La Défense belge a besoin de camions, de beaucoup de camions. Une compétition est sur le point d’être lancée pour lui en fournir plusieurs milliers d’exemplaires, programme pour lequel un premier groupement d’industriels est sorti du bois. Parmi ceux-ci, l’entreprise alsacienne Soframe.
La Défense belge recherche près de 3000 camions. Annoncé en début d’année par son ministre de tutelle, Theo Francken, cet effort baptisé « Tactical Logistic Trucks Program » (TLTP) est désormais en phase de lancement. Rares sont les marchés de cette envergure, alors tous les grands noms du secteur sont attendus sur la ligne de départ. Derrière DAF, Rheinmetall, Iveco ou encore Renault Trucks, c’est finalement Daimler Truck qui aura fait le premier pas. Le groupe allemand s’est pour l’occasion associé à Soframe et au belge Lambert Defence, rapprochement entouré d’un accord officialisé cette semaine.
Contrairement à d’autres domaines émergents ou délaissés de longue date, la logistique est un sujet bien maîtrisé par la Défense, car inscrit dans la lignée du marché précédent attribué à DAF pour près de 900 porteurs 4×4 et 8×8. Cette fois, il s’agira autant de tripler ce volume que d’ajouter une version 6×6. Un tiers du parc devrait être doté d’une cabine blindé. Près d’une vingtaine de versions sont à l’étude, de celles intégrant un bras hydraulique, plusieurs types de grues ou une benne du génie à celles résumée à un plateau ou orientées vers le transport de troupes.
Un double impératif attend tout candidat : l’urgence et la localisation. Le conflit en Ukraine « a rappelé l’importance d’une logistique agile et d’un réapprovisionnement rapide des stocks, éléments essentiels pour assurer la continuité de l’effort militaire dans la durée », constatait la Défense l’an dernier dans sa Vision stratégique actualisée. Dit autrement, il est plus que temps de muscler des parcs logistiques longtemps remisés au second plan des investissements capacitaires.
« Il y a un certain degré d’urgence », a-t-on bien compris dans les rangs du trio industriel. La Défense belge vise en effet à se doter d’au minimum 1800 camions neufs d’ici à 2030. Selon la Vision stratégique de 2025, la brigade médiane demandée par l’OTAN demanderait à elle seule 454 camions de tous types pour parachever son opérationnalisation. Il y aurait donc plusieurs centaines d’exemplaires à sortir par chaque année et potentiellement dès 2027 si l’objectif d’une contractualisation d’ici la fin de l’année est effectivement atteint.
L’achat de solutions disponibles sur étagère sera dès lors prioritaire. Daimler et ses acolytes ne manquent pas d’options. Suivant le besoin exprimé, ceux-ci pourront autant miser sur la gamme Arocs que la gamme Zetros. Pas question de passer par un nouveau cycle de qualification, le groupement privilégiera le « build to print » parfois hérité des contrats passés. Le trio « se connaît depuis plusieurs années », nous précise-t-il. Ensemble, ils ont déjà pu collaborer autour du marché des dépanneuses lourdes PRC et CRV livrées aux militaires belges. Tête de file, Soframe avait alors mobilisé Daimler pour le châssis Arocs 8×8 et Lambert pour le soutien du parc. Des PRV et CRV découle une cabine blindée qu’il suffira d’adapter pour les déclinaisons 4×4 et 6×6.
Si la piste Arocs semble privilégiée, Soframe peut aussi miser sur l’expérience acquise sur le Zetros avec le client canadien, pour qui l’entreprise alsacienne a produit des cabines blindées adaptées aux châssis 4×4 et 8×8. De source industrielle, le client belge envisage la passation d’un contrat-cadre d’une dizaine d’années avec un interlocuteur unique et dans une logique « gagnant-gagnant ». La Défense amènera de la visibilité, quand la partie industrielle promet en contrepartie l’ancrage local et les bonnes idées qui permettront à la filière belge de se développer et à la future capacité logistique d’évoluer dans la bonne direction. L’idée n’est pas neuve, la Défense l’ayant auparavant retenue pour acquérir une capacité de lutte anti-drones complète et renouveler ses équipements NRBC.
Qu’il s’agisse de production, d’assemblage final, de soutien ou encore de recherche et développement, toute victoire majeure auprès de la Défense belge est désormais conditionnée par la capacité à participer à la montée en puissance de la filière industrielle belge. C’est toute l’essence des liens établis avec Lambert Defence et, pourquoi pas, avec d’autres sociétés belges. L’heure tourne, et le groupement formé avec Soframe et Daimler a déjà des vues sur un site susceptible d’être transformé pour accueillir, en cas de succès, des activités d’assemblage final.
Arocs ou Zetros ? Envergure de l’empreinte locale ? « Tout est ouvert », nous explique-t-on. Les candidats potentiels auront jusqu’à début août pour se manifester et préciser autant leur solution technique que leur offre de localisation. Ces premiers retours participeront à calibrer le cahier des charges ensuite transmis aux industriels les plus prometteurs, point de départ d’une compétition au calendrier visiblement resserré.
Si la Défense sait ce dont elle a besoin pour la fin de la décennie, le champ est plus ouvert pour la suite. D’un côté, le parc pourra grandir jusqu’à atteindre 2500, voire 3000 véhicules. D’autre part, de nouvelles versions pourraient voir le jour. Certaines technologies deviendraient au passage suffisamment matures que pour être prise en compte par l’utilisateur, tels que des kits d’autonomisation rendus possibles par les avancées en matière de robotique lourde. Un exemple parmi d’autres de pistes à proposer pour se positionner favorablement en vue d’un marché valorisé à plusieurs centaines de millions d’euros.
Crédits image : Daimler Truck