L’armée de Terre double la mise avec Novadem

Un drone NX70 Block 2 lors d'une démonstration (Crédits: MBDA)

Un drone NX70 Block 2 lors d’une démonstration menée dans le cadre du concept Lynkeus (Crédits: MBDA)

 

Carton plein pour le droniste Novadem. Après avoir entamé l’année sur les chapeaux de roues avec le bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM), la PME d’Aix-en-Provence s’est vue confier la mission de doubler la flotte de micro-drones NX70 Block II de l’armée de Terre.

 

Les RETEX utilisateurs recueillis depuis septembre 2019 au Sahel auront fait mouche, conduisant trois mois plus tard l’armée de Terre à commander vingt unités supplémentaires en plus des 27 systèmes déjà perçus. Ce nouveau contrat porte ainsi l’acquisition totale à 4M€ pour le matériel et la maintenance pluriannuelle. Ce succès est donc de premier ordre pour une PME dont le chiffre d’affaires atteignait 1M€ en 2018. « C’est avec une grande fierté que nous avons reçu cette commande supplémentaire, preuve renouvelée de la confiance qu’accorde la DGA et les Forces Armées françaises à Novadem », se félicite son PDG et co-fondateur, Pascal Zunino, dans un communiqué diffusé vendredi dernier.

 

La moitié de cette commande a pu être perçue dès le 3 avril par la DGA en vue de son déploiement immédiat sur les théâtres d’opération extérieurs. « Le ministère des Armées a directement exprimé le fait que cette commande était prioritaire. La DGA a d’ailleurs continué à travailler sur le sujet, quand d’autres programmes de R&D ont été mis en suspens pendant la période ». Un petit défi pour la douzaine d’employés de Novadem, qui est rapidement parvenue à adapter ses postes de travail pour respecter les mesures de distanciation sociale imposées par la crise sanitaire.« Nous sommes tous impactés avec des facteurs parfois différents. Notre chance, c’est d’avoir des locaux assez grands mais une petite équipe. C’est la force d’une PME que de disposer d’une réelle flexibilité au profit du client », souligne Pascal Zunino.

 

Pour accélérer les démarches, la DGA s’est une fois encore tournée vers la centrale nationale de l’Union des Groupements d’Achats Publics (UGAP). « Nous avons eu la chance de remporter un contrat cadre pluriannuel avec l’UGAP, sur lequel est ensuite venu se greffer le ministère des Armées au travers de la DGA. Cela a permis une passation de marché rapide correspondant parfaitement au contexte de l’urgence opérationnelle ». Il aura finalement fallu moins de six mois pour basculer de l’expression de besoin à la validation du produit par la STAT, puis à l’achat sur catalogue grâce à l’UGAP et aux premières livraisons. En tout, cette alternative aura permis de gagner de 8 à 12 mois en procédures diverses. Un choix gagnant car, si la DGA avait dû rédiger un cahier des charges en partant de zéro, « nous aurions été très décalés par rapport au calendrier serré qu’implique la logique de l’urgence opérations ».

 

Nouvelles capacités et forces spéciales

 

Hormis les vecteurs et le matériel nécessaire pour leur MCO, ce contrat comprend la livraison de fonctions supplémentaires, dont une alimentation par « câble libérable en plein vol » qui démultipliera l’autonomie de 45 minutes et des tablettes déportées (Remote Video Terminal/RVT). Celles-ci permettront à d’autres opérateurs de bénéficier du retour vidéo et cartographique indépendamment du télépilote. « Cela faisait partie des besoins exprimés suite au déploiement du premier lot », note Pascal Zunino, qui évoque de nombreux cas d’usage comme le suivi de convoi. « On peut par exemple imaginer un télépilote situé à l’arrière du convoi, mais dont le drone fournira des images aux personnels débarqués ou embarqués dans d’autres véhicules ». Avec cette seconde commande, les forces recevront 17 RVT en plus des trois exemplaires fournis auparavant à titre expérimental.

 

Le NX70 dispose par ailleurs d’une capacité d’emport et de largage d’une charge utile de 200 à 300 grammes, tels que des fumigènes ou un kit médical. Cette fonctionnalité, basée sur le dispositif « maison » NXDROP, avait notamment été évaluée lors d’un exercice mené durant l’été dernier au CENZUB. « Le micro-drone est souvent là pour observer, mais il peut aussi agir et c’est ce que l’on cherche à démontrer grâce à la polyvalence du NX70 », précise Pascal Zunino. Bien qu’il n’ait pas été retenu par l’armée de Terre, cet équipement est actuellement l’objet de « demandes spécifiques de la part des forces spéciales ». « Cela reste une niche dans la niche » et, du côté des forces spéciales, il est pour l’instant question de jauger la pertinence des différents modes d’emploi en environnement opérationnel.

 

Quant à de futurs compléments de NX70 pour l’armée de Terre, Novadem souhaite rester prudent. « Ce que l’on voit, c’est qu’aujourd’hui il y a un besoin clairement exprimé auquel nous répondons avec nos produits », explique son PDG. Si l’accord-cadre de l’UGAP demeure actif, l’armée de Terre évolue à présent vers une segmentation de l’échelon des micro-drones avec des capacités et des volumes d’achat différents pour des systèmes qui se veulent néanmoins complémentaires.

 

Aux vecteurs très spécialisés comme le drone d’appui NX70 pourraient venir se joindre de futurs produits à bas coûts acquis en grande quantité pour répondre à d’autres types de besoins. Selon un appel d’offres diffusé en février, la cible totale projetée serait de 2000 systèmes, dont une première commande de 200 unités en théorie contractualisée cette année. Un segment « low-cost » dans lequel Novadem a choisi de ne pas se positionner. « Ce sont surtout des systèmes que l’on peut potentiellement considérer comme étant ‘jetables’ avec un budget à l’unité qui se situerait au dixième du coût d’un micro-drone comme le NX70 », rappelle Pascal Zunino.