L’armée allemande établi sa liste de souhaits

La Bundeswehr souffre de carences en matériel et en pièces de rechange. C’est un fait connu qui inquiète l’Allemagne mais également l’OTAN. Il s’agit de combler ces carences. Et cela va coûter un paquet de millions ! 

 

Leopard 2A5 de la Bundeswehr. Le manque de pièces de rechange constitue une préoccupation croissante pour le taux de disponibilité des chars (Photo : Army Recognition)

Leopard 2A5 de la Bundeswehr. Le manque de pièces de rechange constitue une préoccupation croissante pour le taux de disponibilité des chars (Photo : Army Recognition)

 

Comme il ne sera pas possible de tout acheter, eh bien, l’armée allemande voudrait également recourir à une solution fort en vogue dans divers ministères occidentaux : le leasing, avec des drones israéliens à titre exemplatif. Mais qu’obtiendra finalement Ursula von der Leyen, la ministre de la Défense ?

 

Le 14 mars dernier, l’Allemagne accouchait (très) péniblement d’un gouvernement après de longs mois de crise, avec Angela Merkel à sa tête pour un quatrième mandat au titre de chancelière. Le ministère de la Défense a lui aussi traversé des périodes très difficiles et il doit obtenir un budget qui permette à la fois de combler les diverses carences de l’armée et tendre vers le fameux seuil théorique de 2% du PIB (produit intérieur brut) assigné à chaque membre de l’OTAN.

 

Femme au caractère bien trempé à l’instar de sa collègue française, Ursula von der Leyen, la ministre de la Défense, va réclamer un budget annoncé comme minimum pour acheter et louer une série de matériels absolument indispensables au rétablissement de la puissance militaire allemande au regard de ses obligations OTAN. Rien d’original dans cette démarche : presque tous les pays de l’Alliance sont dans cette situation.

 

Un document émanant de la commission Défense du Bundestag, daté de 2016, permet de mesurer l’ampleur des problèmes qui n’a pas dû se résorber depuis deux ans : sur 114 Eurofighter « Typhoon II », 38 étaient opérationnels ; sur 93 chasseurs-bombardiers Panavia « Tornado », seuls 29 étaient encore opérationnels ; sur 50 bimoteurs de transport C-160 Transall, 21 étaient opérationnels ; sur les 40 tout nouveaux hélicoptères NH90 « Caïman », seuls 5 étaient opérationnels ; sur 43 hélicoptères d’attaque « Tigre », seuls 7 sont opérationnels ; sur les 21 vieux hélicoptères Westland « Seaking », seuls de 3 à 5 sont encore opérationnels ; enfin, sur 22 hélicoptères polyvalents Westland « Lynx », il n’en reste que 4 opérationnels. On en reste bouche bée, non ?

 

Selon une liste que sont procurée deux journaux allemands, la « liste de Saint-Nicolas » se monte à quelque 450 millions d’euros (553 millions de dollars) pour dix-huit types de matériel. On s’attendait à davantage, tiens… Le Bundestag (Parlement allemand) se verra bientôt présenter cette liste accompagnée d’une justification que l’on peut aisément prédire comme alarmiste pour faire avaler la pilule.

 

Et encore celle liste n’inclut-elle pas un matériel incontournable : après l’échec du désastreux programme de drones Euro Hawk en 2013, les Etats-Unis ont approuvé la vente à l’Allemagne d’un système de remplacement, en l’occurrence quatre drones MQ-4C Triton avec tout leur environnement opérationnel pour la coquette somme de 2,08 milliards d’euros (2,5 milliards de dollars). Dotés d’une technologie allemande en reconnaissance et contrôle, ils seront produits par Northrop Grumman associé à Airbus Defense and Space. Les engins devraient pouvoir prendre l’air en 2025.

 

Revenons-en aux 450 millions d’euros que va réclamer le ministère de la Défense. Une partie de ce montant est destiné à la modernisation des quelque 350 véhicules de combat d’infanterie chenillés Krauss-Maffei Weigmann « Puma », remplaçants des vieux Marder. Une autre partie de ce montant doit aller à l’entretien de ses nouveaux hélicoptères NH90.

 

Il est également prévu qu’un montant soit affecté à un contrat de leasing étalé sur neuf ans portant sur des drones de combat israéliens de moyenne altitude longue endurance (MALE) Heron TP (Eitan), construits par la division Malat d’Israel Aerospace Industries (IAI). Leur masse au décollage est de 4.650 kg et leur sa charge utile de 2.000 kg. Ils peuvent voler jusqu’à 13.950 m d’altitude pendant 36 heures. Au total, ce contrat coûtera 1 milliard d’euros, une grande partie de ce montant étant donc à financer en dehors de l’enveloppe « d’urgence de 450 millions d’euros » réclamée prochainement.

 

Une chose paraît certaine : l’accord de coalition signé en mars entre les conservateurs et les sociaux-démocrates accroche durement sur le leasing des drones israéliens. Cette dépense sera refusée jusqu’à ce qu’un drone européen soit développé.

 

La coalition actuellement au pouvoir prévoit 10 milliards d’euros pour moderniser l’armée allemande. Malgré cela, la ministre de la Défense prévient déjà que ce ne sera pas suffisant. L’Allemagne a consacré 37 milliards d’euros à sa défense en 2017. Il s’agit du neuvième budget par ordre d’importance dans le monde. Ce dernier grimpera à 39 milliards en 2018, sans pour autant atteindre le seuil de 2% du PIB auquel se sont engagés les membres de l’OTAN. Il s’agirait de 1,22%. Mais l’Allemagne s’attaque au défi sabre au clair : l’objectif budgétaire pour 20121 est fixé à 42,4 milliards d’euros.

 

La volonté de conclure des partenariats industriels franco-allemands sur divers projets terrestres, aériens et navals s’exprime de plus en plus régulièrement mais pour que cela profite concrètement – et rapidement – au retour à un niveau opérationnel rassurant pour l’OTAN, il faudrait que ces partenariats soient moins chaotiques que celui ayant conduit à la naissance de l’Airbus A400M : l’ancestrale rivalité franco-allemande coûte un argent fou !