Rheinmetall Defence ne connaît pas la crise

2,4 Md€ pour des milliers de camions, contrat majeur parmi d'autres remportés par Rheinmetall Defense au 1er semestre (Crédits : Rheinmetall)

2,4 Md€ pour des milliers de camions, contrat majeur parmi d’autres remportés par Rheinmetall Defence au 1er semestre (Crédits : Rheinmetall)

 

Quand les résultats des grands groupes français sont loin d’être exaltants, l’Allemand Rheinmetall estime de son côté que la crise sanitaire n’aura pas d’impact sur sa division défense en 2020. Au contraire, le groupe rhénan multiplie les performances au premier semestre et revoit maintenant à la hausse ses dernières prévisions en matière de ventes annuelles.

 

Des ventes en hausse de 6 à 7% en 2020

 

« Rheinmetall ne s’attend actuellement pas à ce que la crise du coronavirus ait un impact durable sur les performances commerciales du secteur de la défense au cours de cette année », déclarait l’industriel lors de la diffusion des résultats du premier semestre. Confronté à la récession de la filière automobile, Rheinmetall a pu compter sur « un secteur défense solide assurant la stabilité durant la crise ».

 

De fait, la division défense de Rheinmetall semble ne souffrir d’aucun ralentissement de ses activités. Ainsi, ses ventes ont augmenté de 19% par rapport au 1er semestre 2019 pour atteindre 1,6 Md€. Un résultat que Rheinmetall explique en partie par « l’augmentation des commandes et des clients reportant les dates de livraison à plus tard ». Au 30 juin, le carnet de commandes de ce segment plafonnait donc à 10,1 Md€, soit une hausse de 22% résultante principalement « de volumes élevés de commandes pour des véhicules militaires ».

 

La pandémie n’aura pas empêché l’entreprise de Düsseldorf d’engranger quelques contrats majeurs à l’export et sur le marché national, dont une commande notable de camions au profit de la Bundeswehr pour plus de 2,4 Md€. Hormis les commandes passées par le Royaume-Uni, la Suisse et l’Australie, Rheinmetall a entériné hier un marché de 2 Md€ pour la livraison de véhicules de combat d’infanterie Lynx KF41 à la Hongrie. Tous les signaux étant au vert, les prévisions annuelles du volet défense ont été réévaluées à la hausse « au vu de l’évolution positive durant le premier semestre 2020 ». Rheinmetall Defence projette dorénavant une croissance de 6 à 7% des ventes cette année, soit un point de plus qu’en mars dernier.

 

Aux antipodes du discours français

 

Qu’il soit isolé ou non dans la BITD allemande, le cas de Rheinmetall sécurise de la charge de travail pour plusieurs années pour nombre de ses fournisseurs. Inutile de rappeler que de l’autre côté du Rhin, les sons de cloche sont radicalement différents. Toujours en attente de succès majeurs cette année, les grands donneurs d’ordres français ont tous vu leur activité décroître au premier semestre en raison de l’arrêt momentané des activités, de l’effondrement du secteur aéronautique et des incertitudes du marché export. « La situation de Nexter en particulier appelle l’attention, car son concurrent allemand met les bouchées doubles en matière d’exportations », relevait le sénateur socialiste Michel Boutant dans un rapport d’information diffusé le mois dernier.

 

Thales, ensuite, a vu les prises de commande de sa division « défense et sécurité » s’effondrer de 36% par rapport à l’an dernier. Seules trois grandes commandes d’un montant unitaire supérieur à 100M€ ont été actées dans ce secteur, contre six au premier semestre 2019. Une baisse que Thales explique par « la volatilité naturelle des grands contrats » et par « les retards dans la finalisation de contrats liés à la crise sanitaire ». Optimiste, le groupe français mise sur une bonne orientation des commandes et la résorption des retards au second semestre pour atténuer les perturbations enregistrées dans les autres activités.

 

Même son de cloche du côté de Safran, dont les activités Electronics & Defense ont cependant été moins touchées avec une baisse du chiffre d’affaires comprise entre 7 et 9%. Les systèmes de visée et de navigation enregistrent une légère croissance par rapport à 2019. Dès la fin du mois de mars, le groupe français avait renoncé à ses précédents objectifs annuels, dont une évolution de 0 à -5% de chiffre d’affaires ajusté par rapport à 2019. Pour l’exercice en cours, Safran anticipe désormais une contraction de 35% de son chiffre d’affaires global. Si la situation des grands noms de la filière terrestre semble moins préoccupante, ceux-ci ont néanmoins rapidement averti les parlementaires des conséquences d’une concurrence exacerbée sur le marché export.

 

Dès la mi-mai, les grands patrons d’industrie avaient pourtant alerté les autorités quant à un déplacement des équilibres concurrentiels entre industriels français et allemands, l’activité de ces derniers se maintenant dans un contexte beaucoup plus favorable. Contrairement à la filière française, « nos amis allemands n’ont pas arrêté leurs chantiers et sont plus offensifs que jamais à l’export », indiquait alors Hervé Guillou, ex-PDG de Naval Group et président du GICAN, face aux députés de la Commission défense. Quand, du côté français, une relance par la demande se fait toujours attendre, l’Allemagne s’est engagée à hauteur de 10 Md€ pour le seul volet défense du plan de relance européen. S’y ajoutent 50 Md€ destinés à des technologies duales comme l’intelligence artificielle, les télécommunications ou le numérique, « qui auront des conséquences bénéfiques pour les secteurs militaire et civil », soulignait fin juillet la députée EDS Sabine Thillaye, spécialiste des relations franco-allemandes.

 

Quelle que soit leur taille, les entreprises de la BITD française sont aujourd’hui confrontées au traitement défavorable que leur réservent les acteurs de la finance. Faute d’offre bancaire directe et au nom d’une application extensive des règles de conformité réglementaire, de plus en plus de sociétés françaises se voient refuser un accès à des financements privés. Beaucoup plus petites que celles composant, par exemple, le Mittelstand allemand, les ETI et PME françaises ne bénéficient par ailleurs d’aucun fonds spécialisé d’ampleur suffisante pour investir de façon significative et diversifiée. La situation est radicalement différente en Allemagne, où les banques régionales « ont vocation à soutenir les entreprises de leur territoire, y compris naturellement les entreprises de défense », rappellent Michel Boutant et son co-rapporteur, Pascal Allizard (LR). Pour faciliter l’accès aux capitaux et éviter des faillites en cascade, d’autres parlementaires proposent la mise en place d’un fonds d’investissement largement doté, abondé le cas échéant par l’État au titre du futur plan de relance, et spécialisé dans la consolidation des actifs stratégiques. Selon les députés Benjamin Griveaux (LREM) et Jean-Louis Thiériot (LR), « la période y est propice : les marchés regorgent de liquidités, l’épargne des particuliers est abondante et, surtout, le besoin est avéré : il en va in fine de notre souveraineté ».