KNDS y a d’une certaine manière pris pied en dévoilant, le mois dernier à Paris, son système LORAS.

Si la succession du CAESAR attendra, les artilleurs miseront d’ici là sur un autre objet en phase d’atterrissage : des MTO capables d’aller frapper à près de 100 km, voire au-delà. Si la MTO longue portée Durandal est destinée au 1er régiment d’artillerie, les systèmes de moyenne portée seront surtout fléchés vers l’artillerie des brigades interarmes. Un appel d’offres est en cours pour matérialiser un segment que le 11e RAMa n’a pas encore eu l’occasion d’explorer. Une fenêtre de tir pourrait s’ouvrir lors de la campagne programmée en fin d’année, créneau auquel pourraient être raccrochées quelques expérimentations. 

Ces idées, le 11e RAMa en aura déployées certaines durant la phase 2 de l’exercice ORION 2026, théâtre d’une grande manoeuvre offensive réalisée de Nantes à Vannes avec l’appui massif des drones en reconnaissance et en attaque. L’essentiel reste néanmoins à venir.  « Il y a évidemment encore plein de choses à faire devant. Le changement est long. Nous évoluons tous les jours, c’est une évidence, et je sais que mon successeur aura beaucoup d’évolutions à réaliser », résume le colonel Dambier-Coupillaud.

Crédits image : 11e RAMa