Le chantier SkyGuardian bientôt lancé en Belgique

Un drone MQ-9B SkyGuardian conçu par GA-ASI et acquis à quatre exemplaires par la Belgique (Crédit : GA-ASI)

Un drone MQ-9B SkyGuardian conçu par GA-ASI et acquis à quatre exemplaires par la Belgique (Crédit : GA-ASI)

 

La Défense belge s’apprête à lancer les démarches pour la construction d’un complexe d’infrastructures de soutien pour ses futurs drones MALE, révèle un avis de pré-information publié vendredi dernier. Dans un premier temps, cette capacité reposera sur les deux systèmes MQ-9B SkyGuardian acquis auprès de l’Américain General Atomics Aeronautical Systems Inc (GA-ASI) pour 226M€.

 

Doté d’un budget prévisionnel de 23M€, ce projet confirme le rôle central de la base aérienne Jean Offenberg de Florennes (Namur) dans le maintien d’une capacité ISR belge. Depuis 2011, la 80e escadrille UAV (80 UAV Sqn) de la Composante Air y opère les drones B-Hunter appelés à être remplacés par les MQ-9B SkyGuardian. Le nouveau complexe qui y sera construit sera principalement constitué d’un bâtiment dédié aux phases de préparation et de conduite des missions ainsi que d’un hangar de maintenance pour deux appareils et d’ateliers attenants pour l’entretien de certains composants. L’ensemble sera entouré d’une enceinte de sécurité spécifique.

 

Les deux systèmes à deux drones et un cockpit commandés par la Belgique seront livrés entre 2022 et 2024. De source industrielle, la livraison des systèmes belges dépendra en partie du processus de certification du drone Protector RG Mk1, une version armée du MQ-9B SkyGuardian sélectionnée en 2016 par le Royaume-Uni. Du côté de GA-ASI, on confirmait néanmoins être « au rendez-vous pour la fenêtre de livraison belge » grâce à une capacité de production de six appareils par an à partir de 2021.

 

Le timing est donc relativement serré. La phase précontractuelle du projet d’infrastructures s’étendra de fin 2020 à l’orée 2021. Elle sera suivie du lancement de la phase de construction à l’automne 2021. Celle-ci doit en toute logique être achevée en 2022 en vue de la réception des premiers aéronefs. La question du soutien n’est pas encore définie.

 

Dans l’intervalle, GA-ASI s’est rapproché d’une poignée de partenaires locaux pour le développement des SkyGuardian belges. À la SABCA, Thales Belgium, Esterline, Newtec et DronePort sont venus se joindre AeroSimulators Group (ASG), AIRobot, ALX Systems et Hexagon en août 2019. En tout, GA-ASI a promis d’investir 3M$ dans la R&D des entreprises belges afin de soutenir leur compétitivité pour de futurs programmes de développement européens. Selon un MoU signé en janvier 2019, la SABCA, rachetée le mois dernier par la SFPI et Sabena Aerospace, sera chargée du MRO et de la production de radômes SATCOM des plateformes belges. Thales Belgium planchera sur le  traitement et de l’exploitation des données collectées et sur l’intégration des systèmes dans les réseaux de données de la Défense belge.

 

L’acquisition par la Belgique de quatre systèmes supplémentaires pour un budget estimé à 310M€ devrait revenir sur le devant de la scène à partir de 2024, pour des livraisons attendues autour de 2029-2030. Le choix de la plateforme pour cette seconde tranche n’est pas totalement fixé, en dépit de la volonté de la Belgique de favoriser une solution européenne. De fait, l’unique projet de drone européen (EuroMALE, Eurodrone, MALE RPAS, etc) peine toujours à décoller faute d’accord entre la France et ses trois partenaires (Allemagne, Espagne, Italie) concernant les performances et les coûts. La ministre des Armées Florence Parly doit faire le point sur le sujet aujourd’hui avec ses équipes. « Ensuite la France arrêtera une position qu’elle concertera avec les Espagnols, les Italiens et les Allemands, » déclarait le ministère la semaine dernière à l’AFP.

 

Si le drone européen ne parvient pas à entrer dans les cordes – plutôt étroites – du budget belge, Bruxelles pourrait in fine faire le choix de la cohérence en misant à nouveau sur une solution « Made in USA ». L’argument financier, dans ce cas-ci, serait par ailleurs renforcé par l’existence d’une culture belge-hollandaise forte en matière de systèmes aériens. Les Pays-Bas, déjà acquéreurs de quatre MQ-9 Block 5 en 2018, pourraient en effet choisir de se raccrocher à la seconde tranche belge afin de compléter leur propre flotte MALE, faisant par la même occasion baisser la facture globale. Un scénario à prendre forcément avec des pincettes, mais qui prendrait rapidement de la substance en cas de stagnation, voire d’échec du projet européen.